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COMTE PORTA LIS

et par un nouveau négociateur. M. Portalis, envoyé à Home, où ne cessa point de résider M. de Blacas, fut adjoint à l' ambassadeur qui avait fait le concordat pour l'aider à !e défaire. Mais comment ramener en arriére la Cour qu'on avait soimême poussée en avant, e( lui reprendre ce qu'on fui avait concédé? M. Portalis fut charge de cette négociation difficile ci y réussit. li est vrai qu'il y mit du temps. Avec une patience adroite et par une habileté persuasive, il parvint, au bout de dix-sept mois, à faire comprendre au sage pontife Pie VII, a l'aide de l'intelligent cardinal Consalvi, la convenance et la nécessité de revenir au grand pacte religieux que le Saint-Siège avait conclu dix-huit années auparavant, et qui avait ramené la franco a l'Église. 11 obtint, à titre de suspension momentanée, l'abandon du concordat qui venait d'être conclu ; à litre provisoire, le retour au concordai qui venait d'être aboli. Jusque-la, le pape n'avait reconnu que l'autorité du roi ; M. Portalis le décida à reconnaître le régime de la Charte et à convenir, dans uti manifeste pontifical, des empêchements que les formes constitutionnelles de la monarchie pouvaient apporter aux actes du gouvernement. Moyennant quelques sièges épiscopaux de plus, établis a mesure que le permettraient les ressources financières de l'État, dont les Chambres se-

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raicnl juges, l'instilulion canonique, suspendue pour les sièges qui vaquaient depuis 1809, fui accordée. Il est \rai que ce résultat, fort considérable, sans le paraître, ne devait Être que provisoire. Mais, -après quarante et un ans, ce provisoire dure encore et peut cire regardé comme déliiiilît'. (le succès de M. Poi lalis lit grand honneur à son habileté diplomatique et à son patriotisme religieux. Le concordat et les articles organiques de 1801 continuèrent à régler les rapports avec Rome et furent la loi de l'Église vis-à-vis de l'État. M. Portalis s'associa à l'une des plus belles œuvres du temps; il eut le mérite de rétablir ce que son père avait eu la gloire de fonder.

Pendant qu'il poursuivait si habilement celte négociation, M. Poilalis avait été nommé membre de la Chambre des pairs. A son retour de Rome, il siégea dans celle assemblée, où il se distingua près de trente années par ses profondes connaissances en matière de législation et ses sentiments tempérés en matière politique. Universellement instruit, infatigable au travail, doué d'une conception vive, habitué à une rédaction prompte, prêt sur toul et ne se refusant à rien, il y eut peu de délibérations importantes auxquelles il ne prit part, peu de grands objels qu'il n éclairât de ses abondantes lumières, et, soit comme rapporteur, soit comme oraleur, il montra souvent

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dans l'examen des lois et dans le jugement des affaires loules les ressources d'un esprit solide et tous les mérites d'une capacité éprouvée. Ses talents bien plus que ses goûts l'appelèrent deux fois au gouvernement pendant la Heslauralion, la première comme soussecrétaire d'État dans le dernier ministère modéré du règne de Louis XV III, la seconde comme ministre dans le seul cabinet libéral du règne de Charles X. En 1828, il entra dans ce cabinet qui tenta d'accorder ensemble la dynaslie ancienne cl la France nouvelle, en conciliant l' autorité régulière de la couronne et l'esprit légitime de la Révolution ; qui pratiqua avec sincérité le régime constitutionnel et développa avec mesure ces libertés publiques, vœu fondamental et fin inévitable de la grande réforme de 1789, honneur et besoin de noire pays, aussi nécessaires à la bonne conduite des affaires de l'£tat qu'à la sécurité des droits des particuliers, tant de fois perdues et lant de fois recouvrées, que leur abus peut compromettre, que leur privation fait désirer, dont l'exercice outré a quelquefois donné l'injuste dégoût, mais dont l'absence instructive a constamment préparé le retour.

L'un de ces retours avait été décidé par les élections libératrices de 1827, à la suite [desquelles avait été renversé le long ministère qui, durant six années, avait gouverné pour le compte et dans l'intérêt d'un

parti, attaquant partout ies principes du la Révolution et partout en menaçant les résultais. M. Portails, sans le poursuivre d'une opposition déclarée qui n'était pas dans les allures de son esprit, el qui était moins encore dans les habitudes de son caractère, avait maintes fois, à la Chambre des pairs, combattu ses tendances rétrogrades. H avait voté contre le rétablissement de l'inégalité dans la famille civile par le droit d'aînesse; à l'aide de considérations profondes, exposées avec une éloquence grave, il avait Tait modifier considérablement la lui sur le sacrilège, qu'il n'avait pu empêcher d'admettre; par un rapport décisif, il avait réduit le ministère à retirer le projet de loi qui aurait anéanti la presse quotidienne déjà censurée.

Devenu, avec M. de Harlignac, membre principal du cabinet nouveau, M. Portalis y fut d'abord ministre de la justice, puis ministre des aiïaircs étrangères. Il prit part à toutes les mesures qui au dehors signalèrent une polilique libérale avec générosité, au dedans affermirent l'ordre légal avec prévoyance. Nos soldats et nos savants furent portés sur les plages de la Grèce, par un acte de piélé spirituelle et de reconnaissance filiale envers les restes d'un ancien peuple auquel l'Europe devait les commencements de sa civilisation et auquel la France allait assurer le rétablissement de son indépendance. Les élections avaient

été altérées, on les purifia. La sincérité des suffrages électoraux dut faire de la Chambre des députés la représentation exacte du pays, et du vole éclairé des lois l'expression réelle de ses vœux. La presse, soustraite au joug de la censure, délivrée des procès de tendance, releva désormais pour des infractions précises d'une justice qui n'eut rien d'arbitraire. Ouvrage de M. l'orlalis, la loi destinée à la régir reposa sur des principes conformes à l'intérêt général qui, chez une nation librement constituée, veut que la presse ne soit pas asservie, salutaires à l'ordre public qui demande qu'elle ne soit pas licencieuse, lui permettant de se livrer à la discussion la plus étendue sur les actes du gduvenicmcnl sans menacer son existence, d'éclairer l'opinion sans troubler l'État.

Un ancien et religieux député de la noblesse d'Auvergne aux états généraux de 1789, le comte de Montlosier, qui avait fait entendre ces belles paroles à l'Assemblée constituante, lorsqu'elle avait décrété la vente des biens de l'Église : « Vous ofez aux évêques leur croix d'or, ils auront une croix de bois, et c'est une croix de bois qui a sauvé le monde, n avait naguère, dans une pétition célèbre adressée a la Chambre des pairs, réclamé contre les empiétements illégaux du clergé et contre l'existence irréguliére d'une congrégation religieuse dont les établissements cou-

vraienl déjà la France. Rapporteur de cette pétition, M. Portalis avait conclu, au nom de la Cliambrc, à son renvoi au gouvernement et dès lors à l'exécution des lois. Ce qu'il avait proposé comme pair, il l'accomplit comme ministre. Il sut obtenir le rétablissement de l'ordre légal du roi Charles X, dont il éclaira la piété, et auquel il persuada que remplir les devoirs d'un prince sage n'était pas manquer aux obligations d'un catholique zélé. Il lui fit rendre les deux mémorables ordonnances de juin 1828, qui réglèrent les droits respectifs de l'Église et de l'Etal en matière d'enseignement. Plus généreusement dotés, les pelils séminaires, qui avaient élô complètement transformés en écoles laïques, ne lurent plus appelés qu'à former des prêtres, selon leur vraie deslination. La sociélè fameuse que les anciens parlements de Fi ance avaient condamnée, que lous les rois de l'Europe avaient dissoute, qu'un pape avait abolie et qui, dans huit maisons, donnai! à la jeunesse française, malgré la loi du pays, une instruction contraire à l'esprit du temps, reçut la défense d'enseigner. Le religieux M. Portalis lit fermer ces maisons interdites par la main même du roi Irès-clirclicn agissant en roi constitutionnel. L'enseignement reprit sa marche régulière et fut remis dans tout son lustre. La grande école normale précédemment licenciée fut rétablie, et plu-

sieurs des chaires les plus élevées de la Sorbonne virent reparallre des professeurs dont la voix, après cinq ans de silence, se lit alors éloquemment en-

ne peut plus être écoulée que dans nos séances académiques. Us redonnèrent à l'enseignement de la philosophie, de l'histoire, de la littérature, cette grandeur et cet éclat qui ajoutèrent à leur illustration parliculière comme à la gloire publique.

En même temps que le ministère, dont il faisait partie, préparait l'organisation constitutionnelle des communes et des déparleinents, M. Portails réglait les matières des conflits enlre les tribunaux civils et les tribunaux administratifs, et il décidait que les lois dont le texte m: serait |>iis clair cl dont le sens paraîtrai! incertain ne seraient plus interprétées parle conseil d'Etal, en vertu du décret de 1807, mais par les Chambres législatives, conformément à la Charte. Sous le régime impérial, l'interprétation des lois pouvait être dévolue au corps qui les avait conçues; sous le régime constitutionnel elle devait être renvoyée aux assemblées chargées de les établir.

Ce ministère, si utile à la monarchie, ne conserva pas longtemps, je no dirai pas la faveur mais l'appui

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<lu monarque. Ce qui aurait dû faire son mérite causa sa cliule. I,e roi se crul exposé par la politique libérale de ses ministres. Après un voyage triompha! dons les départements de l'Est, où il avait été l'objet d'enthousiastes démonstrations, les applaudissement accordés au roi constitutionnel encouragèrent le roi absolu, et Charles X se fil illusion sur l'étendue de sa puissance par une fausse interprétation de sa popularité. Il projeta d'appeler dans ses conseils des hommes chers à ses affections, qu'il croyait capables de maintenir dans sa plénitude l'autorité royale et qui devaient la perdre. H. Porlalis, qu'on a, bien à. tort, accusé d'avoir facilité leur avènement au pouvoir, n'oublia rien pour t'empécher. Dans un mémoire où la raison la plus prévoyante s'exprimait dans le plus noble langage, où le sens politique le plus ferme appuyait le plus sincère dévouement, il fil connaître au roi l'état réel de la France, les exigences do l'opinion, les intérêts de la couronne; il exposa ce qu'offrait d'avantageux, ce qu'avait de nécessaire le mode de gouvernement suivi depuis plus d'une année ; il montra ce que provoquerait de défiance de la part du pays, ce qu'en (rainerait de périls pour la dynastie un système différent mis en œuvre par des hommes redoutés. Son mémoire tenait du conseil el de la prédiction. Mais ni les avertissements de sa loyauté, ni les

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prévisions do sa clairvoyance n eclairrèrcnl el n'arrêtèrent le roi Charles X.

Lorsque la session législative de 1829 l'ut terminée, le roi, trouvant le ministère ébranlé par les modifications peu prudemment apportées dans la Chambre des députes au projet de loi sur l'administration départementale, donna cours à ses desseins, el il forma le cabinet fatal qui, pour étendre sa prérogative, devait exposer sa couronne. La veille même de la formation de ce cabinet, à la tète duquel était le prince île Polignac, le 7 août, le roi fit venir à Saint-Cloud M. Portalis, alors ministre des affaires étrangères, pour lui demander sa démission et celle de ses collègues. Il lui dit sans détour qu'il s'était trompé depuis deux années en adoptant lent' svstùiiir «1 n concessions, et qu'il avait résolu de changer de ministère pour ne pas compromettre davantage la monarchie. M. Portalis soutint avec une piTsistmicu respectueuse l'utilité de ce système, cl il assura au roi que, pour la monarchie comme pour le pays, il n'y avait qu'une seule voie de salut, la praiiquc entière cl sincère des principes de la Charte el un régime de légalité absolue. Il ajouta que les concessions dont parlait le roi étaient les conséquences mûmes de notre droit public el avaient produit d'escellenls effets, comme le roi l'avait reconnu en 1828; qu'il n'y avait à se mépren-

cire ni sur la situation des choses, ni sur l'état des esprits; que le pays était dans la défiance, que celle défiance s'accroîtrait par le changement de ministère, et que le roi, dont les intentions étaient mises en doute, serait dans la nécessité de donner de nouvelles garanties, parce qu'en nommant des ministres accusés d'être hostiles au régime constitutionnel, il faudrait racheter l'impopularité des hommes par la popularité des mesures.

Charles X ayant déclaré qu'il n'entendait pas plus faire dos concessions de choses que des concessions de personnes : — n En ce cas, dit H. Portalis, je crains que Votre Majesté ne soit contrainte à faire des coups d'État. » — Charles X lui prit alors la main, le regarda en souriant, cl ajouta : — « Croyez -vous que je puisse faire des coups d'Étal sans monlcr à cheval? — Non, Sire, répondit M. Porta lis, cl je ne sais encore s'il suffirait, pour y réussir, que Yolre Majesté montât ù cheval. — Eh bien! mon cher, continua le roi, examinez-moi, et voyez si je dois vouloir monter à cheval à mon âge,— Je ne le pense pas, Sire; mais on arrive souvent où l'on n'avait pas l'intention d'aller, en s'engageanl dans une voie qui mène plus loin qu'on n'a cru el qui ne laisse pas la liberté du retour. » — Crainte prophétique! inutile avis de la prévoyance fidèle à la confiance aveuglée! Le lendemain même,

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le roi Charles X fil le premier pus dans cette voie sans retour, qui n'avait d'autre issue que le coup d'État et l'insurrection, et, selon que dans cette lutte de l'autorité et du droit se déclarerait la victoire, la perte de la liberté ou la chute de la couronne. Moins d'un an oprûs, il s" acheminait uni- troisième fois vers la terre étrangère, el allaii terminer srs jours dans l'exil.

M. Porlalis était sorti du pouvoir pour ne plus, y rentrer. Après la révolution de lOl, il demeun étranger au maniement des affaires politiques, sans l'être aux intérêts fonda in en taux du pays. A la Chambre des pairs, dont il devint un peu plus tard viceprésident, il prit une part active et considérable à tout ce qui se fit en matière de législation el d'état. Défenseur habile et opiniâtre de la constitution essentielle de la pairie sous une monarchie représentative et de l'organisation naturelle de la famille dans une société bien réglée, il ne put pas sauver l'hérédité de l'une, mais il préserva l'indissolubilité de l'autre. Les grandes vues et les paroles admirées de deux orateurs n'avaient pu faire admettre, par la Chambre des députés, le principe héréditaire dans la portion dclj législature à laquelle ce principe est nécessaire pour être complètement indépendante et opportunément conservatrice. M. Portalis ne parvint pas mieux, au moyen d'un de ses discours les plus solides comme les plus

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beaux, à le faire maintenir par la Chambre des pairs. En ce moment, les exigences jalouses de l'esprit d'égalité prévalaient sur les salutaires précautions de l'esprit de liberté. L'entraînement démocratique, en ce qui concernait la famille, étant moins irrésistible qu'en ce qui touchait l'Elal ; la raison naturelle et la morale civile pouvaient cire soutenues avec plus de succès pour garder inviolable la constitution domestique. Une mémorable lutte législative s'enyaiiea sur la rupture ou l'imlis-nluiiililé du mariage entre la Chambre des députés et la Chambre des pairs. Les deux champions qui tinrent la lice furent deux jurisconsultes, devenus depuis membres de celte Académie, dont l'un exposa les motifs saisissants qui rendaient, en certains cas, impossible la durée d'une union déjà brisée sans être dissoute, et dont l'autre présenta les considérations profondes puisées dans la loi naturelle, dans l'intérêt permanent de la famille, dans l'ordre essentiel de l'État, qui devaient rendre cette union nécessairement indissoluble. Les cl forts habiles de M. Odilon Barra t firent rétablir le divorce par la Chambre des députés, et les hautes raisons éloquemment données par SI. Torlalis le firent rejeter par la Chambre des pairs.

Au sein de cette Académie, dans des occasions multipliées, il a fait connaître, je dirais volontiers admirer,

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