‹ Éloignement et Utilisation des Ordures ménagères dans les villes et en particulier à BordeauxChapitre 13 sur 18 · LEO · texte numérisé non relu

LEO

auraient moins de peine à fermer ces couvercles qu'à bâcher Jeur véhicule.

. Un autre inconvénient réside dans l'usage de sacs et caisses où les tombeliers trient et groupent les différents objets ou papiers et chiffons. À Bordeaux, le chiffonnage dans les boites et sur les voitures est autorisé, je dirai même presque recommandé, car le travail fait en cours de route par le conducteur du tombereau sera autant de moins pour les femmes employées à la chiffonnerie du dépôt du quai de Paludate.

C’est là que l’on trie les chiffons dans le vaste local appelé chiffonnerie. Cet « écrémage », si nous osons dire, est tout à fait, comme nous l'avons déjà montré, contraire à l'hygiène, surtout dans les conditions dans lesquelles il s'opère. Nous avons pu, grâce à l’'amabilité du chef de dépôt de Paludate, visiter cette installation et nous allons en faire une description aussi complète que possible. C’est un vaste bâtiment, très élevé, éclairé par des baies vitrées munies de vasistas à leur partie supérieure, vasistas qui se rabattent en dedans: il y a, en outre, deux ouvertures de 2 mètres carrés, une de chaque côté, munies de persiennes. Les chiffons et autres objets triés par le tombelier sont apportés dans cetle salle et répartis sur des tables ou « clisses », au nombre de cinq à huit, dont la surface est constituée par un entrecroisement de forts fils de fer formant tamis. Il y a à chaque angle une sorte de boite en forme de triangle où les femmes déposent dans l’une les objets de cuivre, dans les autres, le verre, le plomb et les matières diverses. Ces femmes employées sont au nombre d’une trentaine environ el reçoivent un salaire de 4 franc par jour. Nous avons pu juger par nous-même que les poussières abondent et nous avons constaté leur présence sur les murailles et le plafond où les toiles d'araignées, en grand nombre, sont pour elles un excellent soutien. Aucune précaution hygiénique n’est prise. Pas d'aspirateurs de poussières sous ces tamis; par conséquent, ces poussières, mises en liberté, se répandent en toute facilité dans cette pièce et, mème longtemps après, on peut s’apercevoir de leur présence en sus-

Er

pension dans l’air. Nous avons visité cette chiffonnerie vers dix heures du matin, c’est-à-dire, puisque le travail finit vers quatre heures du soir, dix-huit heures après ct nous en avons décelé facilement la présence. De plus, à chaque courant d'air, ces poussières sont soulevées et déplacées. Nous avons déjà fail la critique du chiffonnage et nous nous bornerons à redire que celte opération est justement condamnable, malgré les avanages pécuniaires qu'elle peut donner. Disons tout de suite que les tombeliers, ayant la moitié du chiffonnage de leur tombereau, ont tout avantage à accepter le plus possible de chiffons, quels qu'ils soient. Nous devons à la vérité de dire cependant que, malgré des conditions aussi antihygiéniques, on ne relève pas à Bordeaux de cas de maladie ou de contagion chez les femmes employées à celte peu agréable besogne et que l'odeur de la chilfonnerie est presque nulle.

Evacuation. — Après avoir été ainsi débarrassées aussi complètement que possible de leurs chiffons et autres objets impropres à l'ulilisalion agricole, les ordures ménagères sont, comme nous l'avons déjà signalé, expédiées directement par voie ferrée aux agriculteurs ou bien envoyées par bateaux dans les endroits où elles seront entassées jusqu'aux demandes.

L'expédition par wagon se fait soit dans les gares, sans quai spécial, et par les hommes employés au service des bourriers, soit sur des wagons qui viennent slalionner quai de Paludate auprès de l’embarcadère des bateaux. Le chargement se fait à la pelle. Les wagons qui transporteront ces ordures seront cependant désinfectés el soigneusement lavés après leur déchargement.

Dans l'expédition par bateaux, les tombereaux viennent se ranger contre un butoir placé au bord du quai où a accosté le baleau ; un plan incliné part de ce buloir et c'est sur lui que vont passer les ordures au moment du basculage du tombereau. Un ou deux hommes placés dans le bateau et armés de fourches répartissent ces ordures sur toute la surface. Ils sont, par conséquent, exposés par leur contact immédiat avec ces ordures, aux émanations dangereuses provenant de ces matières.

Page 1