‹ Éloignement et Utilisation des Ordures ménagères dans les villes et en particulier à BordeauxChapitre 7 sur 18 · DÉFINITION — COLLECTE DANS LES MAISONS · texte numérisé non relu

DÉFINITION — COLLECTE DANS LES MAISONS

Avant de nous occuper des conditions qui doivent régir, au point de vue de l'hygiène, l'enlèvement des ordures ménagères dans les maisons et dans les rues, il nous faut voir tout d'abord ce que l’on entend par ordures ménagères el savoir pourquoi la collecte et l'enlèvement de ces matières sont nécessaires à la salubrité privée et publique.

Les ordures ménagères sont la réunion des déchets, résidus et détritus provenant de la maison. De ces déchets nous en excepterons, comme ne devant pas en faire partie, les matières fécales, les cadavres d'animaux domestiques ou autres, tels que rats et souris, les linges ou ouates ayant servi à n'importe quel malade et a fortiori ceux souillés par les déjections de toute nalure de personnes atteintes d’affections conlagieuses ou-infectieuses.

Nous pouvons donc ranger dans l'ensemble des ordures ménagères les matières organiques végétales ou animales et des matières inertes, telles que boites de conserves, débris de porcelaine et de verre. Nous y comprenons également les poussières provenant du balayage des appartements, des papiers, des chiffons et des débris de toutes sortes, autres que ceux que nous en avons déjà exceptés !

Si nous examinons ces ordures ménagères ainsi définies, nous pouvons les catégoriser en plusieurs parties : l°une partie

composée des déchets d’origine végétale ou animale; 2° une partie renfermant à la fois les produits de balayage des appartements et les chiffons, papiers et résidus du battage des tapis; nous y reviendrons tout à l'heure; 3° une partie composée de matières inertes, qui ne doit pas en elle-même, intrinsèquement parlant, nous arrêter au point de vue antihygiénique, ces matières ne pouvant être une cause d’insalubrité qu'en tant que supports et véhicules d'agents nocifs.

Dans la première de ces catégories on peut envisager les matières végétales et animales. L'inconvénient des premières est de dégager des odeurs désagréables et des gaz malsains, résultats de leur lente décomposition. Les secondes, au contraire, se décomposent assez rapidement, souvent mème tout de suite, et par conséquent sont déjà dans un état avancé de décomposition avant leur sortie de la maison, état que compliquent encore les germes pathogènes banals ou infectieux provenant de contamination quelconque.

Nous voyons donc que pour ces raisons et pour d'autres que nous allons maintenant exposer, les ordures ménagères sont une cause importante d'insalubrité, aussi bien dans la maison productrice que dans le transport à l'extérieur et jusqu'à leur utilisation.

En outre de ce que nous avons déjà signalé succinctement plus haut, l'insalubrité provient aussi de leur malpropreté ou bien encore de causes banales ou infectieuses.

La présence de ces résidus est un appel pour les insectes ou les parasites de toute sorte, qui y trouvent un excellent terrain de culture ou de développement. Pour les animaux existant dans les immeubles, ce sont encore là des greniers d'approvisionnement.

Les ordures ménagères, en plus des inconvénients sérieux provenant de leur décomposition elle-même, en présentent d'autres à notre avis. Et d'abord, avant même d'être jetées dans les ordures ménagères, les parties qui vont les composer sont souvent déjà contaminées; telles sont les viandes gälées jetées dans le récipient à ordures par exemple et où les

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parasites pourront se développer tout à leur aise et infecter la totalité de l’amas de déchets. Sans compter que ces animaux ou insectes pourront aller contaminer des aliments souvent peu éloignés des ordures et qui, non soumis à une cuisson pouvant détruire en eux ces germes, seront une cause d'infection pour les personnes qui les absorberont. En outre, les mouches et les insectes piqueurs, comme les moustiques, attirés par la forte fermentation de ces matières, vont venir en masse s’infecter et provoquer par leur piqüre des accidents d’une grande gravité. Les rats, qui ont une prédilection pour ces dépôts de matières, pourront eux aussi être un sérieux et puissant moyen de contamination dans toutes les villes, et plus particulièrement encore dans les villes maritimes, en transportant avec eux le bacille pesteux.

La fermentation de ces matières présente encore le grave inconvénient d’être apte à favoriser le développement de microbes vivant à l’état saprophytique, susceptibles de devenir mobigènes en créant chez les individus un état de moindre résistance et, par conséquent, de réceptivité plus grande pour l'infection. C'est ce que nous voyons par les expériences d’Aleci, rapportées par M. le Professeur Auché dans son cours d'hygiène (1911). Ce dernier expose des animaux aux émanations d’ordures ménagères; ces animaux ont leur organisme diminué de résistance et contractent avec infiniment de facilité toutes sortes de maladies.

Dans ces matières organiques végétales ou animales des germes pathogènes peuvent exister à l’état de virulence diminuée et retrouver dans ce milieu essentiellement favorable une recrudescence de force et de vitalité. Mais c’est surtout dans les résidus du balayage, de battage de tapis, d’essuyage, les chiffons et papiers de rebut, que nous allons voir s'affirmer une cause d’insalubrité des ordures, puisque c’est plus particulièrement dans ces amas de matières poussiéreuses que l’on découvre la présence des germes les plus susceptibles d’être pathogènes.

Tous ces produits renferment ou peuvent renfermer les germes redoutés; les maladies contagieuses existant dans les maisons ou agglomérations de toutes sortes : la tuberculose, la fièvre Lyphoïde,

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la diphtérie, la pneumonie, la méningite, le choléra, sont très souvent disséminées par ce moyen. Certains auteurs prétendent que les microbes contenus dans ces matières en putréfaction sont voués à une destruction rapide et sûre, grâce aux bactéries qui abondent dans les dites matières. D’autres ont constaté, au contraire, que la vitalité de ces germes morbides n'était pas aussi éphémère qu'on voulait bien le dire. Cette dernière conception rallie, du reste, à peu près tous les suffrages. Et l’on a reconnu fort justement que les ordures ménagères étaient un véhicule certain pour les maladies contagieuses ou épidémiques. On peut ciler à ce sujet les épidémies de choléra. de lièvre typhoïde ayant leur point de départ dans les résidus de maisons contaminées et leur expansion par ces mêmes résidus dans leur transport sur la voie publique (épidémie de choléra à Copenhague, à Hambourg ; épidémie de fièvre typhoïde à Rotterdam). Nous y reviendrons à propos de la collecte dans les rues.

Il existe peu d'observations concernant les recherches des microbes dans les ordures ménagères. C’est là un desideratum bien souvent exprimé dans les travaux se rapportant à ce sujet. Nous pouvons, cependant, citer les recherches récentes de 1908, publiées dans les Archiv für Hygien, par M. Hingelmann. Cet auteur nous rapporte qu'ayant expérimentalement placé divers microbes dans des poussières et le tout dans les conditions d'éclairage et de température observées dans la pratique couranle, il fut amené aux constatations suivantes :

Le bacille typhique fut trouvé vivant après quarante jours; le bacille du charbon et le bacille paratyphique B. au bout de quatre-vingt-dix jours; le bacille dysentérique au bout de dixhuit jours. Le bacille du choléra ne résisterait que vingt-quatre heures. Ces résultats furent les mêmes dans la cendre.

Dans les déchets de cuisine, les bacilles typhique et dysentérique parurent se maintenir quatre et trois jours; le paratyphique, vingt jours.

Pour toutes ces raisons, il faut done que dans les maisons ou immeubles les ordures ménagères ne soient manutentionnées que dans des conditions de prophylaxie ne leur permettant en

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aucune façon de se répandre dans les divers endroits de l’habitation ; qu'à mesure de leur production elles soient immédiatement ramassées et collectées dans des récepteurs d’où elles ne pourront s'échapper ou s’éparpiller, récepteurs qui seront placés dans un endroit spécial en attendant leur enlèvement au dehors.

Le procédé de collecte le plus généralement employé consiste dans l'usage du récipient ou « boite à ordures » dans lequel sont entassés les déchets de ménage quels qu'ils soient et que l’on va déposer sur la chaussée, devant la maison, au moment du passage du tombereau qui les transportera dans la ville, pour éviter qu’elles ne soient pas exposées pendant un temps quelconque, fouillées et éparpillées par les animaux. Les inconvénients de ce procédé résident dans l'emploi de récipients ouverts, permettant aux matières qu'ils renferment de souiller, en s'échappant pendant le transport au dehors, cuisine, cage d’escaliers, antichambre, corridors et tout endroit où on les abandonne un instant.

Le procédé le meilleur et la solution la plus simple à cet important problème de la collecte des ordures ménagères dans la maison seraient que chaque famille habitant une partie ou la totalité de la maison eût un récipient à cet usage, pourvu d’un couvercle amovible, récipient qu'on ne remplirait pas à déborder et qui, disposé dans un endroit spécial et facilement nettoyable et aérable, serait transporté dans le véhicule qui ramasserait les ordures sur la voie publique. Par cette manière d'opérer, on se mettrait à l’abri du dépôt de récipients ouverts, sur la voie publique, offusquant la vue et on éviterait odeur et poussières. On n'aurait plus aussi les récipients dans les cages d’escaliers et les corridors.

En somme, ce qui semblerait idéal serait la possibilité de l'enlèvement des ordures ménagères au fur et à mesure de leur production. À ce sujet, nous pouvons citer un procédé d’évacuation permanente mis en pratique dans certains immeubles de Paris.

Le système adopté paraissait présenter de prime abord tous

les avantages d’une sécurité presque parfaite. Nous en empruntons la description au rapport que M. Kern présenta, le 20 janvier 4910, à la Société d'hygiène de Paris.

Cette méthode d'évacuation des ordures ménagères consistait en une conduite spéciale reliant entre eux les différents étages de la maison. A chaque étage est ménagée une ouverture, munie d’une porte, communiquant avec une sorte d’entonnoir raccordé à la conduite et ayant un clapet de retenue placé sur la pénétration de la chute. Cette conduite aurait 30 centimètres de diamètre et se prolongerait jusqu’au-dessus du toit, pour assurer l’aération de cette chute. Les détritus de toutes sortes, par l'intermédiaire de cette conduite, tombent dans un récipient placé au bas de la chute dans une chambre ad hoc facilement aérable et nettoyable. Ce procédé aurait l'avantage, pour les immeubles à plusieurs locataires, de permettre l'évacuation des ordures des divers étages, sans être obligé de recourir au passage par des escaliers communs et, par conséquent, de supprimer autant que faire se peut l'éventualité de la diffusion d’une infection résidant à l’un des étages.

Mais ce procédé serait difficilement applicable à toutes les maisons, notamment à celles construites depuis de longues années et dans lesquelles aucune disposition n’a été prévue pour l'adaptation de ce système.

Le gros désavantage de cette conduite est que certaines des matières jetées peuvent rester collées aux parois, fermenter et dégager de mauvaises odeurs attirant les insectes, devenant ainsi un gros danger pour les habitants. D’autre part, la porte du réduit contenant le récipient à ordures ne ferme pas toujours hermétiquement; quelques-unes peuvent se répandre par terre, à l'extérieur, el le système conçu dans un but d'hygiène idéale devient parfaitement antihygiénique.

On s’est préoccupé aussi de l'emplacement où pourraient être déposés les récipients à ordures. Mais encore ici certaines mai-

sons ne pourraient pas se prêter à une disposition spéciale à cet égard.

Les ordures ménagères pourraient aussi être évacuées dans la

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maison au moyen de conduites d’eau particulières, aboutissant à un réseau spécial d’égouts dans la ville. Mais là encore on se heurte à des impossibilités, certaines villes n'ayant pas de collecteurs spéciaux et les maisons ne disposant pas non plus de conduites pour cet usage.

Pour terminer ce chapitre, nous ne saurions mieux faire que de transcrire en guise de conclusions les propositions, adoptées d’après le groupement proposé par M. Chassevent, par la Société d'hygiène publique et de génie sanitaire de Paris, après discussion du rapport de M. Kern en ce qui concerne cette première étape de l'évacuation des ordures ménagères, c’est-à-dire la collecte et l’enlèvement des ordures dans la maison (séance du 23 novembre 1910).

Propositions satisfaisant à toutes les prescriptions de l'hygiène. — I. La division des ordures ménagères en plusieurs catégories est à conseiller. [l importe d'isoler les matières putrescibles, en raison de leur nocivité possible, pour un traitement spécial.

II. L'évacuation doit se faire journellement, sans déversements ni dans la maison, ni dans la rue, et au moyen de récipients pouvant être fermés.

III. Pendant les opérations de déversement, les plus grandes précautions doivent être prises pour empêcher toute projection de poussières dans la maison et sur la voie publique. Le chiffonnage devra être interdit.

Propositions satisfaisant sinon à toutes du moins à beaucoup de conditions hygiéniques.— IV. À défaut de récipients étanches pouvant être fermés, les ordures devront être enfermées dans chaque appartement ou logement dans des boites dites « de ménage », pour être déversées directement dans le véhicule, sans passer par des récipients collectifs d'immeubles. En ce cas, ces boîtes devront être d’un modèle uniforme et munies d'un

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PART rte couvercle approprié au système de chargement des véhicules servant à la collecte.

V. Les boîtes de ménage doivent être de dimensions suflisantes, munies d’un couvercle amovibleet facilement nettoyables.

VI. Les réduits destinés à recevoir les boîtes de ménage devront être garnis de matériaux imputrescibles, être à angles arrondis et être facilement nettoyables et aérables.

VII. On devrait obliger le service de l'enlèvement à prendre les boites à l’intérieur sans séjour sur la voie publique.

Propositions constituant une amélioration de l'état actuel. — VIIL. Lorsqu'on ne pourra éviter les récipients collectifs d'immeubles, ceux-ci devront être d'un modèle uniforme, en matière étanche et suilisants pour tout l'immeuble. Ils devront être munis d'un couvercle approprié, et nettoyés et rincés aussitôt vidés.

IX. Les récipients devront être placés dans des courettes ou à défaut dans un local dont l'accès, l’aération et le nettoyage soient faciles et non dans les vestibules ou les escaliers. Il devra être interdit de remplir les récipients jusqu'à débordement.

X. Les boites de ménage ne devront pas être vidées dans les récipients collectifs en dehors des heures réglementaires, fixées de neuf heures du soir jusqu'au passage des véhicules de l'enlèvement.

XI. La Commission insiste sur la nécessité de l'incinération sur place des objets de pansements. Cette recommandation devient une obligation absolue pour les résidus des hôpitaux, sanatoria, maisons de santé et autres établissements de même nature.

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