‹ Eloges historiquesChapitre 34 sur 36 · W M AC AD LAÏ · texte numérisé non relu

W M AC AD LAÏ

u La glorieuse dame, avec ses yeux de lumière v et les lauriers qui entouraient son noble front, i veilla celte nuit auprès du berceau, faisant enten- « dre, dans une musique étrange, ces douces chana sons :

o Oui, mon bien-aimé, laisse-les partir cl se dè- « rober à l'cnvi ; oui, laisse-les partir; laisse le Gain, « la Mode, le Plaisir, le Pouvoir, tous ces esprits a affairés qui régnent dans les basses sphères et sur h l'heure qui passe, retourner vers leur domaine.

« Sans aucun envieux regret, et sans aucun anxieux « désir, abandonne les basses sphères et l'heure qui n passe. A moi est le monde de la pensée, à moi est a le monde de l'imagination, à moi est tout le passé, a à moi est tout l'avenir.

n La fortune qui, dans ses jeux, met le puissant à « bas, l'Age qui change en repentirs les plaisirs de la « jeunesse, laissent inaltérables les dons que j'ac- « corde, le sentiment du beau et l'amour du vrai, s

Se présentant comme la consolatrice du génie dans le malheur, elle lui disait :

b C'est moi qui vins m'asseoir à côté de Bacon, « lorsque, au jour de sa honte, il comparut devant ses o juges assombris; c'est moi qui, sur le rivage loin- ■ tain de l'exil, calmai les nuits sans sommeil de Cla-

b rendort; c'est moi qui portai !a sagesse et le cou- « rage à WalterRaleigh dans la solitude de sa prison; « c'est moi qui Éclairai les ténèbres de l'aveugle Milo Ion, avec la flamme descendue du Irûne de l'Éler- « nel. »

Le fortifiant a son lour dans sa disgrâce heureuse, elle ajoute :

« Toi, lorsque les amis reviennent pales, lorsque « les traîtres désertent, lorsque, attaqué avec violence, n ton esprit, justement fier d'avoir aimé la vérité, la a paix, la liberté, la miséricorde, affronlc une liglise « hargneuse et une multitude insensée;

» Au milieu du bruit de toutes les choses cruelles et « viles, les hurlements de la haine, les sifflements de o l'envie, les mugissements de la folie, songe à moi, h et, avec un dédaigneux sourire, vois passer les ri- « chesses, les jouets, les flatteries;

a Oui, ils doivent passer; ne le trouve pas étrange : « ils vont et viennent, comme vont et viennent les flots o de la mer. Laisse-les venir et aller : toi, au milieu « de tous, les changement, fixe un ferme regard sur a la vertu et sur moi. »

Ce ferme regard qui ne s'était jamais détourné de l'honnêteté, ne se détourna plus de l'histoire. M. Macaulay avait sur la manière d'écrire l'histoire des

théories qu'il avait depuis longtemps exposées cl qu'il essaya alors de réaliser. L'historien devait, suivant lui, offrir (oui ensemble le spectacle el l'appréciation des choses passées; reproduire les Événements avec une imagination assez puissante pour rendre ses récits animes cl pittoresques, sans y ajouter rien de son invention; juger les faits avec une haute raison, en profond et ingénieux penseur , sans les soumettre à ses hypothèses. II trouvait qu'en général, parmi les historiens, les uns avaient failli dans la partie narrative, les autres dans la partie philosophique de l'histoire, et il ajoutait : a Etre réellement un grand historien est peut-être la plus grande des gloires intellectuelles, w

La gloire si difficile de grand historien, l'a-l-il obtenue? H l'a recherchée, et l'on peut dire méritée, en appliquant un grand talent a un grand sujet. Son ouvrage est consacré à l'histoire d'Angleterre durant la restauration des Sluarls el sous le règne de Guillaume 111, époque si mémorable pour son pays, cl si instructive pour tous les autres. C'est alors que sont sorties d'une lultc dangereuses les libertés triomphantes de l'Angleterre, qu'a été fondé réellement pour se développer, de génération en génération, ce gouvernement d'un vaste royaume sous le sérieux contrôle d'un parlement, ce régime fort et libre, qui

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a obtenu l'admiration des plus grands juges des institutions humaines, qui conserve l'attachement de la nation reconnaissante à laquelle il a permis de suffire ù toutes les lâches, de surmonter toutes les difficultés, île traverser tous les péril-, el d accomplir les desseins les plus hardis comme les plus longs, qu'il a rendue aussi prospère que bien conduite, ce système représentatif qui n'a pas cinpodic les grandeurs de l'Angleterre, en Facilitant ses propres, qui fait l'envie des peuples el deviendra lot ou tard la forme politique de l'Europe civilisée.

En moins de deux ans M. Macaulay publia les deux premiers volumes de son histoire, formant pour ainsi dire l'épopée de la liberté britannique. 11 marque d'abord à grands traits la constitution et les destinées de l'Angleterre dans les temps qui précèdent le dix-septième siècle, el il expose avec une brièveté savante la révolution de 1640 et la restauration de 1660. Après le règne si fortement esquissé de Charles II el avant sa mort si admirablement racontée, lorsque Jacques N va monter au trône, dont la défiance nationale a été naguère sur le point de l'exclure el doit, en trois années, perdre la restauration que son frère avait su faire durer vingt-cinq ans, M. Macaulay décrit avec sa pénétrante érudition l'état matériel et l'état moral du pays vers la fin du dix-septième siècle, et il parvient,

Î50 MACAULiï avec l'iilJuslrie ingénieuse du plus heureux talent, à rendre l'Angleterre tout entière à la vie. Il opère en quelque sorte la résurrection complète d'un peuple. Les générations ensevelies sont tirées de leurs tombeaux. Replacées dans leurs demeures reconstruites, distribuées en classes provenues de la conquête ou de la diversité des conditions sociales, formant des partis produits par une révolution politique, divisées en sectes issues d'une réforme religieuse, elles revivent avec les idées qui les dirigent, les sentiments qui les agitent, les intérêts qui les touchent, les mœurs qu'elles revêtent, les buts qu'elles poursuivent. Le livre de l'historien est souvent comme un théâtre ot'i les acteurs principaux de l'histoire montent et agissent sous les yeux du lecteur. Mais par-dessus tout M, Maeaulay est peintre. Dans des tableaux qui frappent par la vigueur du trait, qui éblouissent par l'éclat des couleurs, il retrace les grandes scènes de cette histoire émouvante. Il montre la malheureuse et despotique race des Stuarts recherchant ou exerçant, avec une fatale opiniâtreté, la puissance illimitée de la couronne. Le pédantesque Jacques 1" en professe la théorie, qu'applique le hautain et tragique Charles I", en provoquant une révolution qui, dans son excès, renverse le tronc même et abat la tête du roi. Les fils longtemps bannis du monarque sacrifié reviennent do

l'exil pour régner, l'un en maître dissolu et assez habile, l'autre en despote violent et incapable. Le premier, spirituel mois léger, dépourvu de dignité et plein ^agréments, entraîné par le penchant irrésistible de sa race et retenu par des craintes opportunes, l'aimable, le corrompu Charles II projette sans l'effectuer le rétablissement de l'autorité absolue malgré les lois du pays, du culte catholique malgré les croyances delà nation. Itmeurl presque regretté, parce qu'effrayé des passions qui éclatent, cédant aux idées qui dominent, il n'ose pas entreprendre tout ce qu'il a conçu et s'arrête pour ne pas se perdre.

Le second, le violent, l'implacable Jacques 11 lui succède dans ses desseins et ne l'imite pas dans ses ménagements. D'autant plus résolu qu'il est moins clairvoyant, il va bien au delà des théories monarchiques soutenues par son aïeul, des tentatives illégales auxquelles a succombé son père. 11 pousse l'autorité jusqu'à la tyrannie. 11 viole les lois, change la religion, proscrit par ses juges, verse le sang par ses soldats et par ses bourreaux, dispose arbitrairement de la propriété, chasse des universités ceux qui ne s'y conforment pas à ses désirs par l'apostasie, éloigne de ses conseils les ministres qui sont dévoués à la prérogative royale, mais qui demeurent trop fidèles à la religion établie, emprisonne les évûqucs qui pro-

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fessent In doctrine de l'obéissance passive, mais rjut lui adressent de respectueuses remontrances en faveur de l'Église nationale, et lorsque les aveugles cïcès de son gouvernement, les furieuses extravagances de sa volonté ont suscité une conjuration universelle, lorsque apparaît sur le rivage d'Angleterre celui que l'Anglrlerre appelle comme son libérateur, tout troublé à la vue du péril, sans courage après avoir été sans relenuc, dépourvu de dignité ainsi que de résolution, abandonné de tout le monde et s'abandonnant lui-même, il s'enfuit, et va finir sa vie dans l'exil, où s'éteindra également sa dynastie a jamais dépossédée d'un royaume qu'il a perdu par la tyrannie et que Guillaume III acquiert et conserve par la liberté.

M. Macaulay fait vraiment assister aux grandes scènes qui précédent et amènent ta cliule de Jacques II ; il expose, sous une forme saisissante et dans leur vérité profonde, les événements qui préparent, qui accompagnent, qui suivent l'élévation de Guillaume Ilî. 11 met et Jacques et Guillaume dans celle vive lumière qui n'éclaire pas seulement leurs projets et leurs actes, mais qui descend jusqu'au fond d'euxmêmes, et les donne entièrement à connaître. M. Macaulay, il faut en convenir, déleste l'un qu'il méprise trop, et admire l'autre jusqu'à l'aimer. En le sentant

1UGAUI.AÏ 353 si passionné, on craint qu'il ne soit pas tout à fait jusle. Cependant sa sévérité, un peu cxlrémc à l'égard du Jacques II, n'arrive pas à l'injustice, et la reconnaissance un peu ardente lie l'Anglais envers l'auteur de la révolution de 1688 ne trouble pas la clairvoyance du juge. L'équité de SI. Macaulay résiste mémo à l'enthousiasme qu'il éprouve pour cet habile politique qui semble n'en avoir jamais ressenti pour rien, tant ses calculs cachent ses ardeurs, profond dans la conduite, simple dans la gloire, triste dans la prospérité, communiquant peu ses pensées, ne montrant presque jamais ses sentiments, ne révélant pour ainsi dire ses desseins que par ses actions, ne paraissant pas aimer, ne cherchant jamais à plaire, vigoureux génie sans éclat, lier caractère sans attrait, grand homme sans séduction. Singulière destinée que celle de Guillaume, qui met ses ambitions dans ses services, devient stalliouder, en délivrant la république des Provinces- Unies de l'invasion ; roi, en débarrassant l'Angleterre du despotisme; chef de la ligue militaire d'Augsbourg, on préservant l'Europe de l'assujettissement. Le maintien glorieux de la nationalité dans le pays de sa naissance, le triomphe bienfaisant de la loi dans le pays de sou adoplion, le i établissement df l'équilibre tcrri'.oriul menacé sur le continent par le redoutable et victorieux Louis XIV, font de lui, en \ii~rl, le sauveur de la Hol-

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