LORD MACAULAY
NOTICE
lue k n si met hjbltçui ihdeili en is in» IIII
Messieurs,
Le grand historien anglais dont j'ai à vous entretenir aujourd'hui est venu au monde l'année mémo où s'ouvrait en quelque sorte le siècle de l'histoire. Il y est venu alors que se développait celle ère féconde en mémorables événements et en prodigieux spectacles, si propres à frapper fortement l'imagination humaine, el, par la vue saisissante du présent, à donner le sens profond du passé. Révolutions dans les
7.10 HACADLAY îdiîcs des hommes suivies de changemenls dans la condition des peuples ; deux élals sociaux, l'un tirant ses racines de ces siècles lointains où la force avait fait presque uniquement le droit, l'autre s'élançant vers les régions entrevues d'une équité supérieure; des chocs violents, des bouleversements formidables, l'Europe entière en convulsion ; des trônes tombés et relevés, des pays envahis et délivrés, des institutions détruites et refaites, le continent traversé, occupé, perdu par un conquérant dont la passion avait égaré le génie, et, tandis que ce conquérant, sorli d'une révolution populaire, abattait sous ses coups l'ordre ancien du monde, un gouvernement aristocratiquefondé sur la liberté soutenant cet ordre ébranlé par des moyens plus puissants que des armées et avec une constance politique qui devait l'emporter sur l'habileté militaire : en un mot, tout ce qui s'est accompli de nos jours sous les yeux des historiens devait projeter pour eux une vive lumière sur tous les horizons de l'histoire. Inspirés par ces grands spectacles, ils ont pu tout à la fois acquérir la connaissance exacte des faits et reproduire avec force les grandes scènes qui se jouaient sur le théâtre du monde. Habilement ranimées et savamment jugées, les générations qui ont vécu reparaissent alors pour le plaisir et l'instruction des générations présentes.
C'est ainsi qu'a conçu l'histoire l'ingénieux Dt brillant écrivain, si profondément versé dans la connaissance du temps et du pays qu'il a fait revivre avec une si dramatique exactitude, politique par le jugement, peintre par la couleur, poète par l'art, M. Macaulay, que vous vous Êtes associé au moment où son œuvre In plus considérable donnait ;i sa renommée le plus grand éclat, et dont je vais aujourd'hui rappeler devant vous la noble vie et les glorieux travaux.
Thomas liabington Macaulay naquit, le 25 octobre 1800 à Rolliley-Tcinpie, dans le comté de Leiccster. Une vieille demeure des anciens Templiers, avec ses vingt-huit fenêtres de front, sa chapelle grise aliénant au manoir, son site agréable sur les confins de la forêt de Charnwood, et où se trouvaient conservés de respectables débris des temps passés, des casques qu'avaient portés des guerriers du moyen âge, des épées qui avaient été tirées dans le grand armement de 1588 contre l'invasion projetée de Philippe II, fut le berceau du futur et pittoresque historien. Sa famille était écossaise d'origine cl presbytérienne de croyance. Son père avait la foi rigide d'un puritain et la vertu active d'un homme de bien . Zachary Macaulay était, avec son célèbre et pieux ami Wilber force, l'un
des principnux dans ce parti dos saints, comme on l'a appelé, qui pendant plus de tvenlc années a poursuivi l'abolition de la traite des noirs sur la cûle d'A- Irique et la suppression de l'esclavage dans les colonies. Poussé par le beau désir d'éclairer et de secourir ses semhlablcs, il prit part aux plus bienfaisantes entreprises de son temps. Membre de la Société royale, il s'attacha à répandre l'instruction populaire, Tut l'un dos fondateurs de l'Université libre de Londres, se lit commissaire de la charité publique et volontaire, se montra surtout champion ardent de la liberté humaine. C'est de lui et à ce sujet que M. Gladstone a dit, dans la chambre des Communes: « II y avait d'engagé dans cette cause un homme qui était un invisible allié de M. Wilberforce et le pilier de sa force, un honme d'une profonde bienveillance, d'une intelligence vive, d'une inlatigable industrie, et de celle nature désintéressée qui se contente de travailler en secret, de céder à d'autres la récompense de la présente renommée et de chercher sa rémunération au delà du tombeau. » La renommée qu'il ne cherchait pas vint le trouver, et il donna la célébrité de sa vertu a un nom que son (ils devait entourer de la gloire du talent.
Jusqu'à l'âge de douze ans, l'éducation de Thomas Macaulay se poursuivit à la maison sous les yeu* de
NAGAULAY 519 ce père attentif, el par les soins surtout do sa mère, femme pieuse et distinguée, qui unissait les ornements du savoir aux dons naturels de l'esprit. Fille d'un quaker, libraire à Bristol, miss Selina Mills avait été élevée par l'habile Hannah More. Celle docle puritaine, qui avait l'attachement de Wilberfurce et de Burke, dont Garrick se plaisait à jouer les pièces au théâtre de Drury Lane, qu'ont louée, dans le dernier siècle, SamuclJolinson, au commencement de celuici, Walter Scott el Wordaworth, et qui a composé tant d'écrits lus autrefois, oubliés aujourd'hui, n'avait pas été étrangère au mariage de miss Selina Mills, la plus chère de ses élèves, avec Zacharj Macaulay, l'un de ses amis les plus respectés.
L'enfant né de celte heureuse union donna bien vile tous les signes d'une supériorité précoce. Il avait une curiosité ardente et une mémoire ex Iraord inaire. 11 voulait tout savoir, demandait tout a lire, et, de loul ce qu'il apprenait, il n'oubliait jamais rien. Les grandes scènes de la Bible, le Voyage du Pèlerin dans le livre si èloquemment mystique et si poétiquement moral de Bunyan, les contes ravissants des Mille et une Nuits qu'il aurait pu réciter d'un bout à l'autre comme Scheheraïade, les majestueux poèmes de la Lusiade et du Paradis perdu qu'il savait par cusur, les créations historiques de Walter Scott qui faisaient ses
320 BACAUUÏ délices, étaient ses lectures de préférence. Jl réfléchissait déjà en se souvenant, et, dans un âge encore bien tendre, il ne pensait pas sans justesse et il composait même avec art.
En 18)2, il était allé passer quelque temps chez Hannah More, qui écrivait à Zachary Macaulay sur son jeune fils Thomas : « Je n'ai jamais vu en lui aucun mauvais penchant, rien excepte les faiblesses et l'ambition qui sont inséparables peut-être de talents si précoces et d'une imagination si vive. Il parait sincère, véridique, sensible el affectueux. » Thomas Macaulay avait rencontré là un compagnon un peu plus âgé que lui, gui suivait l'École de Woolwich et se destinait à l'artillerie. Ces deux enfants discutaient ensemble des questions qui paraissaient bien audessus de leur esprit, et ils mettaient en parallèle des hommes que jugeait leur hardie inexpérience. h J'ai entendu, ojuutail Harinali More, un débat qui s'était élevé entre eux sur la comparaison du prince Eugène de Savoie et du duc de Marlborough, considérés comme généraux. La masse de lecture que Tom a versée dans ce débat et la masse d'écriture qu'il en a fait sortir sont étonnantes... J'observe un progrès journalier dans le développement de ses facultés intellectuelles. Il lient tout ce qu'il a promis, et promet toujours davantage ; mais ce qu'il y a d'extra-
ordinaire, c'est qu'il a autant de justesse danS son expression que de verve cl de vivacité dans son imaginalion. J'aime beaucoup que, tout on prenant iniérél à tous les événements de notre époque, il n'en reste pas moins écolier ; j'aime à le voir aussi enfantin qu'il est studieux, cl no s'amusant pas moins à Taire un pâté de beurre qu'un poème. »
Alors cependant, le jeune Macaulay construisait plus souvent encore des poèmes que des pâtés de beurre. Tout dans son esprit se tournait en poésie, et, chose surprenante, il avait déjà le goût de i'his- (oiro cl de la politique. Il entremêlait une adresse historique à Millon à des vers sur les grands événements contemporains. Il composait, en 1812, un poème sur Moscou, comme il devait en Taire un en 1815 sur Waterloo, et en 181Ô, après la funèbre rc- Iraite de Russie cl le désastre accablant de l.eipsick, à la veille du succès do son pays, il recommandait à l'Angleterre la mémoire de l'opiniâtre champion de sa cause, du second Pill, qui avait succombé dans la lutte sans jamais désespérer de la victoire. Ces vers, tout à fait anglais par l'ambition comme par les sentiments, ne sont pas d'un jeune homme de treize ans. Je ne saurais m'empècher de les donner ici, dans une prose qui ne peut que les affaiblir, moins pour montrer le caractère de sa poésie que la portée de son esprit.
m macaulày
« 0 Angleterre, île bien -aimée, lorsque les annales « de ton histoire rediront les exploits de tes enfants, « lorsque les accords des poètes célébreront ta gloire n et les succès obtenus par ta constance el la va- « leur ;
« Lorsque l'olivier et le palmier seront tressés pour « ta couronne, lorsque les arts, ta renommée, Ion corn- « nicrec se seront agrandis, lorsque les bras auront a atteint les plus lointains rivages, que tu posséderas « les triomphes de la guerre et les féiicilés de la « paix ;
« Lorsque l'Océan, dont les Dois t'entourent comme n un rempart, portera tes ordres sur toutes les eûtes h de l'univers et que les bornes de la nature de- .1 viendront celles de ton empire
a Souviens-toi de l'homme qui, dans la détresse et . n le danger, alors que la gloire élait évanouie et ton o esprit abattu, quand tes espérances avaient été ren- » versées par les armes de l'étranger el que tes ban- « nières flottaient sous les dômes de l'ennemi,
« S'avança au milieu de cette tempête d'incertitudes « et de désastres, sans assistance et seul, pour affronter « le péril, soutint ta cause et (es droits, l'empêcha n d'être conquise et t'aida a te sauver. »
H fallut donner enfin à ce merveilleux enfant l'in*
DiflitlZEd bu Goo
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slruction régulière el forle qui se recevait dons les Écoles bL dans les IJni^i'siiï'sd'Aiiidelerre. Envoyé louro tour cliczun M.Pritchard à Clapham, el auprès du révérend M. Preslon, à Shelford, il alla, vers l'âge de dix-huit ans, faire ses études el prendre ses grades universitaires à Cambridge. Il y fut agrégé au collège de la Trinité, fondé par Henri VIII, et où les connaissances classiques les plus abondantes fortifièrent en lui les dons les plus heureux de l'esprit. IJès la première année, il obtint la distinction la plus enviée parmi les plus hautes récompenses de l'Université, la médaille d'or du chancelier, qu'il reçut solennellement des mains du duc de Gloccsler pour son poërae sur Pompéi. Il ne remporta pas seulement les prix de l'école, il conquit ces riches prébendes de l'Université- qui, sous le nom de Schotarship el de Feltowskip, donnent à leur victorieux possesseur, la première, le moyen de poursuivre sans frais ses études ; la seconde, acquise au terme de la carrière académique, la facilité d'attendre les succès cl les gains dans une autre carrière.
Après six années de travaux féconds, Maeaulay quitta l'Université tout rempli de son savoir el tout chargé de ses honneurs. 11 était devenu un lettré accompli. Mais les lettres, qui commençaient sa célébrité, ne lui donnaient point un état. Il en chercha tout d'abord un au barreau el consacra plusieurs années à la connaissance
fort compliquée des lois. Il avait étudié méthodiquement l'art oratoire à Cambridge, il étudia solidement le droit anglais à Londres. Il suivit, comme avocat, le circuit du Nord, aux assises duquel se rendaient à celte époque les hommes les plus émincnls du barreau. Il n'y parut pas longtemps et n'y plaida pas beaucoup; une seule et Tort petite cause lui fut confiée dans la quatrième session. Il s'agissait d'un vol de poules, dont il parlait fort plaisamment dix ans plus tard à Calcutta, en souhaitant aux avocats de l'Inde d'autres succès que les siens. Habitué jusque-là à réussir en tout et vite, il s'étonna sans doute de réussir au barreau si peu et si lentement. Aussi quilta-t-il la plaidoirie qui n'abondait point, pour la littérature où il devait exceller, et pour la politique où l'attendait une des premières places, sinon parmi les plus habiles, du moins parmi les plus éloquents.
Il avait déjà publié des écrils fort remarqués dans un recueil appelé le Quarterty Magazine de Knight, lorsqu'il inséra dans la Revue d'Edimbourg, en ce moment si célèbrect dont il accrut encore la renommée, ses grands Essais sur Hilton et sur Machiavel. Le premier de ces deux essais est politique non moins que littéraire. L'auteur du Paradis perdu, inspiré par la Bible et la Révolution, l'allier adversaire des despotiques Stuarls, le glorieux aveugle qui, sous la restau-
ration des fils du roi dont il n'avait pas craint de justifier la mort tragique, composa, dans sa retraite disgraciée et pauvre, ces chants sublimes qui ont fait de lui l'un des plus grands poètes de l'Angleterre, trouva dans Macaulay un historien et un appréciateur également enthousiastes. I,e descendant encore exalté des puritains, l'ami alors un peu outré de la révolution anglaise, le jeune Macaulay raconta la vie agitée de Millon et célébra son génie auflère, avec une efi'crvescence (oui à fait lyrique, dans une œuvre remplie d'idées fortes et de beautés éblouissantes, mais quelque- Ibis un peu déparée par la hardiesse trop véhémente des jugements et la pompe trop continue du langage. Moins oratoire, l'essai sur Machiavel se recommandait par de pénétrantes appréciations et des vues où l'éclat se mêlait à la profondeur. C'est ainsi que M. Macaulay commença particulièrement sur des époques et des personnages considérables de l'Angleterre, a. partir du règne d'Élisabeth jusqu'au régne de Georges III, depuis Curleigh et Bacou jusqu'aux deux l'itt, en y comprenant et J. Ilampden^el W. Temple, et Addison etWalpole, cette série variée du belles études historiques et littéraires dans lesquelles il a semé tant d'ingénieux aperçus, porté des jugements si délicats cl si fermes, répandu des théories saines cl hautes, où l'imagination se montre souvenl, l'esprit ne manque jamais, la pen-
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sée éclate et le talent abonde. D'un ordre élevé el d'une exécution originale, ces éludes, qui ont Tait appeler M. Macaulay dans son pays, par une expression inusitée dans le nôtre, le Prince des essayistes, sont des morceauxrares de littérature et d'histoire. M. Macaulay, y déployant un savoir non moins étendu que précis, montre les temps tout comme il caractérise les œuvres, peint les mœurs aussi bien qu'il juge les hommes, el considère d'une vue line les événement qu'il raconte d'une maniùreallrayante. Il met dans ces compositions un art qui n'est que l'habileté de l'intelligence arrangeant tout ce qu'elle anime, eldans son style un agrément varié qui laisse à (oui ce qu'il exprime son charme particulier.
Delà vie littéraire, M. Macaulay passa bientôt dans la viepolitique ; le rédacteur très- remarqué de la Revue d'Edimbourg devint membre du parlement d* Angleterre. Il enlra dans la chambre des Communes par la porte étroite d'un bourg pourri. Le souvenir de ses succès a Cambridge, l'effet de ses récents écrits dans la Revue d'Edimbourg, l'ardeur manifestée de ses libérales opinions, le recommandèrent aux chefs des whigs comme un précieux auxiliaire de leur cause depuis quarante ans vaincue el sur le point de redevenir victorieuse. Sous le noble patronage du marquis de Lansdowne, qui disposait du bourg de Clane, il obtint, eu
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janvier 1830, un siège dans celte chambre des Communes où il devait acquérir bien vite une grande célébrité oratoire.
Lorsqu'il y parut, lu longue domination des tories approchait de son terme. Les beaux principes d'ordre social que le dix-huitième siècle avait fait prévaloir dans les esprits et que la révolution française avait eu pour objet de faire prévaloir dans les institutions, avaient été un moment compromis en France et arrêtés en Europe par la violence de la lutte ; mais ici bientôt, là un peu plus tard, a la fin partout, ils devaient ou doivent successivement se répandre et s'établir. Ainsi la tolérance religieuse envers tous ceux qui priaient Dieu dilïfércmmenl dans le même pays, l'égalité civile de tous ceux qui étaient nés sur le même sol, la liberté politique pour tous ceux qui composaient la même nation, en un mot, le vœu public introduit dans le gouvernement, la justice réglant la loi et la loi dominant l'État : voilà ce que le monde est destiné à voir pour le bien des hommes et l'honneur des sociétés.
L'Angleterre qui avait devancé tous les au 1res peuples dans la voie des institutions libres, avec beaucoup de droits politiques n'offrait pas assez d'équité sociale. Depuis plus de deux siècles une grande croyance avait été civilement proscrite et un vaste royaume durement asservi. La générosité des esprits et le cri du temps
MACÂULAÏ
venaient enfin d'arracher aux tories, qui en avaient élè jusqu'alors les opiniâtres adversaires, l'émancipation des catholiques et des Irlandais replacés sous la loi commune et admis dans le parlement national. Mais ta constitution électorale du moyen âge subsislail encore. Cent sept bourgs, dont les deux tiers n'avaient pas deux mille habitants, envoyaient deux cent treize députés a la chambre des Communes, tandis que vingt-sept villes considérables, dont plusieurs avaient au delà de cent mille ames de population, n'y avaient pas de représentants. Beaucoup de lois se ressentaient des mêmes imperfections. Le moment élait venu d'étendre la reforme à l'Angleterre, qui avait dans le mécanisme de son gouvernement un instrument propre à l'opérer sans trouble cl le parti whig pour l'accomplir sans excès.
Ce parti, attaché aux progrès publics, resté toujours libéral malgré les longues disgrâces de la liberté, arriva aux affaires après la révolution de Juillet 1850. En prenant possession du pouvoir, il réalisa dans le gouvernement ce qu'il avait longtemps réclamé dans l'opposition. H présenta d'abord ce fameux bill de reforme dont la discussion dura deux ans, qui devait approprier le régime électoral de l'Angleterre a son état moderne, accorder de nombreux déli'guijs ;< des villes populeuses créées ou agrandies par l'industrie et
«ACàULAl 329 le commerce, depuis les temps reculés des anciennes convocations, accroître considérable ment les mandataires des comlés, et, réduisant pour l'aristocratie l'exercice d'un droit qu'il étendait pour le peuple, introduire un élément démocratique dans le parlement et faire de la chambre des Communes, où se décernait et se retirait le pouvoir, non plus la délégation trop dépendante de la haute noblesse, mais lu représenlation de ta généralité du pays.
Dans cette solennelle et longue discussion, M. Macaulay, qui avait déjà fait, quelques mois auparavant, son discours de début de la manière la plus distinguée, parla souvent cl éloquemment. Il prononça cinq discours successifs, tous dignes d'être conservés. En ne tenant comple que de son magnifique [aient qui l'a fait comparer à Burke, on peut dire avec vérité qu'il se plaça par sa verve, sa fécondité, son élévation, sa puissance, au rang des grands orateurs politiques. Il entre vivement dans son sujetet s'en empare. Son argumentation est pressante bien que pompeuse, ferme en même temps qu'oratoire. Dans ses phrases courtes ou pleines, incisives ou harmonieuses, il n'omet rien de ce qui ferait défaut à la démonstration, et ne se livre à aucun développement qui ralentirait l'intérêt. Un abuse pas plus de f histoire dont il invoque û propos les puissants témoignages, que de l'éloquence dont les traits heureux lui
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servent à frapper des coups certains. Ses discours, trés-ôludiés, semblent conçus au moment môme où ils sont prononcés : ils ont la perfection du travail et le mouvement de l'improvisation, et ils unissent l'élégance réfléchie à la liberté soudaine.
Dés qu'il parlait, whigs cl tories accouraient sur les bancs de la chambre pour l'entendre. Sans avoir les qualités extérieures de l'orateur, il produisait de grands effets oratoires. Tout le monde s'accordait à le reconnaître. Sur un corps assez massif, c'est ainsi qu'on le dépeignait, se dressait sa téte forle et expressive. Ses pieds immobiles restaient comme attachés au sol. Son bras gauche était jeté derrière lui, et de son bras droit, par quelques gestes saccadés, il semblait pousser ses paroles au dehors. C'est dans celle rigide attitude, et avec un accent d'abord grave, qu'il commençait ces discours fleuris mais ardents, amples mais impétueux, qui prenaient peu à peu un mouvement irrésistible. Alors c'était comme un torrent d'idées fortes, de faits saisissants, de considérations habiles, de sentiments généreux, de raisonnements serrés, d'images éclalanlcs qui roulaient ensemble sans confusion et emportaient lotit dans leur cours. Ses auditeurs, parmi lesquels il comptait autant d'adversaires que de partisans, le suivaient saisis ou ravis, et il obtenait, de l'assentiment charmé des uns pour ses idées, des applaudissements
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qu'il arrachai! à l'admiration des autres pour ses talents.
Heureux d'Être entré au parlement alors qu'une sorte de révolution civile s'accomplissait en Angleterre sous une forme légale, M. Macaulay a pu appliquera de grands objets ses dons oratoires. Les discours nombreux et entraînants qu'il prononça au sujet de la constitution électorale cl de la réforme; le beau discours qu'il fit sur l'émancipation des juifs, afin que les bienlaits de l'égalité politique s'étendissent à tout le monde et qu'il n'y eût plus de sujets anglais qui ne fussent pas citoyens anglais; l'énergique discours par lequel il combattit le rappel de l'union de l'Irlande, qu'il ne voulait pas plus séparée qu'opprimée ; le discours lout à la fois resplendissant et habile sur l'état, le gouvernement, et la législation de l'Inde qui frappa à lel point deux juges expérimentés de l'éloquence parlementaire, le président de la chambre des Communes et le tribun O'Connel, qu'ils déclarèrent l'un el l'autre n'avoir jamais rien entendu de si magnifique; tant d'aulrcs discours relatifs à des questions d'une haute perlée ou d'un grand intérêt, à des guerres dans l'extrême Orient ou a des matières économiques, à la conduite politique du gouvernemenl ou à l'instruction améliorée du peuple, à la protection des lettres ou à la dolalion du séminaire catholique de Maynooth, à la présence de
53Ï HACAULAt certains juges dans la chambre des Communes ou au suffrage universel réclamé par les chartistes, el qu'il repoussait pour l'Angleterre au nom de la liberté comme du bon sens : tous ces discours, si goûtés alors de ceux qui les entendirent, plaisent encore aujourd'hui à ceux qui les lisent . Réunies en volume, ces harangues politiques, dont l'art a fait des œuvres littéraires, survivront aux occasions qui les ont inspirées, au lemps qui les a produites, par l'éternelle beauté du langage et le charme perpétué de l'éloquence.
Il y eut dans l'existence oratoire de Macaulay une interruption longue, mais volonlaire. H cessa, durant cinq années, de faire des discours en Angleterre pour aller faire un code dans l'Inde. Après le laborieux triomphe du bill électoral, la cité manufacturière de Loeds, appelée pour la première fois à envoyer des dépulésà la chambre des Communes, l'avait choisi comme son représentant. C'était le témoignage do gratitude non moins que d'admiration d'une grande ville envers un grand talent. Ce talent, si utile aux autres, ne lui avait pas clé inutile à lui-même. Devenu d'abord commissaire du Bureau des faillites, il avait été ensuile pourvu d'une charge importante par le ministère whig qui l'avait nommé Secrétaire du Bureau de contrôle. Le Rureau de contrôle représentait le Parlement el la Couronne auprès de la compagnie des Indes Orien-
DlïtiZûd Cy Cl!
■ACAULiï 333 taies, république de marchands et de souverains alors en possession de l'empire du l.lnun] Mogol. Cet empire
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du Gange jusqu'aux imniCiLiues du l'Himalaya, et qu'habitaient cent cinquante millions d'hommes divers de race, de langage, derroyancc.de lois, était encore régi, du fond de la Cité de Londres, par trente directeurs élus qui nommaient le gouverneur général, choisissaient le conseil suprême, désignaient les employés, déléguaient les juges, brevetaient les ufliciers, percevaient les revenus, pensionnaient les nababs dépouillés de leurs États, les rois et les empereurs descendus de leurs trônes, et administraient de prés, par leurs agents, la vaste contrée qu'ils gouvernaient de loin par leurs décisions. Celte souveraineté, successivement réduite en attendant qu'elle fut supprimée, le Bureau de contrôle placé auprès de la Compagnie pour ia surveiller au nom de l'État, la fit affaiblir par le Parlement au renouvellement de la charte de la Compagnie, en 18ôô. Le bill qu'il proposa, et que soutint avec éloquence M. Macaulay, détruisait pour elle le monopole commercial et amoindrissait sa puissance politique. Il confiait à des agents plus éprouvés et mieux instruits la direction de l'Inde, à laquelle il devait être donné de meilleures lois.
L'œuvre de civilisation et de droit proposée par le
SU MÀCAUUY bill, M. Macaulay fut chargé de l'accomplir. Nommé cinquième membre du conseil suprême de l'Inde, il reçut la mission de composer un code perfectionné qui la régirait tout entière. En février 1834, M. Macaulay se démit de son mandat de député, et, prenant congé des électeurs de Lceds, il leur dit : m En Asie, comme en Europe, les principes qui m'onlconcilié votre faveur seront constamment présents à mon esprit. Lorsque je ferai des lois pour une race conquise a laquelle les bienfaits de notre constitution ne peuvent pas être étendus encore avec sûreté, et a laquelle est inconnue la bénigne influence de noire religion, je n'oublierai jamais que j'ai clé élu législateur par les vois non concraintes et non corrompues d'un peuple libre, éclairé et chrétien, n
11 tint dans l'Inde ces beaux engagements pris en Angleterre. Dans le conseil suprême où il représentait l'aulorilé législative, par le conseil d'instruction publique qu'il consentit à diriger, avec la commission spéciale dont il avait la présidence et qui était chargée de codifier les lois du pays en les améliorant, il se consacra aux œuvres les plus utiles comme les plus généreuses. La presse sous traite à la censure, dégagée doses restrictions, fut rendue entièrement libre. Des tonds considérables furent employés, non-seul cment aux éludes du sanscrit et à la publication des livres orientaux,