‹ Eloges historiquesChapitre 23 sur 36 · COMTE PORTAL1S · texte numérisé non relu

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systèmes, contrnires à la raison, qui les repousse, à lu morale, oui les condamne, et à la société humaine, dont ils méconnaissent les causes, bouleversent les lois et anéantiraient les progrès acquis. Observateur profond de l'homme, théoricien cloquent de la famille, organisateur judicieux de l'Etat, do cle appréciateur de la civilisation, il a mis dans ces deux petits traités un savoir solide, un sens imperturbable et un lalenl rare comme son esprit.

Mais nulle part sa supériorité n'a été plus éclatante qu'à la Cour de cassation, où il a siégé durant trentehuit années, d'abord comme conseiller, ensuite comme président de chambre, et depuis 182!) comme premier président. Il y était prisé d'autant plus haut qu'il y était vu de plus près, et celte grande compagnie reconnaissait en lui son légitime chef, moins à la prééminence du rang qu'à l'autorité du savoir et de l'esprit. M. Porlalis aimait les travaux de l'audience, et il y était assidu. Tant que duraient les débals, il écoulait imperturbablement la discussion, à laquelle il laissait la plus entière latitude, et il supportait les longueurs des avocats ou leurs redites sans les interrompre jamais. Il répétait volontiers cette belle parole de Pline le Jeune : Palientia juillets, magna pars justitiœ, la palicnee du juge est une grande partie de sa justice. Si la ïltIu du magistral se montrait à l'audience, sa

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raison so déployait dans la chambre du conseil.

Les délibérations intérieures acquièrent une grande importance à la Cour de cassation, qui est le siège d'un enseignement doctrinal intermédiaire entre les expédients de la pratique et les abstractions de l'école, el où les questions s'élèvent à la généralité des principes du droit, sans pouvoir sortir des. limites du fait précis que le procès particulier offre à juger. H. Porlalis y parlait le dernier, cl il attendait que chacun eût développé son opinion pour faire connaître la sienne. Alors que tout semblait avoir été dit dans la discussion épuisée, après que tant d'arguments divers avaient été produits par tant d'esprits différents, il lui arrivait fréquemment de présenter la question sous un aspect nouveau, et toujours d'en agrandir la portée. Il avait une aptitude particulière à rendre raison des motifs vrais de la loi el à y ramener les solutions juridiques. Familier avec le droit public et le droit des gens, avec les législations et les littératures étrangères, versé dans la connaissance de l'histoire, en possession des théories générales et fort au courant des problèmes philosophiques, il voyait les questions de haut et les abordait par les grands colès. Le magistral de la Cour de cassation s'identifiait avec le législateur. 11 comprenait à fond la mission de celte Cour conscrvalricc des règles légales, el n'oubliait jamais

que, juge des arrùls cl non des procès, elle était uniquement destinée à ramener les tribunaux au strict respect de la loi cl à son inviolable observation. Il savait et il enseignait que la jurisprudence de la Cour de cassation, commenlaïre vivant et supplément perpétuel de nos lois, gardienne spéciale de leur unité, doit, comme elle=, aspirer à la généralité des décisions, et, comme elles, ne faire aucune acception des personnes. C'est ainsi que durant tant d'années, placé à la tète du grand corps chargé d'être le régulateur suprême des Iribunaux, il a plus qu'un autre contribué à prévenir l'arbitraire dans ia justice en maintenant l'empire du droit, et concouru à assurer cette uniformité de jurisprudence qui affermit l'unité de législation. Près d'un quart de siècle, la Cour de cassation, où il a moins cherché à commander qu'à convaincre, et où il a toujours été suivi sans vouloir jamais conduire, l'a considéré comme sa lumière cl sa gloire. Il aurait pu l'être encore, lorsqu'il fut enlevé » >es travaux judiciaires dans In plénitude de ses hautes facultés. En le voyant quitter un siège qu'il avait Luit illuslié, il fut ptrrmis de regretter que la Cour de cassation ne pût s'honorer de ses vieillards et profiter des bienfaits de leur expérience.

Retiré depuis lors à Passy, il y vécut dans une maison agréable et modeslo qu'il y avait fait construire

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lui-même, au milieu d'un jardin dont it avait planté les arbres. Tous les samedis, il quittait sa retraite pour venir à vos séances, où il était aussi heureux qu'assidu. 11 ne manquait pas non plus d'assister aux diverses assemblées de bienfaisance dont il avait toute sa vie mêlé les œuvres aux œuvres de la justice, continuant à être utile là en dépit de son âge qui s'opposait à ce qu'il le fut ailleurs. Aider l'infortune à tous les degrés ne l'avait pas moins occupé que servir l'État dans toutes les positions, et il savait être obligeant avec autant de bonne grucc qu'il mettait de soin à être secourable. Les nobles plaisirs de l'intelligence avaient pour lui un attrait presque égal aux douces satisfactions de la bonté. H s'y livra jusqu'au bout. 11 poursuivait d'un esprit ferme des travaux qui sont malheureusement restés inachevés, et, d'un style qu'animaient les souvenirs de ses jeunes ans, il retraçait dans des Mémoires historiques, commencés trop fard et arrêtés trop tôt. les tableaux les plus exacts comme les plus intéressants des temps passés; il y racontait les scènes de la révolution dans des pages instructives et émouvantes. Il écrivait les dernières, la veille mémo de sa mort.

Tous les ans, avec la louable curiosité de connaître ou dans le désir touchant de se rappeler, il entreprenait un voyage, à l'automne, avant d'aller aux

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Pradeaux passer sous le soleil de la Provence les mois les plus rudes de l'hiver. En 1857 il avait parcouru l'Allemagne, et il avait fait comme une visite d'adieu h cette terre qu'il appelait sa seconde patrie, parce qu'il lui avait dû sa compagne bien-aimée. « J'ai voulu revoir, écrivait-il avec émotion, le Holstein et Dresde, alin de relier les deux bouts de ma vie et de respirer encore une fois l'air suave que nous avions respiré ensemble. » Dans ce pieux pèlerinage, il était accompagné de ses petits-enfants et de leur mère, la lille de son vieux ami Mon nier, madame Frédéric Portais, qui ne le quittait jamais et qui, par son aimable esprit et les soins dévoués de sa filiale affection, a répandu tant de charmes et de si grandes douceurs sur sa vieillesse.

Ce voyage devait être le dernier. M. Portalis avait fini sa quatre-vingtième année et il touchait au mots d'août, pendant lequel il n'entreprenait jamais rien. C'était pour lui un mois funeste, rempli des plus tristes souvenirs et tout traversé de funérailles. Il avait perdu son père le 25 août 1807; le 25 août 1814, sa mère, atteinte d'une maladie de cœur, avait succombé aux émotions de ce douloureux anniversaire; à quelques années d'intervalle, il avait vu mourir le 25 août deux de ses enfants en bas âge. Sa femme avait été frappée nu mois d'août 1858, et c'était aussi au moisd'août

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