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Celle expérience du genre humain, l'histoire l'accrott et l'étcnd. Elle le fait moins encore par des recils qui plaisent ou des peintures qui émeuvent, que par des recherches approfondies qui pénètrent les causrs cachées des événements, au moyen de considérations qui en font saisir l'enchaînement et la portée, à l'aide de jugements honnêtes, d'où sortent des leçons propres à élever les hommes cl ces grandes lueurs qui servent à guider les peuples. C'est cette mission morale de l'histoire que M. Halhun s'est surtout proposée; c'est elle aussi qui a consacré son nom. M. Hallam occupe une place à part, une place éminente parmi les historiens contemporains les plus célèbres, et, en Angleterre, il est à la léte des rares hisloriens qui ont porté, dans la connaissance et le jugement du passé, la pénétrante clairvoyance d'un esprit libre et la ferme équité d'un esprit pliilosophi que. Aussi avez-vous compris de bonne heure parmi vos illustres associés le savant auteur de l'Europe au moyen âge, cette vaste composition dans laquelle il embrasse d'une vue haute et puissante dix siècles de l'existence soeiale et de la condition spirituelle du monde occidental; l'habile écrivain qui a donné une grande histoire politique de l'Angleterre, à partir de l'époque des invasions jusque vers nos temps, en retraçant sa libre constitution qu'il a saisie dans ses ori-
gines, suivie dans sa lente formation, exposée dans ses laborieuses vicissitudes, et montrée dans la perfection de son esprit comme dans la beauté de son mécanisme; enfin l'appréciateur judicieux de la littérature de l'Europe pendant les (rois siècles où se sont développées avec un éclat varié dans chaque pays les lettres et les sciences qu'il a présentées quelquefois en critique délicat, toujours en docte historien.
Henry llaltam naquit à Windsor le !) juillet 1777. Il était fils unique d'un dignitaire Irés-distinguè de l'Église anglicane, le docteur Jean Hallam, chanoine de Windsor et doyen de Bristol, Remarquable par une certaine candeur antique el par la sainte honnêteté de toute sa vie, Tort versé dans les lettres humaines quoique adonné avec préférence a la culture des lettres sacrées, le père laissa au fils l'héritage d'une vertu qui ne pouvait pas être surpassée et d'un savoir qui fut par lui singulièrement agrandi. Originaire de Boston, dans le comté de Lincoln, la famille de M. Hallam était ancienne. Vers les commencements du quinzième siècle, elfe avait donné au siège de Salisbury un évéque qui fut député du clergé anglais au concile de Constance, celle grande assemblée représentative de la chrétienté encore unie, convoquée pour réformer
Il ALLAH m l'Eglise, comme on le disait alors, dans son chef et dans ses membres, en rendant l'autorité du pontificat moins absolue et la conduite du clergé plus régulière. Comme la réforme ne put pas s'opérer alors légalement dans le pouvoir et dans les mœurs, elle s'accomplit plus tard révolu lionnairem en l jusque dans le dogme. La famille de M. Ilallain l'embrassa avec ardeur. Il parait même que la plupart de ses ancêtres appartiennent a la secte austère des puritains, dont il lui resta quelque chose, sinon dans les croyances, du moins dans les sentiments. Sa mère, sceur du docleur Roberls, prévôt d'Eton, femme d'un rare mérite, lui communiqua les dons d'une intelligence Terme et d'une âme délicate. Le jeune Hallam, dès son enfance, montra un talent inaccoutumé. A l'âge de quatre ans il parcourait tonte espèce de livres, et il écrivait des sonnets à l'âge de dix ans. Ses vers se lisent encore dans le recueil des « Muses d'Elon, » collège célèbre fondé par Henry VI, fréquenté par ce que l'Angleterre oITrede plus élevé ou de plus opulent, qui, après avoir été l'école du père, devint celle du fils, de 1790 à 1794. D'Elon, où il avait été le plus remarqué des écoliers, il alla, comme étudiant, poursuivre ses éludes universitaires à Oxford, et y prit ses grades académiques en 1799.
Le siècle finissait, lorsqu'il sortit du l'Université
pour entrer au barreau. M. Hallam fut d'abord avocat et suivit les assises dans le circuit d'Oxford en y plaidant durant quelques années. Sans avoir cette conception prompte, celle argumentation vive, celte chaleur féconde, celte élocution soudaine et brillante qui font les habiles avocats et les orateurs éclatants, il était doué d'une pénétration si grande, il avait un esprit si vigoureux, un sens si juste, il acquit de la loi une connaissance si étendue et si profonde, il était capable de raisonner avec lanl de force et de parler avec tant d'auiorité que les plus hautes dignités de la magistrature, réservées en Angleterre aux hommes les plus éminents du barreau, lui auraient été tôt ou tard accessibles. Il aurait pu s'asseoir un jour sur le banc du roi, comme grand juge, et peut-être même sur le sac de laine comme chancelier; mais sa vocation l'entraînai ailleurs. Il rechercha une autre magistrature, et il abandonna la plaidoirie pour l'histoire.
Si son génie naturel l'y destinait, son heureuse position lui permit de s'y préparer avec maturité. Bien jeune encore, il disposa d'un revenu qui lui assurait une entière indépendance el le laissait maître de bien faire en le dispensant de faire vite. A sa forlune héréditaire il ajouta la rétribution d'une charge de commissaire au bureau du timbre. C'était un office qui occupait peu et qui rendait beaucoup. M. Hallam eut ainsi
le loisir et le moyen d'apprendre loul ce qu'il fallait pour Être un savant historien, tandis qu'il possédait les dons supérieurs qui l'appelaient à être un historien philosophe. Il avait deux genres d'esprit, qui, sans s'exclure, s'unissent rarement ensemble : l'esprit d'observation et l'esprit de conclusion. 11 avait étudié les langues et les auteurs de l'antiquité, comme les savaient trois siècles auparavant les éruilits de la Renaissance. Le goût des lettres, dont il aimait les maies beautés ou les invjiiwljuljli's tli'lii:aU.>ss<^, lui inspira pour la naissante d déj;i célèbre Bévue d'Edimbourg dcsarlicles d'une critique élevée ef sévère, qui le firent appeler avec ironie « le classique Ballant » par lord Byron, dans une satire où, à côté des mérites éclatants du poète, se révélaient les anitnosités orgueilleuses de l'homme. A cette forte littérature SI. llallain joignit la connaissance parfaite des langues de l'Europe et l'étude approfondie de son histoire. Bien qu'il eût montré un talent précoce, il fut un auteur tardif.
Ce n'est qu'après plus de dix ans de recherches Opiniâtres et d'un travail fécond, qu'il fit paraître, en 1818, son premier livre : l'Europe au moyen âge. En quatre volumes il embrasse dix siècles d'hisloire, et de quelle histoire 1 1.a fm violente d'un monde et l'enfantement confus d'un autre. Depuis l'invasion des peuples que la Providence semblait tenir en reserve
m iiiius comme pour abattre ce >]ui était mort, renouveler ce qui était épuisé, jusqu'à la formation des grands Étals modernes, provenus de la conquête et sortis peu à peu, bien qu'inégalement, des désordres où les avaient jetés la barbarie humaine et la décomposition territoriale, M.Hallam déroule ies annales compliquées du moyen âge.
A peu près identique dans sa composition, tout à fait uniforme danssa croyance, à bien des égards analogue dans ses coutumes, l'Europe, durant celle époque, a une histoire commune en ce qui concerne son régime moral et son gouvernement spirituel. La Toi chrétienne, qui répand des sentiments pareils et donne des directions générales, y fonde une organisation universelle de la société religieuse soumise au même pouvoir comme à la môme règle. Les idées transmises par la civilisation ancienne pour enirerdans la composition du monde moderne et les institutions nées de la conquête germanique qui se mêlent aux restes dune législation civile perfectionnée, s'étendent sur toutes les régions à des degrés différents. De la combinaison un peu diverse de tant d'éléments semblables sortent, avec des intérêts distincts, sur des territoires circonscrits, des États utilement séparés au milieu de la grande communauté européenne dans laquelle ils sont compris.