‹ Eloges historiquesChapitre 7 sur 36 · DATION DE G E II AN DO SI · texte numérisé non relu

DATION DE G E II AN DO SI

à propager l'enseignement mutuel. Étendant sa sollicitude de ceux qui devaient recevoir l'instruction à ceux qui devaient la donner, durant plusieurs années, il fit aux instituteurs primaires, dans l'école établie sous la restauraiion par le comte de Chabrol, un cours normal 1 devenu plus lard un excellent livre, propre à. diriger les jeunes maîtres de 1'etilance dans leur délicate mission, et à les transformer en bienfaiteurs intellectuels et en guides moraux du peuple. Philosophique continuateur de l'inventifabbé de l'Ëpée et du savant abbé Sicard, M. de Gerando concourut par son utile ouvrage sur l'éducation des sourds-muets de iwh- -nnce % ju pcrfecliuriiieineiit île l'art heureux qui faisait rentrer dans la société, dont les avait exclus la nature, ces infortunés auvquels Arislote ;naiL refusé l'accès des connaissances humaines, saint Augustin celui de la fui, et qi;c la sollicitude ingénieuse du di\huiliêmc >iï.< I.; n.n\ lendit par les lumières «lu ! intelligence aux prérogatives del'liumanilè.

La multiplicité des travaux de M. de Gerando me réduit presque à les énumûrer, mais il faut que je m'arrête un moment sur le beau livre du Perfectionnement

1 Court, iwmud -In inHiiiitw* jirhmvrcs, on Dirailhns reinlias à Miifiiiiim /%mV/«i-, wirnle et intellectuelle ilans les écotrs primaires, 1 vol., 183:!.

' 2 volume*, 1827.

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moral' qu'il avait destiné à l'instruction de tout le monde Dans cet ouvrage, où la pensée haute et pure ennoblit le style, et lui communique quelque chose de sa sérénité et de son élévation, M. de Gerando considère la vie humaine comme une éducation perpétuelle dont le perfectionnement est le but.

Le progrès continu, indéfini, qui est la loi de l'homme sur la terre, el qui au delà de la terre devient encore pour lui la garantie de ses destinées immortelles, M. de Gerando, en philosophe, le tire de sa nature ; en moraliste, l'applique à sa conduite. Les sensations, les affections, les idées, les devoirs, les sentiments religieux, sont les mobiles qui déterminent nos actions. A des degrés divers, et en des temps successifs, ils concourent tous à nous faire remplir noire destination ; les mobiles supérieurs épurent et transforment les mobiles inférieurs, sans avoir le droit de les détruire, et, en parcourant l'échelle graduée du perfectionnement, on voit les lins partielles el discordantes se soumettre à des fins plus générales, plus élevées, et se réconcilier soua la grande unité qui préside au système entier des existences. Si les sens nous renferment en nous-mêmes dans une vie froide et stérile, par les affections nous nous répandons hors de nous, nous cm-

' Da perfectionnement moral, ou de l'éducation de toi-même, 2 vol., 4824.

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brassons d'autres existences pour lesquelles nous sommesheureuxde nousdèvouer; les idées nous découvrent le vrai et le beau que nous nous plaisons à suivre et à imiter; le devoir nous révèle le bien que nous sommes tenus d'accomplir ; enfin le sentiment d'un juste accord entre la vertu el le bonheur, joint à la nécessité d'une sanction que trop souvent la terre lui reruse, et que, dans tous les cas, elle est insuffisante à lui donner, nous élève à la connaissance de l'Être des êtres conçu comme loi et subsiance du bien, comme le législateur moral de l'univers et le juge équitable de l'humanité.

Ce perfectionnement dont il donna la théorie, M. de Gerando s'en imposa la pratique. Il visa sans cesse à devenir meilleur en soi et plus utile aux autres. Membre de loules les associations dans lesquelles il pouvait servir ses -semblable:?, depuis la société des établissements charitables jusqu'au bureau de bien l'aisance, depuis le conseil supérieur de sanlé jusqu'à la société philanthropique, non-seulement il coopéra à tout le bien qui s'y faisait, mais il y ajouta encore. Il fut, û Paris, l'un des fondateurs de la première caisse d'épargne, et le promoteur de la première salle d'asile. Les établissements destinés a secourir les femmes dans la crise douloureuse de l'enfantement,et6recueiilirlcs pauvres créatures abandonnées dès leur naissance, lui

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durent d'importantes améliorations: et, dans une pensée aussi morale que compatissante, il ouvrit aux jeunes filles séduites sans être encore corrompues un lieu de refuge et de repentir, où on les arrachait au desordre, on les accoutumait au travail, et on les réconciliait avec leurs familles, après les avoir remises dans les voies de l'honnêteté.

H. de Gerando, dont cet asile a reçu et conserve le nom ', étendait sa sollicitude sur tout ce qui souffrait- Il allait \isiler lui-même les pauvres dansleurs réduits, et chaque semaine il leur donnait un jour. Ce jour-la, les pauvres remplissaient sa maison et sa rue, et il leur distribuait avec le pain qui soutient le corps les bonnes paroles qui relèvent l'Ame. Ce qu'il faisait, il l'enseigna dans le Visiteur du pauvre et dans le livre de la Bienfaisance publique. Ces deux ouvrages, qui embrassent toute cette importante matière, dont le premier n'a qu'un volume et parut en 1820, dont le second en a quatre, et devint, sur la fin de ses jours *, comme la couronne de sa vie, se suivent et se complètent. L'un est plus parliculièrement le modèle de la charité privée ; l'autre contient tous les exemples et offre toutes les règles de la bienfaisance publique.

1 Une ordnnnaiiru royale du i août 1845 a consacré, comme dulilitê publique, cet élablissoraent sous le lilre d' ' Asile-Qitvroir de Gerando.

■ En 1839.

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Guide des heureux dans le bien qu'ils doivent faire LLceux qui ne le sont pas, te Visiteur du pauvre leur apprend non-seulement à secourir la pauvreté dans sa détresse, mais à la relever de ses abaissement, leur donne les plus salutaires et les plus touchantes instructions pour apprécier l'étendue, la nature, la durée de ses besoins, joindre aux bienfaits de l'assistance les encouragements des bons conseils, fortifier les libéralités par les consolations, instruire en même temps que soulager, exercer, en un mot, celte tutelle de l'opulence envers la misère qui doit améliorer tout à la Ibis le riche par la générosité, le pauvre par la reconnaissance.

Mais, si ardente que soit la charité privée, devant les ravages étendus et profonds de la misère, elle est réduite à confesser sou insuffisance. C'est alors que commencent les devoirs de la société. Instituée pour le plus grand avantage de tous ses membres, gardienne d'ailleurs de !a sécurité publique, et a ce titre chargée de sa propre conservation, la sociélé, prenant conseil de son intérêt, et obéissant aux prescriptions de la morale qui impose à lo force l'obligation de protéger la faiblesse, établit un vaste patronage public servant de centre et d'appui au patronage individuel, sans avoir jamais ni la puissance ni le droit de s'y substituer. La société générale qui, dans ses moyens variés, agit avec

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un vaste ensemble; les établissements parliculïers, qui, sous la protection et la surveillance de l'Étal, emploient avec un discernement spécial les ressources dont ils disposent, doivent combiner leurs efforts au profit des classes indigentes.

Telle est la doctrine exprime par M. deGcrando dans tel immense cl généreux travail, où se trouvent les belles annales de la charité dans tous les temps et chez tous les peuples; se lisent les noms, s'admirent les dévouements des hommes qui se sont rendus les bienfaiteurs de leurs semhhdiles malheureux ; s'apprennent les méthodes les plus propres à diminuer la souffrance sur la terre, et se respirent les sentiments les plus capables d'y répandre le bien. Comme histoire des bonnes œuvres humaines, ce livre touche l'àmc, et il la dirige vers des œuvres encore meilleures, comme législation supérieure de la bienfaisance publique.

Celui qu'occupait sans cesse le bonheur d'aulrui méritait d'être heureux lui-même. Entouré de l'estime publique; honoré dans l'État, où, sous la royauté constitutionnelle, lui avait été conférée la haute dignité de !a pairie ; recherché parles plus célèbres sociétés de l'Europe; rentré, en 1852, dans l'Académie des sciences morales et politiques, que fit si libéralement rétablir alors l'éminent historien qui la préside aujourd'hui, M. de Gerando recueillait le prix de ses longs

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travaux, jouissait du doux éclat de sa pure renommée. 11 ne s'était pas réduit aux paisibles satisfactions d'une bienveillance universelle. Il avail goûté les douceurs des plus tendres amitiés elles joies les plus délicieuses de la famille. Aux deux fils qui ont été le bonheur et la consolation de ses vieux jours, il avait associé, par une adoption généreuse, sept enfants de la sœur de sa femme restés orphelins, cl cinq enfauls que son propre frère lui avait légués à sa mort.

Ce qui donne les félicites de la vie expose aussi à ses douleurs. M. de Gerando fut frappédansses plus chères affections. Il perdit de bonne heure l'ami auquel une tendresse et une confiance également inaltérables l'aviiicnt uni dés srt jijmiiïfst:, (Manille Junkin, qui succomba au printemps de 1 82 1 , dans tout l'éclat de son talent et au milieu dus regrets publics. La longue tristesse qui suivit cette mortelle séparation ne s'était pas adoucie lorsque M. de Gerando ressentit le plus cruel des déchirements. La compagne de sa vie, la femme spirituelle et for Le qui s'était associée à ses plus nobles pensées, à ses plus beaux sentiments, à ses meilleures actions, lui fut enlevée. Sa mort le jela dans la plus profonde affliction et les plus arides langueurs. La santé de M. de Gerando s'altéra ; un moment même il perdit le goût du travail et jusqu'au désir du bien. Lorsqu'il sortit de cet abattement, iî écrivit sur le jour-

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nal de sa vie : « Désormais il n'y a plus pour mol de plaisirs, mais il reste encore des devoirs. »

Ces devoirs, il les remplit avec un zèle persévérant. Il fit alors quelques-uns de ses livres les plus utiles. Jusqu'à l'âge de soixante et dix ans, il perfectionna les anciens, et il en composa de nouveaux'. Accomplissant toutes ses obligations, il se montrait également assidu au conseil d'État, a la chambre des pairs, à l'Institut, à la Faculté de droit, aux réunions des sociétés charitables, aux visites des hospices et dans les réduits des pauvres. Mais ses forces en déclin commençaient à trahir son incessante activité. Une maladie de cœur, profonde et alarmante, le faisait tomber dans de douloureux affaissements, qui auraient été insurmontables pour un autre. Lorsqu'on lui conseillait de se reposer, il disait comme le grand Amauld : o Je me reposerai dans l'éternité. » Il touchait du reste au moment de l'inévitable repos. Sa nature était épuisée, la flamme qui anime la vie étant aussi celle qui la consume. A la suite des plus pénibles accablements ef des plus fatigantes angoisses, il alla prendre, vers l'automne de i 842, les eaux de Néris. A son retour, il n'étail pas mieux, et sa fin lui était annoncée par de

1 Indépendamment des nombreux ouvrages qu'a publiés M. de Gercmdo, il en a laissé beaucoup d'inédit*, entre autres un Trait/ des méthodes, el un Cours de philosophie morale.

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cruelles souffrances, qui n'avaient pas le pouvoir d'altérer sa sérénité. II trouvait que la maladie était un bien, puisqu'elle était une occasion de patience, un moyen de recueillement, et qu'elle servait à l'homme à se rapprocher encore davantage de Dieu. « Au sein du nuage épais el sombre qui enveloppe la fin de ma carrière terrestre, écrivait-il, un rayon de lumière in'apparaît cependant, pénètre, réjouit, fortifie mon âme... Il dirige ma pensée vers Dieu, dont j'accepte la volonté avec une soumission el une confiance filiales. Quoi qu'elle ordonne de moi, 'ce sera bien, je suis dans l'ordre. Le 9 novembre, il avait encore noté sur son journal les occupations de la veille. Le 10 au matin, après une nuit des plus douloureuses, il se leva ainsi qu'à l'ordinaire. Méditant encore le bien qu'il avait le projet de faire, et qu'il ne devait plus avoir le temps d'accomplir, il inscrivit sur son registre une résolution charitable. Puis, fatigué el comme épuisé, il s'assit sur un grand fauteuil au coin de sa cheminée. La pieuse orpheline 1 qu'il avait adoptée avec la tendresse d'un père, et qui csl devenue la digne compagne de son

' Mademoiselle OeUvie Morel , nièce de M. de Gerando. Elle a fait <ie lui en 1845 un éloye loudianl que l'Académie de Lyon a couronné en même icmps i|uc IVIoge remarquable composé par M. Baïlc-Mouillard, ami de M. de tierando el l'un de ses eiécuteura testamentaires.

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fils aîné, le laissa un moment seul. Lorsqu'elle retourna auprès de lui, il n'était déjà plus. Depuis quelques instants, il avait eusse de penser, de souffrir et de vivre.

Ainsi s'éteignit, ûl âge desoixanteeldixans, l'homme éclairé el excellent qui avait pris pour devise : Chercher le vrai, faire le bien, et qui n'avait pas cessé d'y èlre fidèle. M. de Gerando a eu le rare privilège de trouver les buts do sa vie dans les inclinations de son cœur, cl il a mis ses félicités dans ses devoirs. 11 s'est constamment montré l'ami des idées salutaires, elle soutien des créatures souffrantes. Philosophe, il a défendu l'activité de l'âme spirituelle, tandis que régnait en souveraine sur les intelligences la froide doctrine de la sensation ; historien des syslèmes, il a renouvelé les grands aspects intellectuels en exposant le passé glorieux et fécond de l'esprit humain à un siècle que l'en (raine ment de ses pensées laissait trop ignorant de celles des autres; pubiicisle, après avoir concouru à l'administration du plus vaste cl, sous ce rapport, du mieux organisé des États, il a fait, des lois encore un peu confuses ou tout au moins fort éparses de celte administration, une science régulière; philanthrope, après avoir répandu l'instruction sous toules les formes, appliqué la charité à toutes les misères, il a dressé le code méthodique de la bienfaisance, afin

BARON DE CEBANDO 01 d'apprendre aux autres ce qu'il faisait si parfaitement lui-même, lia publié ainsi des règles pour bien penser el donné des directions pour bien agir. Plus de vingtcinq volumes d'idées judicieuses ou utiles, auxquelles il ne manque que d'être resserrées pour être irréprochables ; plus de cinquante ans consacrés à l'exercice non interrompu du bien, recommandent à jamais M. de Gerando comme un infatigable et digne serviteur de l'esprit et de l'humanité.

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