MACAULAY
ce qui profitait à l'érudition de l'Europe, mais il' enseignement des indigènes dans les langues et les sciences européennes, ce qui devait servir à l'éducation de l'Inde. M. Macaulay traça lui-même la voie dans laquelle les Hindous étaient appelés à marcher afin d'acquérir peu à peu le bienfaisant savoir de l'Occident, de s'élever à ses lumières morales, et d'aider ainsi le peuple dominateur à civiliser en 1 éclairant le peuple que la victoire et la Providence lui avaient soumis et du sort duquel, selon les paroles de M. Macaulay, il était responsable devant les hommes et devant Dieu.
Mais le résultat le plus considérable de son séjour dans l'Inde fut la préparation d'une loi pénale uniforme. Jusque-là, un corps judiciaire chrétien rendait la justice dans tout le pays et à toutes les populations d'après un système de droit criminel fondé sur le code à moitié barbare des mahométans, sur le code tout h la fois informe el inique des Hindous, et sur le livre des slaluls britanniques qui conservait encore les duretés sanguinaires du moyen âge. Secondé par deux habiles jurisconsultes d'Angleterre et par deu* habitants expérimentés de l'Inde dans l'élaboration de la nouvelle loi, M. Macaulay s'inspira de l'esprit du temps sans oublier la condition du pays; il adopta à bien des égards les principes équitables de nos lois françaises, fruits des plus nobles
comme des plus humaines pensées ; el, classant avec justesse les offenses, proportionnant les peines avec équilé, voulant pour tout ce qui habitait la même contrée l'égalité devant la même justice, n'admetlanl pas qu'il y eût des privilèges de casle dans le crime et une aristocratie de race dans les juridictions, il donna a la colonie une législation supérieure, sous bien des rapports, a la législation de la métropole.
Cette œuvre conserve, dans son esprit el dans sa rédaction, l'empreinte des idées et du talent du M. Macaulay. Vingt-six chapitres la composent. L'ordre en est simple, les qualifications des actes y sont précises , les délits aussi clairement détermines que sagement poursuivis. Dans ce code, le nouveau principe de la justice rétrilmtive préside à tout, le sentiment de la vieille vengeance pénale ne parait nulle pari. Il n'y a aucun oubli des manières si malheureusement variées, soit parmi les hommes en général, soit dans l'Inde en particulier, dont il pcul être porté alleinte aux droits de l'État et à ceux des individus, aux propriétés el aux personnes, à la sOrelé commune, à la morale publique, à l'intérêt privé, et il n'y a aucun excès dans la punition. L'infraction est frappée d'un châtiment qui lui est proportionné, où la mesure se trouve sans que la faiblesse s'y montre, où la justice ne louche jamais à l'inhumanité. La peine
de raorl, loin d'être prodiguée comme elle l'était encaro dans la législation de l'Angleterre, était restreinte aux cas de meurtre. Celui qui avait disposé de la vie d'un autre perdait justement la sienne, et il expiait par sa mort la mort qu'il avait causée. Aux olïenses les plus graves, après le meurtre, était appliquée : pour les Hindous, la transporta tien au delà de l'eau noire, ainsi qu'ils appelaient l'Océan dans leur terreur, et pour les Anglais le bannissement avec captivité. La peine du pilori était supprimée, comme sans effet sur celui qui avait perdu tout sentiment de honte, et d'un effet dégradant sur celui qui conservait encore quelque sentiment d'honneur.
Adoplé par le gouverneur et le conseil suprême de l'Inde, approuvé dans les trois présidences de Calcutta, de Madras cl de Bombay, ce code est un remarquable travail de législation générale et de législation locale. Cependant l'une de ses dispositions lut appelée le Black Art, l'acte noir, par quelques Anglais peu favorables à l'égalité devant la justice entre les maîtres et les sujets, cl que d'orgueilleux préjugés de race cl de domination rendaient hostiles aux innovations généreuses et humaines qui rapprochaient trop, selon eus, les vaincus des conquérants. Après avoir subi de longues attaques et des dédains immérités, ce code est aujourd'hui promulgué, avec de lé-