‹ Éloignement et Utilisation des Ordures ménagères dans les villes et en particulier à BordeauxChapitre 12 sur 18 · EXPOSÉ DE CE QUI SE FAIT A BORDEAUX · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE CE QUI SE FAIT A BORDEAUX

Nous venons de voir ce qui se passait, en général, dans la collecte et l'enlèvement dans les maisons des ordures ménagères pour leur transport et leur utilisation, et nous avons fait les remarques que nous suggérait l'hygiène; dans cette seconde partie de notre travail, nous voulons examiner la façon dont cet important problème de salubrité publique et privée est

résolu à Bordeaux.

Historique. — Il nous a paru intéressant de rechercher à partir de quelle époque les édiles de notre ville ont commencé à se préoccuper de cette question et nous allons le faire dans un rapide historique.

Au xiv° siècle, en l’an 1337, le maire et les jurats de Bordeaux firent publier des règlements qui défendaient aux habitants de jeter aucune immondice dans les grands fossés de la ville, près des portes du Pont Saint-Jean, et dans la rivière, de déposer aucune ordure dans les fontaines publiques, de projeter des immondices dans la rue, et leur enjoignaient de tenir le devant des maisons ou jardins proprement nettoyés. Toute contravention aux règlements élait passible d’amendes à un taux variable selon les délits.

Nous voyons donc que déjà à cette époque lointaine, où l'hygiène était inconnue, le souci de la salubrité publique hantait le cerveau des magistrats municipaux.

C'est seulement en 1520 que nous trouvons un mode d'enlève-

PS

Heydenreich

= 50 ment des bourriers. La jurade délégua même à cette époque un bourgeois, Jean Couturier, pour veiller à l'exécution de l’ordonnance obligeant à mettre les bourriers près des remparts, aux endroits fixés. C'était surtout à l’ouest. de la ville, vers les portes Saint-André et Dijeaux, que se faisaient ces dépôts. Dans son texte de 4843, Vinet dit même que la porte Saint-André s'appelait Porte-Basse, à cause des bourriers qui l'obstruaient parfois complètement. En 1521, on mit des charrettes en circulation qui charroient les ordures; puis elles furent peu de temps après supprimées et remises en activité dans un bref délai.

Avec des fluctuations, ce service restreint de la voirie fonctionna jusqu’en 1550, où Henri II donna une impulsion nouvelle aux tentatives antérieures en ordonnant de confier à un jurat le soin de faire nettoyer la ville.

En 1581, un arrêt du Parlement enjoint de faire nettoyer, à cause de la peste et des autres inconvénients, et interdit tout Jjetage à la rue.

En 1588, un règlement ordonna qu'après nettoyage du devant des maisons on fit un feu pour purifier l'air. On employait aussi à cette époque les mendiants pour curer les fossés et nettoyer la ville.

En 1597, Henri IV, par lettres patentes, veut réglementer le service du nettoiement. Mais la population s'y prête mal et elle ne tient plus compte de rien la nuit.

En 1598, la Cour impose les habitants d'un sou par jour pour le nettoyage.

En 1629, une épidémie éclate à Blaye, à Castillon et à Bordeaux même; les habitants sont priés, « chacun en droit soi », de nettoyer les rues.

En 1700, Bordeaux est d’une saleté repoussante: les bourriers sont partout, et bien que les quartiers Sainte-Croix et Saint- Michel soient les points de décharge fixés, on en voit des amoncellements partout, tant et si bien que les gens se plaignent des odeurs infectes et des dégagements de gaz malsains. Les jurats élèvent alors le prix donné à l’entrepositaire des bourriers et le mettent en demeure d’avoir le matériel et le personnel suffisants pour faire vite et bien son ouvrage.

En 1745, pour faire honneur à Madame la Dauphine, les jurats de Bordeaux augmentèrent encore les émoluments du fermier des boues et c'est aussi à cette époque que nous voyons l’apparition du « mannequin », précurseur de notre poubelle, et où les habitants devaient déposer les déchets de leur maison; c’est aussi de cette époque que date la réglementation des chiffonniers, auxquels il est interdit de disséminer les ordures contenues dans ces mannequins ou même de les renverser. De même, interdiction de mettre de la paille devant les maisons de personnes malades sans autorisation préalable.

En 1759, Louis XV fait créer des commissaires de surveillance de l'enlèvement des boues et bourriers. Il faudra, d’après les règlements du Conseil d'Etat, balayer et arroser devant chaque maison.

Malgré cela et en dépit de ces instructions sérieuses déjà, en 1768 on constate encore la présence de nombreux tas de bourriers dans certaines rues de la ville.

En 1787 et 1790, nouveaux règlements prouvant bien, par leur production constante, combien les jurats considéraient la haute importance du service de la voirie.

En 1800, un arrêté des consuls détermine le rôle des commissaires de police, qui seront chargés de faire procéder au balayage - et au nettoiement des rues et de le faire exécuter aux frais de la Ville.

C’est en 1805 qu'apparaissent les premiers balayeurs choisis parmi les gens valides de la classe indigente. Ils sont au nombre de vingt.

C'est depuis 1881 que le service du nettoiement est exécuté en régie. Ce n’est qu’en 1889 que le service de l'enlèvement des bourriers a été définitivement organisé.

Nous croyons bon de mettre au début de notre étude des ordures ménagères à Bordeaux les articles du règlement sanitaire de cette ville.

IS

Arriece 63. — Il est expressément défendu de déposer sur la voie publique, sous quelque prétexte que ce soit el à n'importe quel moment, les détritus de ménage, les cendres de foyer, la suie provenant du ramonage, ainsi que d'y ramasser les produits du balayage des habitations ou des magasins.

Ces détritus et balayures, recueillis dans un récipient spécial étanche et proprement tenu, doivent être apportés au tombereau du nettoiement au moment de son passage dans les rues et remis aux mains du conducteur chargé d’en opérer le versement immédiat dans le tombereau.

Le récipient à ordures ne devra, sous aucun prétexte, séjourner sur la voie publique même vide.

Arnicze 66. — Ilest expressément défendu de jeter dans Îles caisses à ordures, sur la voie publique, linges, bandes, ouates, et en général tous les tissus ayant servi à un pansement quelconque, le mal ne fut-il pas contagieux. Ils devront être brûlés immédiatement.

Arricce 67. — Ilest défendu de secouer les tapis, descentes de lit ou autres par les fenêtres ou sur les trottoirs et dans les rues. Ces tapis ne pourront être secoués où battus que sur la chaussée avant sept heures et demie en élé et huit heures el demie en hiver, en tous cas avant le passage du tombereau du nettoiement.

Anricze 71. — Les transports de toute nature auront lieu dans des conditions telles que la voie publique n'en puisse être salie, ni les passants incommodés; les chargements el déchargements seront effectués en conséquence.

Arricze 73. — Il est interdit aux chiffonniers de fouiller dans les boites à ordures et de trier les chiffons sur la voie publique et dans les terrains situés dans l’intérieur de la ville.

Collecte dans la maison. — À Bordeaux, la collecte à l'intérieur des maisons se fait de la façon suivante: Les ordures ménagères sont déposées à mesure de leur production ainsi que les produits

por du balayage de la maison et du battage des {apis quand il n’est pas fait dans les jardins, ou le plus souvent, hélas! dans la rue, dans des boites métalliques non recouvertes et placées le plus souvent dans la cuisine, car c’est surtout de cette pièce que provient la plus grande partie du contenu de la boite. Pendant toute la journée, cette boite reste donc dans un endroit où vont se manipuler les denrées nécessaires à l'alimentation et la fermentation va se produire à son aise. Sans compter que les courants d'air presqu'impossibles à éviter vont venir soulever les poussières et les parcelles d’ordures facilement transportables et iront les déposer sur les aliments. Nous avons pu constater que les mouches sont les hôtes assidus de ces amas de bourrier, non seulement l'été, qui est le moment de pullulation des insectes, mais aussi l'hiver, où leurs derniers survivants altirés par la douce température régnant le plus souvent dans cette pièce y élablissent leur demeure à poste fixe, puisqu'ils y trouvent confort et table ouverte.

Nous avons vu dans notre première partie les inconvénients de cette manière de faire et nous nous élevons, au point de vue de l'hygiène, contre l’existence à découvert de ces dépôts près des cuisines. De plus, les domestiques qui prennent ce récipient pour le transporter dans la rue viennent, dans leur hâte à répondre à l’appel de la cloche du tombelier, faire voltiger les poussières dans les appartements ouvrant sur les corridors qu'ils traversent avec leur chargement insalubre et nauséabond. Nous savons qu'à Bordeaux les ménagères doivent aller déposer devant leur maison les récipients à ordures au moment seulement du passage du tombereau ; mais, en réalité, on les met vers l'heure à laquelle on sait qu’il va passer. Or cette heure varie souvent et dans certains quartiers le tombelier passe entre neuf heures et midi, sans heure fixe. Si dans les immeubles à concierge, ce dernier, installé dans sa loge, peut sortir au moment voulu les ordures, dans les maisons disposant d’un personnel restreint on ne saurait astreindre un domestique à attendre le passage du tombereau. Les ordures sont donc, comme Je le disais tout à l'heure, sorties un peu avantetles chiens ou autres ani-

OP

maux circulant sur la voie publique peuvent venir fouiller dans ces ordures, les éparpiller, les renverser dans les ruisseaux ou sur les trottoirs ; en dehors du spectacle désagréable qu'offrent ces ordures dispersées sur la chaussée, les animaux vont s'in- -fecter si dans cette caisse, malgré les défenses du règlement sanitaire, on a déposé soit des ouates servant à des malades, soit des linges de pansements, comme cela se fait encore trop souvent à Bordeaux.

Collecte et transport sur la voie publique. — Les tombeliers, ayant répondu à l'appel de six heures et demie, se dirigent vers les quartiers qui leur sont désignés et commencent l'enlèvement des ordures ménagères. Ils doivent prendre en plus du contenu des caisses les produits du balayage du devant des portes, auquel on joint loujours celui des pièces du rez de chaussée et du corridor. Les tombereaux qui circulent, et sur le modèle desquels nous n'’insisterons pas en tant que forme, sont de lourds véhicules aux planches mal jointes et d’où l’on voit souvent pendre des débris d’ordures où sourdre des gouttes de liquide qui permettent parfois de les suivre à la trace le long de leur parcours. Avant d'aller plus loin dans cette étude, disons que ces liquides répandus sont chargés de toutes les impuretés contenues dans le véhicule et sont, par conséquent, un péril pour la salubrilé publique.

Ce sont les tombeliers qui seuls ont mission de vider dans leurs voitures les caisses de ménage... et ils n’apportent pas dans cette opéralion tout le soin qu’elle nécessiterait. Il nous est souvent arrivé el nous ne sommes pas le seul à en avoir souffert, il nous est arrivé, dis-je, de passer près d'un tombereau au moment d'un chargement et nous avons reçu des poussières el des débris de matières provenant des caisses: nous n'insistons pas sur les inconvénients de cette opération. Et même si notre chance veut que nous nous trouvions de l'autre côté, nous pouvons voir quel nuage soulève sur le dessus du tombereau le nouvel apport d'immondices, nuage qui entrainé par le vent ira se déposer en un endroit quelconque qu'il contami-

th nera. Les tombereaux sont assez hauts et souvent, dans l'effort fait par le chargeur pour monter à bout de bras les caisses parfois fort lourdes, il tombe des parcelles qui se répandent par terre. Les tombereaux, après avoir effectué l'enlèvement des ordures ménagères de leur quartier, vont porter leur contenu soit dans les gares peur l’expédier aux agriculteurs, soit sur le quai de Paludate où se fera l’embarquement de ces déchets pour les endroits où sont établies les piles qui attendent les besoins de l'agriculture. Bordeaux, qui ne possède pas encore d'usine d’incinération, pas plus du reste qu'aucun autre établissement de destruction ou d'utilisation, est obligé de recourir à ce procédé condamnable.

Les tombereaux ne sont ni couverts ni même bâchés, quoiqu'une bâche existe, mais soigneusement roulée à l'avant du véhicule. Pendant le transport dans la ville, les cahots et le vent vont pouvoir facilement disséminer poussières et parcelles de matières qui souilleront tout sur leur passage.

Un projet de tombereau couvert a été soumis à l’approbation de la municipalité bordelaise qui ne l’a pas mis en usage, peulêtre à cause de la question pécuniaire, peut-être aussi à cause de la négligence du personnel employé à la voirie. Ce modèle est le suivant : Le tombereau est le même, mais dans le sens «de sa longueur et prenant appui sur l’avant et sur l’arrière est fixée une barre de fer. Des panneaux mobiles, un de chaque côté de cette tringle et s’en servant comme charnière, obturent de part et d’autre la partie supérieure du tombereau. Dans l’idée du promoteur de ce système, le tombelier devrait ouvrir au moment du déchargement des caisses le côté se trouvant placé à sa main pour cette opéralion, l’autre restant fermé. L'employé de la voirie devrait aussi refermer à chaque fois ce côté. Mais il ne le ferait pas, car ce serait une perte de temps, étant donné que les boites à ordures sont très voisines les unes des autres. Pourtant, malgré l’ouverture obligée d’un des côtés pendant la collecte, il y en aurait toujours au moins un de fermé, ce qui déroberait déjà une certaine surface à l’action du vent. Dans tous les cas, une fois la collecte finie, les tombeliers

Page 1