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gcrs changements, comme la loi des territoires britanniques dans l'extrême Orient, à l'avantage de la justice, au profit delà civilisation, pour le bien de l'Inde et l'honneur de l'Angleterre.
La mission de M. Macoulay élait achevée, et un peu avant le ferme des quatre années qu'il devait passer en Asie, il revint en Europe. Poursuivi de quelques haineuses clameurs, il emporlait aussi de douces satisfactions. 11 avait été fidèle aux plus nohles sentiments, il avait suivi ses invariables principes, il avait fait du bien à des hommes, ses semblables, qu'il avait voulu améliorer par l'instruction et relever par la justice, et après s'être montré généreux, il était en quelque sorte riche. On n'allait pas dans l'Inde pour rien. Sur les quinze mille livres sterling ou trois cent soixante-quinze mille francs qu'il touchait chaque année comme membre du conseil suprême et président de la commission législative, il avait pu, tout en vivant selon les convenances orientales, économiser une modeste mais suffisante fortune. S'il rapportai! de l'Inde le précieux trésor qui devait assurer à l'homme de talent son indépendance, il en rapportait des ouvrages plus précieux encore qui devaient commencer la renommée de l'historieni Au nombre des travaux qu'il avait préparés sur les bords du Gange se trouvaient les deux vastes cl admirables bio-
graphies Je lord Robert Clive et de Warrcii Haslings, auxquels l'Angleterre était redevable de la possession de l'Inde. Sous les couleurs les plus vives en même temps que les plus vraies, mêlant d'une manière heureuse les particularités bien saisies de la vie aux grandeurs magnifiquement rendues de l'histoire, M. Macaulay avait exposé l'existence singulière et les entreprises extraordinaires de ces deux commis de la factorerie de Madras que la fortune et leur génie avaient transformés en capitaines et en fondateurs d'Élat, et qui lour à tour avaient abattu, au moyen de la guerre et de la politique, l'empire du Crand Mogol dans l llindostan, où ils avaient établi de plus en plus l'empire de l'Angleterre, en y commandant, le premier au nom, le second à la place des descendant affaiblis et dépossédés de Timour el d'Aureng- Zeb. Lord Clive el Warren Hastings, ces deus sortes de grands hommes d'un esprit si intrépide, d'un caractère si impérieux, d'une gloire si mêlée, moitié conquérants, moitié organisateurs, ayant uni la perfidie à la victoire et la rapacité à la domination, après avoir eu l'Inde pour splendide ihéalre de leurs aventurcs, avaient pour brillant historien Macaulay, qui retraçait en même temps les progrès de la puissance anglaise en Asie, sous la Forme la plus attrayante, dons deux véritables chefs*d' œuvre.
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Ces graves 6Ludcs de politique et d'histoire n'occupaient pas seules Macaulay. 11 composait toutes sortes de vers. Tantôt il traitait poétiquement des sujets réels, tantôt il niellait en ballades de pures imaginations, tantôt il publiait, avec une verve amusanle, des pièces politiques auxquelles il n'attachait pas môme son nom. lin joui-, mats quelque temps avant celle époque, il faisait chez le poêle Rogers l'un de ces agréables déjeuners qui réunissaient fréquemment autour d'une table égayée beaucoup de' charmants causeurs et de célèbres convives. Au nombre de ces derniers étaient Moorc et Campbell. Campbell, en causant, cila quelques vers d'un joli poème qui avait paru dans le Times, et, s'adrcssanl ii .Mourc d'un air significatif] — « Vous devez, » lui dit-il, « connaître ces vers? — Je n'en suis pas l'auteur, » répondit Moorc. — « Chacun pourtant vous les attribue. — Je n'y suis pour rien, je vous assure, » ajouta Moore. Alors Hacanlay, rompant le silence, qu'il ne gardait jamais longtemps dans de semblables réunions, dit: » Ils sont de moi, A et il les récita aux convives qui les lui demandèrent. Moore parla aussitôt d'une autre pièce, à sou gré bien supérieure encore et un peu mordante, sur la candidature de Dankcs à Cambridge, dont il s'était fort égayé et dont il avait en vain recherché l'auteur. « Elle est également de
moi, *> reprit Macaulay. — n Nous déco iiv ri mes ainsi, » ajoute Moorc dans ses Mémoires, u une nouvelle cl puissante faculté qui s'unissait chez Macaulay à l'abondance variée de talent que nous lui connaissions déjà. »
A tous ses mérites il joignait l'agrément de la conversation la plus intéressante comme la plus animée. Il était surtout un conteur charmant et intarissable. Sans ses entretiens, qui tournaient fréquemment au monologue, il ne se lassait pas de parler de tout ce qu'il avait appris, avec un attrait auquel ajoutait son imagination. Ceux qui i'écoutaient n'étaient certainement pas tentés de s'en plaindre. Cependant, comme il contint un peu plus sa verve, après être revenu de l'Inde, le spirituel Sydney Smith dit assez plaisamment : o J'ai remarqué en Macaulay, depuis son retour, quelques éclairs de silence. » Ce n'étaient que des éclairs. Dînant a cette époque à llowood chez le marquis de Lansdowne avec une société aimable et choisie dont faisaient partie Moorc, Ilogers et lord John Russell, Macaulay prodigua les trésors de son savoir et de son esprit, presque sans discontinuité. « Le dincr et la soirée, » écrivait Moore dans son journal, « ont été très-agréables. Macaulay a été prodigieux. Jamais peut-être on n'a uni un si grand talent h une si merveilleuse mémoire. Pour lenter de
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rappeler ce qu'il a dil, il faudrait être aussi bien doué que lui-même. »
Macaulay eut alors une fantaisie savante. Il fui ramené à la poésie sans s'éloigner précisément de l'histoire. Il fit un voyage en Italie. Ses classiques souvenirs s'y ranimèrent et son imagination, secondée par son érudition, lui inspira des vers légendaires qu'il intitula Lais de l'ancienne Home. Il composa ainsi de petits poèmes archaïques, sur le combat des limaces au temps des rois, sur la tragique aventura de Virginie au temps des décemvirs, sur la bataille du lac Itégille célébrée à la féte de Castor et de Poilu*, sur la prophétie de Capys chantée au banquet du Capitole, lorsque le consul Curius Dcntatus y triompha du roi Pyrrhus. Ces hardies imitations de chants perdus depuis plus de vingt siècles, que le savant et hasardeux Nicbuhr considérait comme les sources cachées des premières décades de Tite Livc, sans avoir la vraisemblance de la langue, sans donner l'illusion de la réalité, élaient comme traversés par un souille des vieux temps et offraient quelque chose de ta rude poésie des sujets primitifs.
Au moment où il publiait ce volume de vers en Angleterre, M. Macaulay était rentré au Parlement ; il était même arrivé aux affaires. En 1859, les électeurs principaux du pays de ses ancêtres, fiers d'un
«ACAttUY n(j compatriote qui entourait de tant d'éclat un nom écossais, les électeurs d'Edimbourg l'envoyèrent à la Chambre des communes, et le parti des whigs, alors au pouvoir, l'appela dans le ministère. Pendant huit années encore il siégea dans le Parlement, el deux fois il fil partie du cabinet comme secrétaire d'État de la guerre et comme payeur général des forces publiques, ta première sous lord Melbourne, la seconde sous lord John Russell. Il conserva sa renommée d'orateur, et il se montra un politique capable. Dans le gouvernement aussi bien que dans l'opposition, ses discours et ses votes furent consacrés h toutes les heureuses améliorations sociales opérées de son temps, favorables à toutes les mesures que prirent soit les whigs soit les tories dans l'intérêt de la liberl^ou de l'État.
Il déploya sa courageuse équité dans une occasion mémorable. Au nombre des actes que le chef des tories, sir Robert. Poe!, proposa au Parlement avec une inconséquence habile et auxquels M. Macaulay adhéra avec une logique libérale, se trouvait le bill en faveur du séminaire catholique de Maynoolh. I! s'agissait d'allouer une dotation à ce séminaire pour y élever des prêtres irlandais qui y prendraient, on l'espérait du inoins, des sentiments plus patriotiques qu'en allant recevoir leur instruction religieuse dans
une École étrangère. M. Macaulay non - seulement vola la dotation, mais il la soutint de son éloquenlo parole, « Au bill proposé, dit-il noblement, et à loul autre bill qui me paraîtra conçu dans l'intention de foire de la Grande-Bretagne et de l'Irlande un royaume uni, je donnerai mon appui. Je le donnerai sans égard au blâme que je puis rencontrer, sans égard au risque que je cours de perdre mon siège au Parlement. Un blâme ainsi gagné, je ne dois pas hésiter a l'encourir; quant à mon siège au Parlement, je ne toux pas le garder par une ignominieuse faiblesse, et je suis sûr que je ne peux jamais le perdre pour une plus honorable cause, u II le perdit en effet bientôt : en souscrivant aux dépenses de l'éducation catholique, il s'attira les rigueurs de l'intolérance protestante.
Aux élections générales de 1847, M. Macaulay succomba a Edimbourg sous une coalition des \ieux dissidents religieux et des sectateurs de l'Église libre d'Ecosse, qui ne lui pardonnaient pas son vote pour le séminaire de Maynootli, des radicaux qui l'avaient trouvé trop conservateur, des tories qui le trouvaient trop libéral. I.e soir de ce revers, qui devait avoir pour lui des suites immortelles, les pensées de l'homme politique dégoûte se tournèrent vers les souvenirs de sa jeunesse, le lieu de sa naissance et la glorieuse
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vacation de son esprit. Il composa aiors un petit poème où se laisse voir, en ce moment décisif, l'état agité de son âme, et s'annoncent avec grandeur ses projets :
« Le jour, dit-il, du tumulte, de la lulle, de la dé- « faite était passé.
« Il était passé avec ses fatigues, ses querelles, ses a mépris, ses ennuis.
a Je m'endormis, et, dans mon sommeil, je ne vis « plus qu'une cliambrc dans un vieux manoir, depuis o longtemps non visitée. »
Il conte ensuite la poétique Iiistoire des fées qui apparurent dans cette chambre le jour de sa naissance. Les rnynns de la lune tombaient on plein sur le berceau où, ïfttu de blanc, l'enfant goûtait le premier et doux sommeil de ta vie. Les reines des fées, sorties de l'ombre, s'approchèrent de lui et d'un pas tranquille disparurent aussitôt dans l'obscurité. La reine du gain s'évanouit nonchalamment sans lui jeter un regard ; la reine de la mode ne montra qu'un froid dédain ; la reine du plaisir laissa a peine tomber une feuille de rose ; la reine du pouvoir passa fièrement la tûle couronnée de pierreries. A la fin parut une fée plus puissante et meilleure que les autres.