COLLECTE ET TRANSPORT SUR LA VOIE PUBLIQUE
De même que dans un précédent chapitre nous avons montré quels étaient pour la maison les inconvénients que présentaient au point de vue de l'hygiène les ordures ménagères, nous devons, pour des raisons aussi importantes, examiner ce qui se fait pour la collecte sur la voie publique et exposer les divers moyens employés pour cette collecte.
Les ordures ménagères sont le plus souvent, et en France surtout, déversées dans des voitures ou « tombereaux » affectés à l'enlèvement des ordures. Voici du reste une description de la façon dont les choses se passent généralement chaque jour. Dans la matinée, les tombereaux du service de la voirie passent dans la rue et signalent leur approche par le son d’une clochette. Les ordures en caisses sont sorties dans la rue sur la chaussée et sur les trottoirs et le « tombelier », conducteur de la voiture, prend les récipients et les y déverse.
La plupart du temps, les hommes chargés de ce service n'apportent pas beaucoup de soin dans l’accomplissement de leur tâche et l'on voit facilement le gros inconvénient de ce déversement brutalement opéré. Les poussières, les particules liquides, les débris minimes existant dans les ordures sont facilement projetés sur la voie publique sous l’action du vent, ou même des mouvements faits par le chargeur. Tout cela peut se répandre sur les passants, qui risquent de s’infecter en les respirant, sur les marchandises, voitures de quatre saisons, de laitiers, de boulangers, toute voiture véhiculant à ciel ouvert des objets
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d'alimentation qui, contaminés, pourront porter leur contagion chez les acheteurs: sur les fontaines, ruisseaux, les étalages des commerçants, étagères ou barils, caisses ou autres, communément installés devant ces magasins; enfin ils pénètrent dans les appartements poussés par les vents, transportant ainsi les germes nuisibles dont ils sont imprégnés.
Mêmes inconvénients à signaler pendant le transport dans la ville. Ces tombereaux plus ou moins élanches, auxquels généralement sont adaptés des sacs, des boîtes ou récipients divers affectés à un triage grossier des papiers, chiflons et autres catégories d'objets, etle plussouventnon recouverts, permettent aux poussières et aux moindres débris d'être projetés par les cahots de la voiture. De plus, les secousses du véhicule remuent son contenu et il se fait une sorte de tamisage et éparpillement à travers les planches souvent mal jointes du tombereau colporteur.
En plus de ces inconvénients déjà signalés, les agents chargés de ce service peuvent s’infecter dans la manipulation, les systèmes décrits ne comportant aucune couverture susceptible de préserver les ouvriers d’une contamination toujours possible. Ces agents, s’ils ne sont pas infectés eux-mêmes individuellement peuvent être des porteurs de germes provenant de ces souillures et, par ce fait même, sont nuisibles à la santé publique. L'importance de ces porteurs de germes, a été suffisamment démontrée ces temps derniers pour qu'il ne nous faille pas insister plus longtemps sur leur rôle. C’est aussi au moment du transbordement des récipients de ménage dans la voiture collectrice qu’il se produit le plus de poussières et de projection de matières.
Cet exposé succinct suffit pour nous montrer les inconvénients de cette manière de faire. Au point de vue de la salubrité et de la commodité de la collecte, le but à atteindre est de supprimer autant que possible le dégagement de poussières et la projection de parcelles de matières et sur la chaussée et sur les étalages et dans le voisinage immédiat. Les municipalités françaises et étrangères se sont souvent préoccupées de remédier à cet état de choses et nous allons énumérer maintenant et apprécier les divers systèmes
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proposés pour résoudre cet important problème d'hygiène urbaine.
La Commission d'hygiène constituée pour examiner la question estime, nous dit M. Vincey (Rapport à la Société d'hygiène de Paris du 20 août 1910) « que ce desideratum essentiel serait suffisamment réalisé si les ordures pouvaient être véhiculées dans des récipients hermétiquement clos et sans déversement aucun depuis les ménages jusqu'au lieu ultime de l'évacuation, usines ou dépôts en pleins champs. »
On pourrait réaliser les mêmes conditions en faisant le transbordement à l’aide de voitures munies d’un dispositif spécial, couvercles amovibles ou trappes appropriées.
Nous devons poser en principe, avant de nous livrer à l’étude des différents systèmes, que les caisses des véhicules, de quelque nature qu'ils soient, doivent être disposées de telle sorte que leur nettoyage puisse se faire vite, facilement et très complètement; de plus, que leur déchargement puisse s’effectuer, sinon d’une manière hygiénique parfaite, du moins avec le minimum de dégagement de matières et de poussières.
Si l’on doit faire évacuer ces ordures à grande distance, par un moyen de locomotion quelconque, des caisses amovibles pourraient rendre de sérieux services et réduire à néant les réclamations et les protestations élevées contre un nouveau transbordement, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
Les véhicules chargés d'ordures ménagères ne doivent stationner que le minimum de temps sur les chaussées des villes et encore à des heures où la circulation est le moins intense.
M. Nave, dans son rapport sur la question des ordures ménasères, a bien décrit un procédé idéal d'enlèvement qui supprimerait la collecte sur la voie publique et consisterait en une sorte « d’escamotage » dans les maisons, par des conduits hydrauliques, des ordures au fur et à mesure de leur production. Mais nous avons vu que ce projet était encore à l'état naissant et n'avait pas été appliqué jusqu'ici.
Exposé des principaux systèmes employés. — A Kiel, en Allemagne, on se sert de boites en métal de 0"80 de haut, de 045 de diamètre, que les ouvriers chargés du service de la voirie emportent lorsqu'elles sont remplies et remplacent par des boites similaires vides.
A Berlin, le système Rôhrecke est employé; c'est un procédé analogue à celui de Kiel, mais où les formes des boites diffèrent un peu.
Ces systèmes ont l'avantage de supprimer les inconvénients signalés plus haut au moment du transhbordement, mais le gros défaut est le poids mort considérable que l’on est obligé de véhiculer. Les caisses tiennent de la place et pèsent lourd: de plus, chez certains particuliers, la caisse n’est pas remplie; chez d’autres, au contraire, elle n’est pas suffisante; mais comme, pleine à moitié ou totalement, celte boite métallique est enlevée par les agents du nettoiement, on voit d'ici le désavantage d’emporter une caisse à moitié vide, qui occupe cependant sa place comme cubage pans la voiture.
M. Kern, s'inspirant de ce procédé, proposa à la Commission un nouveau système qui supprimerait en partie l'inconvénient que nous venons de signaler. Il propose des sacs appropriés, ayant 0*45 de diamètre, 0"41 de tour, d’une surface de 1.500 cenlimètres carrés, d'une hauteur de 0"80 et ayant une capacité de 125 litres environ. Le sac, non rigide, présenterait l'avantage de n'occuper que la place de son contenu. Il dit aussi que, la collecte une fois terminée, les véhicules doivent être fermés ou bächés. C'est le système employé par la municipalité anglaise de Westminster.
À Mulhouse, on se sert d'une voiture à tubulure à laquelle on adapte le seau, puis on renverse.
À Trieste et à Marienbad, on emploie un système appelé «Koprophor ». La caisse du véhicule est fermée par un nouveau couvercle ou chapeau que placent les employés du service du nettoiement. Ce chapeau a une ouverture par laquelle on peut vider le récipient; cette ouverture est munie d’un clapet de retenue; le récipient de ménage s'adapte à cette ouverture et
enfonce le clapet, qui revient à sa place et obstrue l'orifice lorsque la pression n'existe plus, c’est-à-dire quand le récipient est retiré : c’est le système de la cuvette de toilette.
À Zurich, c’est une caisse de forme définie, avec un couvercle à glissières; on retourne le récipient à ordures sur ce couvercle sans rien ouvrir; un mouvement d'avant en arrière découvre les deux orifices et permet de vider la boite de ménage ; le mouvement contraire remet tout en place.
À New-York, c’est une voiture métallique à couvercle, d’une contenance d’un mètre cube, qui peut basculer. Cette charrette, vite remplie, ne reste pas longtemps pleine sur la chaussée.
À Paris, on avait expérimenté la « voiture Rivière », en fer. Deux panneaux forment couvercle et sont mobiles autour de charnières portées sur les montants des deux grands côtés de la caisse.
Tout récemment, le 20 novembre 1911, la Ville de Paris a mis en essai un Camion métallique électrique, long de 6 mètres, haut de 1*40, large de 2 mètres, ayant une capacité de 6 mètres cubes et muni de trappes à sa partie supérieure. Il se vide par le fond, au moyen d’un déclanchement très simple qui fait tomber le contenu dans une fosse quand il arrive à l'endroit du déversement. Ce procédé, venant après bien d’autres, résoudra-t-il pour Paris le problème délicat de l’enlèvement des ordures, étant donné le point de vue économique qu’on ne saurait laisser de côté et en considérant qu’il faudrait 250 de ces voitures pour assurer le service hygiénique.
Certaines villes de France, parmi lesquelles Vichy et Vannes, ont essayé des systèmes améliorés.
A Vichy, on emploie des poubelles fermées, dans le genre de celles employées à Kiel; elles ont un couvercle qui ne s’enlève pas, mais glisse entre les montants, comme le couperet d’une guillotine. Les tombereaux sont très bas et fermés d’un couvercle métallique à plusieurs panneaux, chacun de ces panneaux peut glisser. Le chargeur prend la boite pleine et, sans la déboucher, la renverse au-dessus d’nn des panneaux du couvercle de la voiture, un mouvement en avant repousse le panneau et