‹ Éloignement et Utilisation des Ordures ménagères dans les villes et en particulier à BordeauxChapitre 10 sur 18 · EVACUATION EN DEHORS DES VILLES · texte numérisé non relu

EVACUATION EN DEHORS DES VILLES

Avant d'exposer les différents procédés d’utilisalion de ces ordures, il nous faut voir ce qu'elles deviennent depuis leur collecte dans la rue jusqu’au moment de leur emploi.

Ce troisième chapitre vise donc l'évacuation de ces ordures; cette opération doit aussi, pour des raisons identiques à celles déjà exposées, satisfaire à certaines conditions d'hygiène. Nous avons vu plus haut que tout se passerait de la façon la plus propre et la plus hygiénique si l’on employait des caisses amovibles que l’on chargerait sur wagons, bateaux ou transporteurs quelconques; malheureusement, ce procédé n’est pas employé en France.

Les moyens d'évacuation les plus fréquents sont le transport par chemin de fer ou bateau pour les villes qui ne possèdent pas dans leurs environs d'usine d'utilisation ou de destruction, et c’est le cas pour la plupart d’entre elles.

Les tombereaux, une fois chargés au complet, doivent aller déposer leur contenu à une place déterminée, gare ou embarcadère de bateaux à gadoues. À ce moment, nouveau transbordement sur l'inconvénient duquel nous ne reviendrons pas. Ces chargements, faits le plus rapidement possible par les ouvriers, peuvent facilement répandre par terre des parcelles d’ordures qui pourront contaminer le terrain sur lequel s’est opéré le travail. Dans les gares, nous savons que ce chargement s'effectue au même endroit que pour toutes les autres expéditions et que, par conséquent, les autres marchandises viennent s’infecter

et transporter ailleurs les germes contenus dans les déchets; on devra donc prendre, dans le chargement des wagons, toutes les précautions pour éviter la souillure du sol et détruire la nocivité possible des ordures, dans le cas où quelques-unes, malgré les soins apportés à leur transvasement, se seraient répandues par terre.

Bien entendu, dans le cas d'existence d’un quai spécial à ces manœuvres, les mèmes mesures d'hygiène devront être prises dans les vares qui sont le point de départ d'importants lots d'ordures ménagères. Les wagons devront être fermés, convenablement bâchés ou couverts, afin d'éviter pendant le transport toute projection de poussières ou de parcelles quelconques du chargement. Nous souhaiterions, avec M. Vincey, voir S'augmenter les garages dans les champs dits «de pleine voie» qui éviteraient les inconvénients résultant du séjour et du déchargement des wagons dans les gares elles-mêmes.

Dans le transport par eau, on se sert de bateaux à fond plat, très larges, non pontés, qui peuvent ordinairement contenir 100 mètres cubes. Ces bateaux, mis à la voile ou trainés par un remorqueur, font un service régulier entre l'endroit où viennent se déverserles tombereaux et le dépôt d'ordures. Ils mettent un certain temps à parcourir la distance qui sépare ces deux points, permettant ainsi à leur contenu de fermenter et aussi de se répandre tout le long du trajet, soit sur les berges, soit dans l’eau elle-même. Notons que, dans ce dernier cas, il se produit une autre cause d’insalubrité peut-être plus grave que l’éparpillement sur le sol, l'eau pouvant être, à un point donné de son cours, ulilisée pour l'alimentation.

On voit donc que là encore il faudra que le bateau colporteur soit recouvert, afin de ne pas permettre au vent de distraire quelques menues parcelles de son contenu.

Mais, dans ce transport, nous nous heurtons à un grand écueil, Supposons un instant que, par suite de brouillard, de mauvais temps, d'accident à la batellerie ou au remorqueur, les balcaux ne puissent pas partir : que vont devenir leur chargement el ce que la collecte de chaque jour apportera? Ou encore,

si les bateaux ne sont pas suffisants, on va les charger en tassant ou bien il faudra déverser le contenu des tombereaux par terre, à proximité de l’embarcadère, puisque les voitures du service de la voirie devront être prêtes à repartir le lendemain pour leur travail quotidien. Et alors, les phénomènes de fermentation et de putréfaction survenant, odeurs insupportables, gaz malodorants se répandront, infectant tout un quartier: d’où encore contamination de la terre et de l'air, s’il y a germes pathogènes, lesquels sont plus redoutables par les grosses chaleurs et la brume. On voit donc que là encore il y a de grands progrès à réaliser pour se mettre à l’abri de l'infection.

Nous ajouterons que, bien entendu, les tombereaux, bateaux et embarcadères devront être soigneusement nettoyés après les opérations, afin de ne pas permettre à ces germes morbides, s’il en existait, de contaminer le lendemain une masse nouvelle d’ordures qui, elle, pourrait peut être ne rien contenir d’infectieux.

Les agents chargés de la surveillance ou du travail dans les bateaux ou les wagons devront eux aussi prendre de sérieuses précautions d'hygiène, capables de les mettre à l'abri de l’infection pour eux-mêmes ou d’un contage toujours possible vis-àvis des personnes avec lesquelles ils ont des rapports journaliers.

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