DESTRUCTION — DÉPOTS — UTILISATION
Quel que soit l'objectif qu’on se propose, que l’on vise l'utilisation des ordures urbaines par l’agriculture, soit immédiatement, soit indirectement après fermentation ou putréfaction ; que l’on se propose la transformation en engrais, en combustibles ou autres produits après les avoir traitées chimiquement ou mécaniquement; ou qu’en dernier état de cause on les détruise par l’incinération, il faut tout d’abord compter avec les dangers qu'entraine leur dépôt en masse, leur accumulation en tas pouvant donner lieu à de véritables dépotoirs devenant une source d’incommodité et d’insalubrité pour le voisinage, et par les odeurs qu’ils répandent, et par les microbes qui s’en dégagent, soit directement en se mêlant au milieu ambiant, soit indirectement par l'intermédiaire des insectes, des rats, des chiens, des chats attirés par eux. Sans compter que ces stocks d'immondices, soumis à l’action de la pluie, peuvent donner lieu à des infiltrations dans le sol et aller polluer des sources, des cours d’eau, des puits et, par suite, l’eau dont on se sert
dans l’alimentation.
Destruction par jetage à la mer. — Aussi, avant d’entrer dans l’étude des diverses manipulations que commandent leur utilisation, leur transformation ou leur destruction, nous condamnerons de prime abord le procédé banal qui consiste à les jeter dans une rivière ou dans la mer. Il ne saurait y avoir de circons-
tances autorisant à souiller ainsi un cours d’eau quelconque, et
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en ce qui concerne le jet à la mer que certaines villes ont pu appliquer et appliquent encore comme moyen d'évacuation aussi simple qu'économique, il ne faut pas oublier que l'excuse d'une pareille pratique ne peut se trouver que dans le transport aussi loin que possible du rivage ; encore faut-il réaliser des conditions telles que les matières flottantes ne puissent être ramenées vers la côte par le flux et les courants.
Dépôts. — Nous devons insister aussi à ce moment sur le véritable danger que ces dépôts d’ordures ménagères peuvent présenter au moment d'une épidémie. Le docteur Weyl, dans un travail publié en 1907 sur les embellissements de la ville de Copenhague, nous rapporte que dans celle ville «le quartier nord fut ravagé par une épidémie de choléra ; l'enquête menée par la Commissiou d'hygiène démontra que celte partie de la ville était bâtie sur un remblai formé de balayures des rues et de gadoues et que, malgré son ancienneté de formation remontant à 250 ans, ce remblai renfermait dans sa masse des quantités de matières organiques qui se trouvaient en pleine décomposition. On expliqua l'épidémie par le fait que ce milieu en putréfaction était un excellent centre de conservation des microbes, qui reprirent à ce moment leur virulence jusqu'alors atténuée. »
Un point sur lequel nous devons attirer l'attention, en ce sens qu'il peut se rapporter à la fois à la collecte dans les maisons, sur la voie publique, dans les diverses étapes de transport aussi bien qu'avant toute utilisation des matières, c’est le ériage et le chiffonnage.
Le chiffonnage, comme son nom l'indique, est l'opération par laquelle les chiffons de toute nature sont enlevés de la masse des ordures ménagères. Non seulement une telle opération se fait dans les maisons, où elle n’est pour ainsi dire pas empêchable, mais encore elle se pratique dans la rue. Combien de fois avons-nous vu nous-même les chiffonniers venir avec un crochet fouiller dans les boîtes d'ordures ; non seulement ils le faisaient dans la rue, mais il fut un temps où les gens de
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cette profession avaient le droit de pénétrer à l'intérieur des immeubles pour procéder à un premier triage, un second ayant lieu sur la chaussée ct un autre au moment du déchargement du tombereau colporteur.
Les inconvénients de cette manière de faire sont des plus sérieux, Car, outre le risque personnel à l'individu de s’infecter dans ce travail, le fait de pouvoir pénétrer dans les maisons comporte un gros danger, à savoir la possibilité de la transmission d'un immeuble à un autre de germes pathogènes ou autres. Il faut donc interdire à toute personne étrangère au service de l'enlèvement des bourriers de toucher aux ordures ménagères tant dans la maison que dans la rue. En outre, on devra éviter que cette opération du chiffonnage se fasse à n’importe quel moment du transport ou du dépôt de ces matières.
Nous devons ajouter qu'un autre inconvénient, et non des moindres, réside dans l’expédition des chiffons en balles pour l'usage des papeteries. Il nous a été donné de voir par nousmême l’arrivée dans les centres industriels des ballots de chifions qui dégagent une odeur nauséabonde, due à leur fermentation dans le voyage, à leur compression qui en a exprimé le contenu liquide. Ces chiffons, expédiés sans avoir été désinfectés, ni même passés à l’étuve, sont un véhicule certain pour l'infection. Les femmes et les enfants occupés au triage de ces paquets pour classer les chiffons qui seront employés aux différentes espèces de papiers, sont donc les premières victimes de cette façon d'opérer, obligés qu’ils sont de vivre dans des salles mal aérées et où règne une atmosphère chargée d’émanations méphitiques.
Nous pouvons citer comme exemple du danger du chiffonnage l'épidémie de variole de 1880 à Christiania, laquelle prit naissance chez des ouvriers employés au triage de chiffons venus de Stettin où la maladie sévissait alors, En 1881, dans le département des Basses-Alpes, épidémie de variole causée par des chiffons venant d’une région où règne cette maladie.
Le professeur Layet (de Bordeaux) nous rapporte des cas de variole, signalés en 1879 par le docteur Ruysch (de Maëstricht),
Heydenreich 3
parmi les ouvriers employés au triage des chiffons (ans une papeterie; d’autres à Saint Mary Cray, en 1881 (D' Parson). Il nous cite encore le cas, rapporté par Gibert (de Marseille), de la variole éclatant à Abersheim, dans la Hesse rhénane, par suite du triage de chiffons venant de Marseille, alors contaminée.
Enfin le même auteur, dans son article « Papeteries» du Dictionnaire des Sciences médicales, nous signale une affection particulière aux ouvriers trieurs de chiffons. Cette maladie des chiffons ne se voit guère que dans les manufactures de papier. Elle frappe seulement les ouvrières occupées aux chiffons blancs, les autres sont indemnes. La mort survient le plus souvent après une période de faiblesse, d'anorexie, de vomissements, puis de cyanose des lèvres, des ongles et des joues. On trouve à l’autopsie des lésions du poumon sans caractère spécial.
On s'étonne qu'à notre siècle, où le mot d'hygiène brille en lettres de feu au-dessus de tous les grands problèmes d’assainissement et de protection des individus, une coutume aussi antihygiénique puisse encore non seulement exister, mais être tolérée, je dirai même réglementée: je pourrais, en effet, comme on le verra plus tard, citer des villes, et non des moindres, où le chiffonnage est encore admis et où une salle spéciale du dépôt du matériel de la voirie est encore réservée à cette dangereuse opération.
Utilisation pour l’agriculture. — Que vont devenir ces ordures ménagères que nous venons de voir apporter de la ville productrice? Un des procédés d'utilisation de ces matières est leur emploi pour l’agriculture ; on les utilise soit à l’état brut, c'està-dire sans avoir subi aucune préparation industrielle, soit après leur transformation en engrais. Cette opération est le plus généralement réalisée par le broyage; cependant, ce n’est pas le seul procédé employé et nous verrons tout à l'heure quels sont les différents autres.
Engrais bruts. — Cette utilisation des ordures ménagères, en
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regard de certains avantages, présente de sérieux et graves inconvénients. Au point de vue avantages, elle est une manière commode et peu coûteuse d'employer ces matières; elle donne un fumier fertilisant qui, s’il n’est pas aussi bon peut-être que celui des fermes, ne présente pas le danger de celui-ci. Nous donnons ici la moyenne des analyses des échantillons de gadoues à différentes époques de l’année. La teneur en principes fertilisants était de :
6 à 10 kilogrammes d’azote par tonne,
5 à 10 kilogrammes d'acide phosphorique par tonne,
4 à 6 kilogrammes de potasse par tonne,
40 à 50 kilogrammes de chaux par tonne,
250 à 400 kilogrammes de matières organiques par tonne.
Dans le fumier de ferme se trouvent des matières usées, de l’urine, des matières fécales. On voit facilement le grave inconvénient de l’emploi de ces fumiers pour la fertilisation des terres ; la dissémination des microbes gastro-intestinaux y résidant peut contaminer les diverses productions de la terre et l’on sait combien souvent on retrouve à la base des causes de la typhoïde l'influence du purin des fumiers déposés, sans aucune précaution, sur les voies de circulation.
L'utilisation par l’agriculture des ordures ménagères, soit directement, soit indirectement, après fermentation ou putréfaction, lorsqu'elle exige l'existence de dépôts quelconques placés près d’agglomérations ou d'habitations, doit être rigoureusement prohibée.
Nous avons déjà, dans les pages précédentes, dit un mot des sérieux désavantages présentés par ces dépôts qui peuvent conlaminer des sources, des cours d’eau ou des puits, sans parler des mauvaises odeurs dégagées et des poussières qui s’en échappent. Auprès d’agglomérations, ils doivent être défendus; ne pourront être tolérés que ceux dits «en pleins champs » où l’on se sera assuré qu'il n'existe rien qui puisse être contaminé et qui seront éloignés des points de passage fréquentés. Mais, même ainsi compris, ces dépôts peuvent être des causes d’insalubrité pour l’avenir. Ainsi, à Budapest, la mortalité fut
D pe doublée dans un quartier que l'on reconnul avoir été édilié sur l'emplacement d’un ancien dépotoir. |
L'utilisation agricole des ordures ménagères doit se faire par un rapide enfouissement dans les labours. Reste toujours Île danger de propagation de germes infectieux répandus dans les champs, dans l’enfouissage et dans le recouvrement dit « en paillis ». Ce dernier doit être rigoureusement interdit, car il a l'inconvénient de pouvoir infecter les cultures maraichères de fruits et de légumes se consommant à l'élat cru
L'emploi de ces déchets de ménage présente aussi un impedimentum: nous avons vu qu’à ces matières s'ajoute le plus souvent un mélange avec des débris de verre, porcelaine, boites de conserves qui ne peuvent être laissés dans la masse globale livrée à l’agriculture. Ces objets seraient un danger par les blessures qu’elles pourraient occasionner aux hommes et aux animaux employés à une exploitation agricole. De plus, ils sont parfaitement inutilisables, d'où nécessilé de les trier et de les séparer du reste. Dans cette opération de triage, les ouvriers pourront être contaminés, et de mème que pour le chiffonnage nous devons proscrire une telle opéralion. En outre de ces inconvénients, le triage fait dégager des poussières, fait disséminer des particules minimes et nous ne pouvons admettre une telle façon d'opérer que si ces manutentions sont faites mécaniquement et en vase clos ne permeltant aucune dissémination de parcelles du stock d’immondices. Pour faire disparaitre ce triage dans les gadoues vertes, certaines municipalités de l'étranger, en Amérique, par exemple, ont obligé les habitants à séparer en plusieurs groupes les ordures de la maison : 4° cendres; 2° produits du balayage; 3° débris de verre, porcelaines ou autres; 4 déchets de cuisine. C’est ce que rapporte M. Tur (de Mar: seille) pour Boston, New-York et Philadelphie.
Les gadoues noires ont en plus du désavantage des vertes, celui d’être le résultat de la putréfaction et de la fermentation avec tout leur cortège d’insalubrité.
Dans ce cas, on peut diminuer les odeurs qui se dégagent des tas en les recouvrant de terre, mais les inconvénients dus à la
pollution des eaux déjà signalés, et sur lesquels nous n'avons pas à revenir, existent toujours.
A Liège, on a pallié cet inconvénient et on fait un engrais très recherché. On conduit les ordures à Brenoux, commune limitrophe, dans un vallon de 500 mètres de long. À chaque couche apportée, on ajoule de la chaux vive et le soir, après que tout est fini, on arrose avec un lait de chaux.
Dans tous les cas, si, dans les localités trop petites et ne disposant pas d’un budget suffisant pour des usines de destruction, on est obligé de recourir à des dépôts, on devra toujours disposer de matières oxydantes, qui en réduiront au minimum les dangers.
Broyage. — Un autre mode d'utilisation des ordures ménaeères pour l’agriculture consiste à se servir de ce qui reste après traitement par le broyage. Nous allons voir les avantages et les inconvénients de cette deuxième manière d'opérer.
Nous savons que les ordures ménagères contiennent une très grande quantité de détritus organiques, végétaux ou animaux, qui sont fort riches en principes fertilisants. Leur transformation en engrais semble donc constituer le moyen de traitement le plus économique. Mais, par suite de l’imperfection des moyens mécaniques employés, les résultats n'ont pas répondu entièrement à l'attente des partisans de cette façon d'opérer.
Et d'abord, pour cette opération il faut des usines, et nous allons tout de suite nous heurter à l'inconvénient qui se retrouve dans tous les cas envisagés, qu'il s'agisse d'usines de broyage, d’incinération ou de traitement quelconque de ces ordures.
L’inconvénient provient de ce que, la collecte étant terminée, la file de voitures amenant le chargement à l'usine viendra encombrer les rues y aboutissant; d’où, comme les tombereaux ne sont pas couverts, dissémination des poussières et des germes de toute nature. À ce propos, disons tout de suite que les usines devraient disposer de parcs spéciaux pour la réception des voitures, parcs pouvant être facilement désinfectés; que, de plus, les appareils, trémies, récipients ou autres dispositifs appropriés devraient être fermés et fréquemment lavés et désinfectés.
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Nous allons voir, dans l’étude de ces appareils, combien nous sommes loin des conditions d'hygiène que nous venons d'indiquer. Nous citerons deux des usines de France qui font le broyage des gadoues: ce sont celle de Saint-Ouen et celle de Vitry. Celle de Saint-Ouen possède en ce moment deux succursales, à Issy-les-Moulineaux et à Romainville.
L'usine de Saint-Ouen, fondée en 1896, emploie le système Dennin et Pioger, qui déchiquette la gadoue. Celle de Vitry, établie en 1907, se sert du système à marteaux Wiedknecht et Schäller, qui la réduit en une sorte de poussière appelée « poudro », laquelle est alors livrée comme engrais.
Dans l’une comme dans l’autre de ces usines, les tombereaux colporteurs déchargent leur contenu dans une fosse, munie au fond d’un tapis roulant. Des ouvriers, armés de fourches, attirent les ordures sur ce tapis et enlèvent la ferraille et les débris de porcelaine ou de verre. Lorsqu’elles sont sur le tapis roulant, ces ordures circulent sur une longueur de 150 mètres environ, à ciel découvert, avant d'arriver aux appareils de broyage. Une longue file de chiffonniers stationnent de chaque côté et enlèvent, au fur et à mesure de leur passage, les objets qui leur conviennent.
Ces appareils de broyage ne sont que des malaxeurs et des défibreurs; ils déchiquettent la matière, la réduisent, mais sont loin de la rendre pour cela plus salubre. Les gadoues ainsi traitées ne tardent pas à fermenter et à répandre de mauvaises odeurs, aussi bien que la gadoue verte ou noire non traitée.
Pendant les grandes chaleurs, les Compagnies de chemins de fer refusent leur personnel pour décharger les wagons servant au transport des engrais qui exhalent une odeur fétide et malsaine, et, bien que ces engrais ainsi traités donnent de bons résullats agricoles et soient d'un prix de revient modique, on ne peut pas s’en servir en foule sécurité. Nous savons, de plus, que dans ces gadoues il existe des chiffons, papiers et un cerlain nombre de corps que le broyeur ne peut réduire et nous avons vu qu'il fallait encore avoir recours au triage préalable, ces matières pouvant être utilisées comme combustible, car elles
possèdent un degré de calorification très grand, ou pour diverses industries, telles que papeteries pour les chiffons et usines de noir de fumée pour les os. Il serait, en effet, très inutile de les employer comme engrais englobées dans le reste, puisqu'elles n’ont aucun pouvoir fertilisant ou amendant. Les opérations de triage sont d'autant plus condamnables à ce moment que les matières ont eu le temps d’entrer en pleine fermentation. Dans ce triage, les éléments qu'on en retire sont susceptibles d’entrainer avec eux des germes putrides produits par cette décomposition. Les mouches et les insectes qui gravitent autour des malheureux employés à cette pénible et répugnante besogre peuvent aussi faire courir, en temps d’épidémie, un grand danger de contamination.
Il serait bon d'intervenir pour mettre un terme à certaines pratiques des usines de traitement des ordures ménagères. Est-il possible d'accepter que des ouvriers que les dures nécessités de la vie contraignent aux métiers les plus pénibles soient obligés de travailler dans des conditions aussi répugnantes que malsaines et dangereuses, quand on voit les efforts faits de tous côtés pour améliorer le sort de la population ouvrière?
L'opération en elle-même du broyage des ordures donne lieu à d’abondantes productions de poussières, surtout s’il doit y avoir, à la fin, un tamisage de ces matières venant du broyeur. Les matières sortant de l'atelier de broyage contiennent encore tous les germes infectieux, car si on réduit les ordures en poussière, il n’en est pas de même, hélas! pour les microbes. Nous devons donc fatalement aussi nous apercevoir qu'il est au plus haut point contraire à l'hygiène de permettre l'existence d'usines qui apporteraient un tel danger d'infection ou de contamination.
Au point de vue économique, bornons-nous à dire que ces opérations augmentent le prix de revient sans apporter aucun résultat appréciable au point de vue de l'hygiène.
Les partisans du broyage et les sociologues diront bien que celte opération à pour but de rendre ces matières non seulement salubres mais encore plus fertilisantes, et nous pouvons rappe-
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ler l’avis de M. le Professeur Monnier, directeur du laboratoire cantonal de chimie agricole de Genève, qui écrit « qu'on peut estimer que la teneur en éléments fertilisants de la gadoue broyée est deux fois supérieure à la gadoue fraiche » et il cite à l'appui certaines expériences faites avec ces produits de broyage. Il dit qu'à la dose de 800 kilogrammes par are la végélation était plus poussée et que des salades, des épinards, des céleris ayant reçu une pareille fumure avaient vu leur production très notablement accrue. Il est difficile d'admettre que le broyeur puisse stériliser ces matières, d'autant plus qu’elles ne subissent son action que peu de temps, insuffisamment pour que l'air puisse produire une oxydation aussi énergique.
Stérilisalion des ordures ménagères. — Pour répondre aux prescriptions de l'hygiène, il faudrait que fussent détruits tous les ferments qui sont la cause de dégagements d'odeurs désagréables, qui contaminent l'air, ou transportent les microbes. Un procédé qui donnerait satisfaction à tous les desiderata de l'hygiène a été proposé par M. Bohon, ingénieur chimiste de la Ville de Paris. Ce procédé consiste à détruire par les hautes températures et les antiseptiques, soit totalement, soit en leur faisant perdre leurs inflaences nocives, les causes de la décom position ou de la fermentation des gadoues. Cette opération serait effectuée avant tout triage et avant toute trituration.
Pour ce qui a trait aux appareils, nous reproduisons la description donnée par l'inventeur du système.
L'installation se compose de grands cylindres horizontaux dans lesquels sont introduits, sur rails, les wagonnets chargés de gardoues et épousant la forme de cet autoclave. Ces wagonnets mis en place, on introduit, pendant le temps voulu, la vapeur chauffée à la température désirée, toutefois à moins de 200°, alin d'éviter la saponification des graisses. Dans l’autoclave, là vapeur d'eau se charge d'agents chimiques qui ont une action marquée sur l'arrêt complet de la pullulation et de la vie des micro-organismes. L'eau de condensation est refoulée, en ouvrant un robinet, dans un réservoir ad hoc. Avant la pulvé-
risalion, les gadoues, par conséquent stérilisées, sont passées
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dans un cylindre à claire-voie qui tourne sur son axe au moyen d'un moteur. La surface du trommel est formée de tôles perforées, de toiles métalliques et de grilles, de telle sorte que les jours aïllent toujours en croissant. Au-dessous de chaque série de jours de même grosseur se trouve une case, en sorte que pendant le mouvement de l'appareil les produits se classent suivant leur grosseur dans les cases correspondantes.
Ce projet est évidemment très recommandable, puisque tout est slérilisé et que l’engrais lui-même est désinfecté et hors d'état de nuire. On peut, de plus, conserver cet engrais emmagasiné, ce qui ne peut avoir lieu avec les autres systèmes. Mais ce procédé a contre lui d’être trop coûteux, car nous sommes obligé de constater que l'hygiène a loujours besoin de compter avec l'économie et nous déplorons de voir qu'une question pécuniaire vienne encore entraver l'application des perfectionnements hygiéniques. Quels que soient donc les perfectionnements apportés à leur outillage ou à leur aménagement, les usines de broyage ne pourront donc prétendre arriver à une formule hygiénique parfaite.
Pour toutes ces raisons, nous pensons avec M. Vincey que Île broyage ne semble pas pouvoir constituer une solution définilive. Il parait ètre plutôt une étape, plus ou moins marquée, vers l’incinération temporaire ou permanente, partielle ou totale des ordures ménagères d’une grande ville.
Nous venons de voir, dans le paragraphe précédent, lutilisalion des ordures ménagères pour l'agriculture. Nous allons maintlenant considérer la destruction de ces matières et voir les résulais donnés par l’incinération.
Incinération. — Celte méthode est la seule employée pour détruire les ordures ménagères à notre époque et en France peu de villes ont ce procédé à leur disposition. Deux seulement, Elbeuf et Paris, ont des usines d’incinération.
EN = L'étranger en possède plus que nous; Cambridge et Londres en ont une, cette dernière ville depuis 1876; Bruxelles, depuis 1872, et Hambourg, depuis 1875; Zurich en à fait construire une, de mème que Saint-Pélersbourg (1907), Tsarkoé-Sélo, Monaco et Le Caire.
Par l’incinération, on détruit tous les germes, toutes les malières nocives existant dans les déchets de ménage el ainsi on met les individus à l'abri d'une contamination et on assainit les centres populeux.
Les premiers fours à incinérer construits étaient à tirage naturel, laissant s'échapper les gaz de la distillation et les produits malodorants, ce qui était au plus haut point antihygiénique. Pour permettre au tirage de se faire plus fortement, on a eu l'idée d’injecter des courants d'air ou de la vapeur d'eau sous les grilles. Disons tout de suite que ce dernier procédé (la vapeur d'eau) n’a pas donné d'aussi bons résultats que les promoteurs l'espéraient; on a alors employé un ventilateur centrifuge.
Fours à incinérer. — Les appareils employés pour l'incinération sont de différente types: nous allons les passer en revue.
Incinérateurs types Heenan (Kings’ Norton, Le Havre, Rouen, Portsmouth) :
Trois fours à trois cellules, à voûte ondulée longitudinalement, communiquant avec une chambre de combustion à l'autre bout du massif. Deux couloirs parallèles, un de chaque côté. Derrière ce massif, des portes pour le chargement; devant, des portes pour l’escarbillage. Les voitures déchargent par bascule leur contenu dans des trémies de 40 tonnes, une {rémie par massif de four. Le fond des trémies s'ouvre dans un couloir où sont deux ouvriers qui enlournent à la pelle : d’où contamination des ouvriers; le procédé a donc un danger sérieux pour la santé des employés. Il y à le tirage forcé; le ventilateur du tirage renouvelle l'atmosphère des trémies et du hall en entier. Cette usine fonctionne à Kings’ Norton et va fonctionner au Havre et à Rouen.
À Portsmouth, il y aura chargement mécanique, Les ordures, à leur arrivée à l'usine, seront déversées dans des caisses mises
Ne
sur une plateforme par un tracteur aérien. L'orilice de chargement à la partie supérieure des fours est obturé par une porte de fonte. Les caisses sont prises sur la plateforme et portées par le tracteur aérien au-dessus de l’orifice des gaines correspondant aux fours. Par un simple lâcher de câble, la caisse est renversée; l'ouvrier ouvre les gaines à l’aide d’une tige de commande et les gadoues tombent sur la grille.
Ancinérateur type Meldrum (Westtord, Woolwich) :
Four à trois grilles où viennent les ordures ménagères après avoir été desséchées sur des soles de séchage, c'est-à-dire des plans maçonnés réservés en arrière des grilles. Le chargement des fours se fait par le haut, à travers une ouverture circulaire placée sur la voûte du four. Cette ouverture est obturée normalement par un tampon de fer qui tourne autour d’un axe vertical. Les ordures sont reçues d'abord dans des fosses où il y a chiffonnage, puis amenées par un chemin roulant au devant d'une manche métaliique qui correspond à l'ouverture du four; nous avons vu que ce chiffonnage était condamnable.
Incinéraleur type Horsfall (Zurich, Hambourg, Bruxelles, Saiut-Pétersbourg) :
Il se compose de cellules à grille unique disposées sur une rangée ou sur deux parallèles accolées dos à dos. Chaque cellule débouche sur un grand carneau placé à l'arrière de ce massif et qui tient lieu de chambre de combustion. Le collecteur de poussières est formé d’un conduit circulaire où les gaz prennent un mouvement giratoire entrainant le dépôt des poussières. Les anciennes usines employant cet incinérateur avaient des fours se chargeant par le haut à la pelle; mais d’autres, Zurich nolamment, possèdent des fours modifiés, à chargement mécanique, sur lesquels nous reviendrons plus loin. L'usage de la pelle nécessite la présence d'ouvriers exposés aux dégagements malsains de ces ordures.
Ancinérateur type Warner (Kensings'ton, Shellield) :
Cellule unique, avec sole de séchage, se chargeant par le haut. Le tombereau est déchargé directement dans ie four.
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Incinérateur type Herbetz (Kiel, Franclort) :
Il est à cellules séparées. Mais dans ce type les cellules ont des dimensions réduites par rapport aux autres. Les ordures sont reçues dans uu réservoir placé au-dessus des fours. Ge réservoir est percé en façade d'autant de baies qu'il y a de cellules au rez-de-chaussée; à chaque baie correspond une trémie. Cette dernière, placée en avant et au sommet du four, a la forme d’une pyramide tronquéc. L’ouvrier, par la baie, attire au râteau les ordures et remplit la trémie qu'à l’aide de leviers le chauffeur fait basculer pour charger son four. Mais dans le réservoir les ordures peuvent ne plus glisser et l'ouvrier est obligé d'y aller lui-même : aussi, à Colombes, a-t-on donné une pente plus grande au réservoir et a-t-on installé un système de rouleaux assurant la marche constante des matières.
Incinérateur type Manlowe et Aliott (Liverpool) [Procédé de M. Broadie] :
Fours adossés. A l’arrivée, les voitures sont déchargées dans un wagonnel rectangulaire roulant conduit au-dessus des fours. Ce wagonnet est divisé en six cases, dont chacune contient le chargement d'un four. Par un mécanisme approprié, l'ouvrier amène le fond de chaque case au-dessus de l'ouverture d'un four; les armatures de ces deux organes s'adaptent l'une à l’autre, puis il ouvre ensemble le four et la case et les ordures tombent ainsi dans le foyer.
Incinérateur type Dœr (Wiesbaden) :
L'étage supérieur est séparé en deux parties égales par une cloison longitudinale médiane; l’une sert de bac d'emmagasinement et surplombe les fours, l'autre correspond à des chambres de combustion. Les tombereaux arrivant, les caisses sont emportées par un pont roulant dans les chambres de dépôt. Les hommes remplissent les bennes à la pelle ; elles sont montées au-dessus d’un entonnoir où on les déverse et qui aîfleure à une ouverture de la cloison. Les ouvriers adaptent la partie inférieure de lentonnoir, qui est mobile, au-dessus de l'ouverture du four qui se charge ainsi.
Au sortir des chambres de combustion les gaz passent par une
série de carnéaux qui doivent pouvoir être facilement visités et nettoyés, car les poussières s’y amassent en grande quantité; les gaz dégagés sont employés dans un dispositif destiné à réchauffer l’air insufflé. Comme les parois de la chambre de combustion sont le plus souvent portées au rouge blanc, on avait eu l'idée d'utiliser cetle chaleur pour détruire les cadavres d'animaux, des matelas ou autres objets de literie contaminés. A cet eflet, la parlie supérieure de la chambre est munie d’une ouverture fermée où l’on dépose, au moyen d’un treuil placé au-dessus, les objets voués à la destruction.
À Kensings’ton, à Londres, les tombereaux arrivent et par « mise à cul » déversent leur contenu dans les fours ; mais s’il se produit un retard dans l’arrivage le four se refroidit, Landis que si la collecte arrive toute en même temps, le travail est mal fait.
À Kings’ Norton, les ouvriers chargent à la pelle; ils sont placés dans un couloir de deux mètres de large, bien éclairé et bien aéré ; il peut cependant s’y produire des émanations désagréables.
Les fours à incinération peuvent se charger par le haut ou par le bas. Par le haut, les ordures arrivent sur les grilles en traversant la partie supérieure surchauffée, d'où dégagement d'odeur et entrainement de minimes parcelles; de plus, pour repousser les ordures, les ouvriers montent sur les tas et se trouvent trop en rapport avec la gadoue, ce qui est d'une hygiène inadmissible.
Dans le chargement par le bas, à la pelle, mêmes inconvénients; de plus, l'orifice, dans l’un et l’autre cas, peut mal fermer, d’où dégagement d'odeur et de gaz.
Pour qu’une usine d'incinération réalise, à notre avis, les conditions d'hygiène les plus parfaites, il faut qu’elle dispose d'un terrain clos de murs, suffisamment vaste pour recevoir tous les tombereaux de la collecte, et qui lui permettra d'éviter le stationnement de ces voitures dans les voies d'accès, Il faut que ce parc ait un sol imperméable, qui soit aisément lavable et désinfectable. Il faut que les bennes employées soient étanches,
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qu'elles soient closes, que les appareils soient clos ou munis de dispositifs pour arrêter les fumées et les poussières el que les chambres de combustion brûlent complètement les gaz dégagés.
De plus, les halls d'entrepôt ne devront pas être trop près des dites chambres, car, sous l'influence de la chaleur, les matières pourraient subir un accroissement de fermentation, d'où nécessité aussi, et par surcroit de précaution, d’une ventilation soigneusement faite; en outre, les ordures devront être détruites dans les vingt-quatre heures.
Avec M. Nave, nous citerons comme un modèle du genre l'usine d'incinération de Zurich. Là, les règles de Fhygiène la plus absolue sont observées; il n’y à pas de crainte de contamination, plus de dégagements d'odeurs et les fumées sont collectées à l'aide d'un appareil disposé à la base de la cheminée.
Nous avons déjà vu à quel ingénieux et hygiénique appareil de collecte cette ville avait recours. En arrivant à l'usine, chaque caisse fermée est enlevée par un pont roulant et mise sur un plancher d’emmagasinage situé suffisamment loin des fours pour en éviter l’action. Toutes les heures, ce pont roulant vient prendre une des caisses et l’apporte au-dessus d’un des fours dans lequel le contenu se déverse automatiquement et s'enflamme instantanément.
Le feu purifie tout ici avant que l’on ait recours à aucune manutention et ce n’est qu'après le passage dans les fours que l'on enlève les parties métalliques impropres à l'utilisation des escarbilles.
Cette manière de faire satisfait donc pleinement à l'hygiène et à la salubrité publique; elle supprime le triage, le stationnement à découvert et met le personnel restreint nécessaire à l'abri de toute infection.
En temps d'épidémie, nous dit M. Andréas Meyer (de Hambourg), « l'usine d'incinération constitue un secours précieux, alors que les agriculteurs s'opposent, à l’aide de faux ou de massues, à ce qu'aucune voiture d’immondices ne sorte de la la ville, ainsi que Hambourg en a fait la dure et triste expé-
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rience lors de l'épidémie de choléra de 1892, avec ses 350 mètres cubes journaliers d’immondices. Les agriculteurs qui, en temps ordinaire, accusent les villes d’inhumanité quand elles ne leur donnent pas de fumier, sont les premiers à leur refuser leur aide en cas d'épidémie et lorsqu'on a pu assister une fois seulement dans sa vie à une telle calamité, on prend la déterminalion formelle de se libérer de la dépendance de ces agriculteurs. »
A Rotterdam, en 1866, nous dit M. Van den Perck, lors d’une épidémie de choléra, « il fallut, les dépôts étant remplis et la campagne n’en voulant pas, faire une véritable digue de fumier dépassant la hauteur d’un homme; on l’arrosait tous les jours avec du lait de chaux. Il fallut près d’une année pour pouvoir se débarrasser de ce monceau d’immondices, sujet d'horreur pour la population. »
L'avantage de l’incinération, outre qu'elle supprime presque totalement les dangers de la contamination, est de pouvoir non seulement fournir la vapeur nécessaire à l’usine, mais de donner encore une énergie disponible, ce qui a bien sa valeur au point de vue économique. Indiquons ici, comme conclusion, qu’au dernier Congrès international d'hygiène de Bruxelles on a proclamé que l'incinération était le système qui répondait le plus parfaitement aux lois de l'hygiène, car elle supprime les manipulations, les amoncellements et les ordures elles-mêmes dans les vingt-quatre heures qui suivent leur collecte, et cela dans des usines qui ne peuvent offrir aucun sujet de répugnance ni de dégoût.
On a proposé un procédé d'utilisation des scories résultant de l'incinération des ordures. Ces scories seraient mélangées à du ciment ou à de la chaux. Mais il devrait y avoir broyage, d’où dégagement de poussière ; en outre, les scories contiennent du sulfure de calcium, d’où mauvaise odeur. En somme, c’est un procédé à laisser de côté.
IL nous reste encore à examiner un autre procédé d'usage des ordures ménagères. C’est une symbiose du broyage et de l'incinération appelée méthode mixte.
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Certains auteurs ont voulu voir dans ce procédé une solution qui salisferait en même temps les agriculteurs et les hygiénistes en cas de non-utilisation agricole des gadoues ou en temps d'épidémie.
D'une façon générale, on ne peut construire une usine qui puisse à la fois et broyer Loutes les gadoues et les brûler toutes s'il le faut. Ce seraient là des frais considérables occasionnés par cette double installation. Nous avons déjà dit, et nous ne voulons pas y revenir encore ici, combien le broyage nous paraissait mauvais et insalubre et nous ne pouvons admettre que dans un problème aussi important que celui de l’assainissement d’une ville, on puisse envisager un procédé aussi antihygiénique.
Quelques essais de transformation chimique ont été faits, notamment aux Etats-Unis, mais ils sont restés trop limités jusqu’à ce jour et nous ne pouvons formuler aucune opinion à leur égard.