COMTE PORTA LIS S
en matière de droit, l'abondance de son savoir, la profondeur de sa doctrine, lu IV'coiulilé de son esprit. Soit qu'il posât pour vos concours de beaux problèmes de législation el d'histoire, soit qu'il vous communiquât ses propres vues, aussi (bries qu'élevées, il déployait la même élendue de connaissances, la même hauteur de jugement. Parmi ses œuvres académiques, il en est une qui surpasse les autres, c'est le vaste et magnifique Traité de législation comparée qu'il vous a lu sur le Code civil de France et le Code civil de Sardaigne, promulgués à trente ans de dislance, sans que le plus récent se soit placé au niveau du plus ancien. M. Porlalis embrasse leurs dispositions sur les personnes, sur les biens, sur les contrats dans leur ensemble et tes apprécie dans leur détail, avec une puissance et une sùrelè égales. Des deux codes, dont la distribution est la même et dont l'esprit est différent, puisque le Code sarde, rétrogradant vers le passé, restaure dans l'État l'élément religieux el rétablit dans la famille l'inégalité aristocratique au lieu de la règle séculière et de l'équité sociale, consacrées par le Code français, l'un est la copie volontairement imparfaite et systématiquement inférieure de l'autre. M. Portails saisit et développe les conséquences diverses que produisenl des principes opposés. Juge accompli des législations civiles qu'il décompose en savant, et qu'il
m COMTE l'OHTALIS
apprécie en jurisconsulte, il ne se contenle pas de faire voir ce qu'elles sont, il ose dire ce qu'elles devraient être, el signale le> changements heureux que pourrait recevoir le code même le plus perfectionné. Le magistrat peut apprendre de lui à mieux connaître l'esprit de la loi, el le législateur à en améliorer quelques dispositions.
Je ne saurais omettre l'un de ses écrits les plus recommandai) les et qu'il publia dans un moment bien troublé. Qui ne se souvient de l'année 1848, où s'accomplit une révolution sans raison fondée comme sans objet utile? Celle révolution renversa le gouvernement tempéré et libéral qui, sorti du triomphe de la loi en 1830, ne l'avait pas une seule fois enfreinte; qui, lidélc aux conditions de son origine, a l'esprit du temps, au vœu du pays, n'avait violé aucun droit, retiré aucune garantie, et avait maintenu la France dans la prospérité- la mieux affermie, sous la législation la plus rassurante, avec la liberté la plus étendue. A ta suite de ce bouleversement politique; tout l'ordre social fut mis en question. Des sectes ignorantes et violentes, méconnaissant la nature de l'homme, les sentiments de la famille, les lois du travail, les droits de la propriété, les conditions des gouvernements, les besoins des sociétés, visaient, par des systèmes impraticables, à des arrangements impossibles. Nées
COMTE rORTA LIE 271
d'un grand désordre dans les idées, elles ne pouvaient que jeter un^rand trouble dans l'Élat, compromellrc les droits réels à la recherche de droits chimériques, perdre par les armes ce qui avait été précédemment acquis par les lois, el iriser la liberté contre deux écueils bien connus sur lesquels elle s'était déjà perdue une fois, et qui ne pouvaient pas être évités dans l'orageuse traversée de la république. Après avoir fait la guerre au sens commun, elles livrèrent bataille à la société civilisée. Elles furent vaincues, mais leur déroute ne suffit pas. Il fallait achever l'œuvre matérielle des armes par l'action morale des idées, et poursuivre dans les esprits les dangereuses doctrines qui avaient été défaites dans les rues.
Dépositaire des sciences sociales, l'Académie fut invitée par le chef du gouvernement, le général Cavaignac, à en répandre les salutaires principes. Elle le fil à l'aide de la philosophie, de la morale, de la législation, de l'économie politique, de l'histoire, dans de petits Iraités contenant des notions vraies exposées dans un langage simple, et développant une science saine avec une sollicitude persuasive. Parmi ces traités se trouvent ceux de M. l'orlalis sur l'Homme et la Société. M. Portalis y pénètre jusqu'au fond de la nature humaine et y assoit les bases de l'ordre social. Il établit que l'homme se montre toujours à l'état d'association,