‹ Eloges historiquesChapitre 24 sur 36 · US COMTE PORTALIS · texte numérisé non relu

US COMTE PORTALIS

1846 que son fils aîné, enlevé à la magistrature où il continuait l'honneur de son nom, avait laissé dans le deuil une famille dont l'aîcul élait devenu le père. M. Portalîs appréhendait le retour de ce mois funèbre qui lui rappelait tant de malheurs et qui pouvait en apporter quelque nouveau autour de lui. Le 1" août 1858, il écrivait à l'un de ses fils : « Voilà ce fatal mois d'août qui commence. » Quelques jours après il n'était plus. Dans la nuit du 4 au 5 août, il quitta doucement la vie, dont, la veille même, il était en pleine possession. Les tristesses de la maladie lui furent épargnées comme les angoisses de la mort. Presque debout, il fut frappé soudainement, et, sans éprouver une souffrance, sans pousser un soupir, il s'éteignit entre les bras de ses petits-enfants. Si la mort le saisit, elle ne le surprit pas. Le vieillard y était préparé par son âge, le chrétien l'attendait avec une pieuse résignation, et l'homme juste, qui avait fait souvent du bien a ses semblables et ne leur avait jamais fait du mal, l'accueillait avec une sérénité confiante.

NOTICE

Messieurs,

Y a-t-H une philosophie de l'histoire? Les fondaleurs de votre Académie l'ont pense. Ils n'onl pas admis que l'histoire fût une succession d'événements arbitraires dépourvus de signification et de lien. Ils ont cru que les faits humains ont leurs lois aussi bien que les toits matériels. Ils ont donc compris l'histoire générale au nombre des sciences qui intéressent l'ordre moral et politique, et ils en ont Tait une grande section de votre Académie.

Sans doute ce qui n'csl pas variable de sa nature

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peut seul donner Heu a une science exacte. La liberté do l'homme se refuse à se laisser enfermer dans des cadres inflexibles. L'humanité ne suit pas une marche dont on puisse calculer tous les mouvements. Elle s'avance par des routes qu'elle ne connaît souvent qu'après s'y iVrc engagée, vers des tins qui s'agrandissent a mesure qu'elle en approche. C'est successiment qu'elle acquiert des connaissances de plus en plus étendues, qu'elle puise tout à la fois dans l'observation de la nature et dans l'étude d'elle-même. Ainsi se forme l'expérience.

Nier le pouvoir de l'expérience serait méconnaître notre plus beau privilège, notre Évidente el noble destination. Pourquoi l'intelligence nous aurait-elle été donnée, si nous n'élions pas faïls pour apprendre'.' pourquoi la volonté libre, si nous ne devions pas nous en servir pour nous redresser et nous améliorer sans cesse? Si l'expérience n'esl ni soudaine ni complète ; si la vérité ne dissipe pas entièrement l'erreur, si les lumières de la raison n'empêchent pas toujours les égarements de la passion, il ne faut pas en conclure la vanité de l'expérience. Encore insuffisante, elle n'est cependant pas inutile, et viendra le temps où la vérité, plus répandue, réduiiu l'erreur moins obstinée, où l'ordre croissant de la justice l'emportera sur la turbulence alfaiblie de la passion.

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