‹ Eloges historiquesChapitre 27 sur 36 · D ALLAH · texte numérisé non relu

D ALLAH

comparable pour son pays, et il apprenait au monde comment un peuple que l'exiguïté de son territoire, la tristesse de son climat, la défaveur de sa position, devaient laisser dans un rang inférieur parmi les peuples, s'était élevé si haut par l'excellence de ses institutions ; était devenu le plus opulent en étant le plus libre, le plus habile en étant le mieux gouverné ; avait suppléé aux disgrâces anciennes de la nature par les précoces fécondités du travail, surmonté la petitesse de son sol par la grandeur de sa puissance, dominé les mers par ses vaisseaux, répandu ses produits sur les continents, et couvert de ses établissements la terre parcourue avec une infatigable ambition. Ce livre que donna M. llallam en 1827 était \' Histoire constitutionnelle de l'Angleterre. Si , aux ciuq volumes qu'il présente, on réunit le troisième volume de l'Europe au moyen âge, qui concerne également l'Angleterre, on a l'histoire savante et complète de la société, de la législation, de la politique de ce grand pays, depuis l'invasion des Anglo-Saxons jusqu'au régne du Ilanovrien Georges III. On remonta aux origines lointaines de la constitution anglaise, ou suit les développements qu'elle reçoit, on voit s'accomplir les crises laborieuses d'où elle sort plus forte et, à la fin, tout à fait achevée. M. Hallam ne sépare point l'histoire des institutions de celle des événe-

niL'nls, et les hommes figurent dans ses habiles appréciations autant que les choses dont ils sont tout ensemble les instruments et les auteurs. Son livre est le code historique des droits nationaux, et porte surtout témoignage des efforts séculaires d'un grand peuple pour parvenir à l'heureux gouvernement de lui-même.

Comment s'est opéré cel établissement unique dans les siècles qui ont précédé le nôtre '.' Comment se litil que ta société anglaise, composée presque des mômes éléments que les autres Etals de l'Europe, se constitua tout autrement qu'eux? La forme de son gouvernement en effet ne ressembla d'abord ni à la constitution fédérale de l'Allemagne, ni à ia constitution républicaine et seigneuriale de l'Italie, ni aux constitutions qui aboutirent à la monarchie absolue en France et en Espagne. Pour la grandeur de l'Angleterre et l'honneur du peuple anglais, elle conserva intact le pouvoir royal et finit par le contenir; elle admit la liberté publique et parvint à la régler. Elle ne rendit pas la royauté impuissante ou absolue, ce qui l'annule ou la perd ; elle ne fit pas, des barons féodaux, une troupe désunie de petits souverains turbulents, voués à la tyrannie ou à la sujétion ; elle ne transforma point les villes affranchies en républiques destinées à devenir la proie d'un usurpateur ou d'un

292 HALLAN conquérant. Par la plus harmonieuse des combinaisons, elle réunit ensemble la royauté qui, représentant l'unité de l'État, agrandit son territoire et sa puissance; la grande noblesse qui, formant une aristocratie prévoyante et habile, fonda les institutions libres du pays auquel elle donna un esprit attentif et des desseins suivis ; la classe indépendante des propriétaires territoriaux et des communes urbaines, qui, admise à son tour dans le conseil national, y apporta avec la jalousie de ses droits et la clairvoyance de ses intérêts, rattachement le plus fier et le plus dévoué à une patrie dont elle contribuait a régler les lois et à conduire les affaires. C'est ainsi que s'associèrent peu à peu dans une action commune les trois principes monarchique, aristocratique, populaire, qui ailleurs se conslituèrent à part et se dominèrent réciproquement.

Les institutions politiques et les libertés civiles de l'Angleterre, sorties du fond de la société anglaise, eurent d'abord pour fondateurs et longtemps pour soutiens les principaux membres de l'aristocratie territoriale, qui, vers les commencements du treizième siècle, contraignirent la couronne à donner, à jurer, à observer la grande Charte. Œuvre libérale d'un siècle violent, conquête généreuse d'une classe partout ailleurs oppressive, la grande Charte consacra

HALI.AU Bffi les droits essentiels du pays, elle prépara la liberté individuelle de tout sujet anglais au moyen de la justice du jury, et jeta les fondements de la puissance législative de toul le peuple anglais par l'établissement du grand conseil national, dans lequel les députés des communes prirent bientôt place à célé des lords et qui reçut le nom de Parlement. Dès le quatorzième siècle, la forme politique de l'État fut fixée ; son administration judiciaire, qui remontait surtout aux Anglo-Sa\ons, fut perfectionnée ; son régime féodal, qui venait des Normands, fut adouci, et le parlement, assemblée commune des deux races, conquérante et eonquise, devint l'instrument légal de leur résistance et de leurs vœux.

I) ne faut pas croire cependant que ces belles institutions aient été aussi bien observées que promptement reconnues. Les mœurs en Angleterre ont été longtemps en relard sur les lois. Malgré l'adoption de la grande Charte et la convocation assidue des parlements ; bien que le droit d'kabeas corpus et le jugement par jury prouvassent la sûrelé des personnes, que le vole des subsides servit de garantie aux propriétés et permit le contrôle du gouvernement, il y eut de fréquentes atteintes portées à la liberté des sujets, a la possession des biens, à l'exacte administration de la justice. Le successeur des rois de la con-

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quflte l'était aussi de leurs Iradilions et de leurs violences. Son pouvoir limité de droit se rendit souvent arbitraire de fait. Ne voit-on pas, en effet, les rois de la maison de Tndor et de la maison de Sluart se passer quelquefois des parlements en matière de sub- . sides, annuler la loi commune en matière de droit, prendre ce qui ne leur était pas offert, punir qui n'était pas condamné, et se mettre au-dessus de la règle publique comme de la justice privée? Ne les vit-on pas établir eux-mêmes, bien que d'une façon détournée, l'impôt par des emprunts exigés an moyen d'ordres scellés du sceau royal, par des subsides contraints auxquels ils donnaient le nom menteur de bénéeotences, par des monopoles qu'ils concédaient à leur profil ; ne les vit-on pas emprisonner les riches qui n'accédaient pas aux taxes dont ils étaient frappés, condamner à la détention ou à l'amende les jurés qui contrariaient leur désir en jugeant avec indépendance, poursuivre de leur redoutable animosilé, et mettre à la Tour de Londres les députés trop libres qui se refusaient à leurs demandes et parlaient trop ouvertement contre leurs actes? « On en était venu, « dit M. llallam, a nier l'existence de libertés tant « de fois violées, et ii prendre ie mépris des lois pour « la loi elle-même. »

Mais il existait deux instruments de liberté el do

DALLA H 505 justice: le parlement et le jury, qui devaient à In fin, le premier affermir les droits du pays, le second consacrer la sûreté des personnes. 11 est bien donné à la faiblesse ou à la passion des hommes de suspendre l'effet des institutions, mais la vertu des institutions doit lot ou tard triompher de la faiblesse et de la passion des hommes. De cela seul qu'elles subsistent, les institutions finissent par procurer ce qu'elles étaient destinées a garantir. La durée a été l'heureux mérite des lois anglaises, comme la constance a été la vertu féconde du peuple anglais. L'habile historien de la conslitution d'Angleterre suit et explique les vicissitudes du droit qui s'étend toujours et de l'oppression qui se ranime quelquefois, en signalant leurs eauses anciennes, en montrant leurs résullats nouveaux. La loi publique dans ses règles et la prérogative royale dans ses prétentions, l'une émanant du pays, l'autre venant de la conquête, la première invoquée avec une infatigable persévérance, la seconde soutenue par ta force, furent pendant bien des siècles en lutte et se disputèrent, sous de nombreuses générations, le gouvernement de l'Angleterre. Tantôt la loi s'ètablil sur la prérogative abattue ; lanlét la prérogative relevée l'emporta sur la loi méconnue. Bien des rois de caractères différents et appartenant à des dynasties successives opprimèrent mal-

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