‹ Eloges historiquesChapitre 4 sur 36 · BARON DE GERAS DO · texte numérisé non relu

BARON DE GERAS DO

arrêté aux sens. Il n'appartient a aucune école et se sert de toutes.

Par le concert des sens et de la raison, M. de Gerando expose le développement des diverses idées, depuis les notions les plus particulières jusqu'aux notions les plus universelles, depuis la perception des faits les plus simples jusqu'à l'intelligence des lois les plus compliquées, depuis la vue physique du monde jusqu'à la contemplation abstraite de Dieu.

L'Académie de Berlin couronna, sur la génération des coyinaissames humaines, le mémoire de M. de Gerando, qui, deux ans après, donnait au monde savant la plus vaste, la plus importante, la plus connue de ses œuvres, son Histoire comparée des systèmes philosophiques. Un perçant génie, qui a tout entrevu et rien inventé, dont la prophétique imagination a annoncé tant de choses dans les sciences sans en découvrir aucune, qui a laissé une nouvelle méthode et un nom immortel, le chancelier Bacon, avait émis le vœu précoce qu'on retraçât l'histoire de l'intelligence et de la connaissance humaines. Celte magnifique histoire, qui embrasse l'homme, le monde et Dieu, se déroule dans le cours des siècles comme un immense drame dont les plus beaux génies sont les acteurs, dont les systèmes divers sont les scènes variées, qui a ses péripéties dans les luttes des idées, sa gradation dans le

OC BXtlOH DE liSlilMUi

progrès incessant de l'intelligence, et qui ne trouvera

son dénoi'nnenl qu'avec la fin même de l'humanité.

La route qu'a parcourue l'esprit humain sous la conduite de tant de grands hommes, et qui a, pour ainsi parler, ses glorieuses étapes marquées par leurs systèmes, M. de Gerando la suit à son tour en ingénieux observateur et en docte historien. Prenant la philosophie à son berceau, il traverse les religions de l'Orient cl s'arrête en Grèce chez cet admirable peuple qui a donné au monde les principales idées, et lui a laissé presque toutes les sciences par lesquelles il a été instruit et civilisé pendant des siècles; qui a produit Socrate, le premier martyr de la pensée ; Platon, le père brillant des plus hautes théories; Aristote, le puissant législateur de l'intelligence et l'éminent interprèle de la nature. D'Athènes et d'Alexandrie, où les Romains ont tour à tour puisé les doctrines relâchées d'Êpicure cl les austères principes de Zénon, où les Juifs se sont inspirés de l'idéalisme de Plalon et les Arabes se sont faits les disciples d' Aristote, il descend dans les écoles encore obscures du moyen âge, que pénètrent quelques reflets conservés de la lumière grecque, cl, sans y séjourner longtemps, il se hâte de parvenir au grand jour de la renaissance de l'esprit et des splendeurs nouvelles de la pensée.

Bacon, dans lequel il salue l'auteur de la méthode

BAHOS DE 0BHAWDO 67 expérimentale et le promoteur des sciences ; Descaries, qu'il admire comme le libérateur de la raison et l'instituteur de la réflexion; Leibiiitz, en qui il loue ce génie conciliant occupé à introduire l'accord dans les systèmes et à mettre l'harmonie entre l'intelligence et la matière, donnent des impulsions ou Tondent des théories dont il retrace la marche i;l les destinées. Il les suit du circonspect Gassendi au sage Locke et à l'exclusif Coudillac, de l'idéaliste Malcbranche au panthéiste Spinosu, du laborieux Wolfau grand rénovaleur de Kœnigsj>erg,aKànl,donl les deux disciples originaux, Fichte et Sclielling, se partageant en quelque sorte la doclrinc, venaient de faire, le premier l'apothéose de la pensée, le second l'idéalisalion delà nature.

Dans son livre, M. de Gerando embrasse surtout deux ordres de systèmes: l'un reposant sur l'action directe de la raison, l'autre sur 1 emploi extérieur de l'observation; le premier ayant plus jiarliciilièrement en vue l'instrument, le second I objet de la connaissance; celui-là fortifiant sans cesse l'esprit et conduisant aux lois de l'intelligence, celui-ci étendant chaque jour la science et conduisant aux lois ries choses; l'un enfin livrant à l'homme les beaulés et les grondeurs du monde idéal, et l'autre lui assurant de mieux en mieux la compréhension et la jouissance du monde

Page 1