‹ Emailleurs et émaillerie de LimogesChapitre 10 sur 15 · ET OES ËMAILLEURS OE LIMOGES · texte numérisé non relu

ET OES ËMAILLEURS OE LIMOGES

DU SIÂGLE DE SAINT ÉLOI A €ELUI m FRANÇOIS I«^ ET DE LÉON X.

Il est bien difficile de combler la lacune que laissent nos annales historiques entre les émailleursderépoqne mérovingienne et ceux du temps de la renaissance. Après avoir nommé Âbbon , en supposant que cet argentier-nwnnayeur fût aussi émailleur, ce qui est très probable, puisque Eligius dut avoir un maître en cet art , comme en orfèvrerie et monnayage ; ou plutôt parce que Targentier devait être en même temps émailleur pour confectionner les ouvrages qu'on lui commandait ; après , dis-je , avoir nommé Âbbon , £loi (Eligius)» dont il serait resté quelques rares chefsd'œuvre sur le grand nombre de ceux que Fauteur de sa vie a énumérés , et Theau (Thillo) son élève et

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-.. jwutn uiiijift^â; eu lime CêtI inscription : F. P. dr hfoutmJ me fer'fvunu h-tbM

sur un reliquaire d'argent renfermant des ossements des saints Junien et Âmand, et de la Courroie de J.-C. (Corrigiœ Dnî), article 52, 22« page de l'inr ventaire du trésor de Grandmont de 1666, qui récapitule tous les autres, depuis celui de 1495. Isembertus était abbé de Saint-Martial en 1185 (1).

L'Histoire littéraire delà France, par les Religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, T. XI de l'édition de 1750, au paragraphe 292, page 223, a consacré une mention importante aux émaux de Limages, en indiquant en marge les sources ou elle l'a puisée.

La peinture en émail aurait , suivant cette histoire, été pratiquée presque en même temps que celle sur verre; l'émaillerie limousine était renommée depuis plusieurs siècles , et aurait été connue au moins dès le règne de Louis le Jeune (André Duchesne). On en a la preuve dans une lettre écrite en ce temps-lk a Richard, prieur de Saint- Victor de Paris, demandant pour l'abbaye de Vutgan des td)les ou tablettes émaillées, de opère Lemovicino. On appelait en effet ces œuvres opus et labor de Limogia, opus Lemoticum , Lemoviceiise, Lemovicenum , coffri Len't vicenses , Ventild^rum, etc. On fabriquait en méi . émaillé des châsses et reliquaires de toutes les formv: .

(4) Peut-être le même que Témailleur indiqué en 1 178. Un Jor ' dus était abbé en 974 ; un Josbert, en 4007.

des crosses , agrafes de chapes, vases sacrés , calices et patènes, ciboires, custodes, burettes, suspensions, boîtes aux saintes hosties , ostensoirs , navettes k encens , croix, candélabres , retables , tables , bassins , panonceaux de confréries, couvertures de missels, bénitiers , petites croix plates et médaillons pour les chapelets, canons et tableaux d'autel , Agnus Dei, etc.

Les portraits des saints , et particulièrement ceux du pays , patrons des pères de famille de Limoges , furent peints en émail par nos artistes ; ceux de saint Martial , saint Léonard , saint Eloi , saint Geraud , des saintes Valérie et Flavie, et les tableaux repré^ sentant des sujets religieux , se rencontrent le plus fréquemment.

Les émailleurs, en se multipliant, furent contraints à appliquer leur industrie aux meubles plus profanes. Des cassettes k toilette, aiguières, plats, assiettes , gobelets , écuelles, coupes avec pied et couvercle, salières, bouquetiers, cuillers, drageoirs, tabatières , râpes k muscade , écritoires, tasses , soucoupes, sucriers , bourses, boucles, épingles, cadres, trictrac, et jusqu'à des manches de couteau en émail sortirent de leurs ateliers. Sur la fin du xvi® siècle , tout le monde voulut avoir des enseignes {insignia) de Limoges, agrafes ou boutons pour orner les coiffures. Ils peignirent , mais plus rarement , des scènes

b st triques et mythologiques qui sont plus recherchées dùs amateurs, surtout les chasses et les images des empereurs romains et ^es femmes célèbres. Ce serait un ) étude intéressante que de relever les inscriptions [)€'ntes sur les émaux en langue latine, patoise ou fr mçaise ; j'ai lu sur de prétendus portraits de Vénus, d* Hélène et du dieu Mars , ces mots en lettres d*or et e 1 naïf langage limousin : Damo Vénus, lo bello Hél }no, lou dy Mars, etc.

Un cadre entouré de jolies arabesques contient sur un fond noir une oraison latine contre le tonnerre en belles lettres majuscules dorées. Le Musée de Limoges possède trois émaux de forme irrégulière où sont écrites des prières de la messe , et qu'on plaçait sur les autels; les moines et les religieuses les encadraient dans des cartons recouverte de broderies de soie et de fils d'or et d'argent. La forme et la dimension des émaux est variée k l'infini : il y en a de carrés, d'oblongs, de ronds, d'octogones, en cœur, en écusson, ovales, carrés sur trois côtés , arrondis par le haut; de petites bandes détachées pour faire des encadrements sont longues, étroites, triangulaires, et presque toujours bombées, comme la plupart des émaux des derniers temps.

Avant la fin du xii® siècle, la réputation de nos émaux pénétra en Angleterre et jusqu'aux extrémités de l'Italie , oii ils étaient estimés comme choses

précieuses. (Ferdinandi Ughelli, IkUia sacra.)

M. Albert Way, de Londres, assigne cette môme époque k la confection d'un coffret de cuivre émaillé en Limousin , dont le sujet principal est le martyre de saint Thomas de Gantorbéry. Ce savant directeur de la Société des Antiquaires anglais croit voir dans des caractères grecs grossièrenient gravés sur la planche de cuivre postérieure du bahut, une preuve de l'origine orientale des émaux; moi, j'ai cru y lire ces mots : Arche di sacrificio, qui ressemblent k s'y tromper a la langue italienne.

Ce coffret appartient k la Société des Antiquaires de Londres.

VAnglicanum monasticum,!, III, page 310, fait mention de deux candélabres de cuivre ouvragés k Limoges , Duo candelabra cuprea de opère Lemovicensi. Ailleurs, page 331 , d'une croix : Una erux de opère Limoceno. — Duo pelves (deux bassins) opère Lemovicense, etc.

H. Du Sommérard n'hésite pas k faire honneur aux artistes de Limoges de la fabrication des plaques émaillées de saint Etienne de Muret, qu'il date du commencement du xii^^ siècle , de celles des Vierges sages et folles, et d'une couverture d'évangéliaire de cette époque; d'une Flagellation, cuivre repoussé et incrusté, de crosses, de Christs crucifiés (au jupon), de châsses et coffrets k couvercle en forme de toiture,

— sodé Vierges, de sujets tirés de la Bible avec légendes , de chandeliers , navettes , custodes, pieds de reliquaires^ douilles de croix, dyptiques et coupes, tous émaux incrustés des xn«, xiii* et îiv« siècles, réunis au palais des Thermes et k l'hôtel de Cluny.

M. Jules La Barte, dans la description du cabinet de M. deBruges-Duménil , cite comme œuvres limousines un fermail en quatre feuilles (scènes de la vie de saint Jean Tévangéliste), et vers léonins d'un poète limousin contre Domitien en expliquant les sujets :

Impius ad pœnas frustra 4»t mortis habenas Te vis divioa reyocet de morte Drusioa Que videt hoc clarum plus noncontristatamarum Gare veni, quare? cum discipuUs epulare.

de la fin du xii® siècle ; une crosse ornée de salamandres et de lézards , le reliquaire de saint Biaise et de saint Laurent , provenant de Grandmont , et autres émaux incrustés^^ champkvés ou cloisonnés.

Un acte de donation faite, en 1197 , k l'église de Sainte-Marguerite de Yeglia, dans la terre de Labour, au royaume de Naples, fait mention de deux tables d'airain ornées d'or (superaurata) émaillé de la façon de Limoges {de labore Limogiœ). Une table de cuivre émaillé, k la cathédrale du Mans, offrait le portrait en pied du comte GeoffroileBel (Plantagenet) en costume

du temps , de 66 centimètres de haut sur 55 de large, au-dessous duquel on lisait ces deux vers :

Ense tuo princeps , praedonum turba fugatur * Eoclesiisqae quies pace Yigente datur.

Ce duc de Normandie, comte du Maine, d'Anjou et de Touraine , étant mort en 1150, son fils Henri qui lui succéda , et mourut k son tour en 1189 , dut lui faire consacrer cette plaque de son vivant , c'est-kdire avant la fin du xii« siècle. Il semble même que la comtesse Mathilde , veuve de Geoffroi le Bel , ait eu aussi une tombe ornée dans le même genre , puisqu'on cite ces deux vers de son épitaphe :

Orta magna > viro major, sed maxima proie , Hic jaœt Henrici fllia , sponsa , pàrens.

Le moine Bernard hier, conservateur du trésor de Saint-Martial {Armarius)^ bibliothécaire, a laissé, k l'an 1208 de sa chronique, une note fort intéressante sur le coût des émaux de Limoges au commencement du XIII* siècle. On y lit : Duo candelabra d'estmms (sic) empta sunt IV libris.

Pierre de Nemours, évêque de Paris, donna, en 1218, k Féglise de La Chapelle-en-Brie, des bahuts de Limoges. Une charte de 1231, citée parCatel, Hist,

du Languedoc, page 901 , indique deux bassins (fe opère Lemovitico.

Un article du synode tenu en 1240 fait mention de deux ciboires de Limoges : Duœ pyœides de opère Lemoviceno, in quâ hostiœ conservaniur. *

M. Alexandre Lenoir indique , aux n""' 21 et 22 de sa notice Musée des monuments français, imprimée en Fan yui de la république , les tombes plaquées en cuivre émaillé des fils de saint Louis, Jean et deux du nom de Louis ; Jean, mort en* 1247 ; Louis , mort âgé d'un an, en 1236; et autre Louis, mort en 1260. Le saint roi fit aussi revêtir d'ornements émaillés le tombeau de sa fille, nommée Blanche, qui mourut jeune. Les premières tombes provenaient de l'abbaye de Royaumont , ou les jeunes princes avaient été enterrés.

On s'accorde généralement k placer au milieu de ce xiii<^ siècle la fabrication du beau ciboire avec couvercle en cuivre doré, ciselé, émaillé et enrichi de pierres fines de G. illpaïs. Le nom de cet émailleur a fait nattre plusieurs doutes sur son origine limousine ; ceux qui ont voulu le faire venir de Coustantinople auraient dû lui ôter le prénom de Claudius qui n'est point grec ; on a reconnu que l'initiale de ce prénom est un G, qui pourrait signifier Georgius; Chiido, Goffredus, Gulpherius, Guillelmus et Galterius s'écrivaient par un W. Quant k la prononciation de

son noiâ d'Âlpaîs, dont M. Alfred Darcel voudrait supprimer la forme latine , en disant Âlpais (Alpes). Je crois que l'inscription f MAGITER. G. ALPAIS. ME. FECIT. LEMOVICARVM. tranche la question ; elle est en langue latine, oii l'on fait sentir toutes les lettres; Adelhdis, dont on a fait AdéMde, est un nom contemporain analogue.

Un tombeau pour le roi de Navarre (1), fait en lâ67, dut être payé k Jean Ghatelat, bourgeois de Limoges, d'après la lettre qu'écrivit cette année, le jour de l'octave de saint Luc , Guy , prieur de Grandmont, kson fils Thibaut II, k cette intention, et l'engager k traiter avec lui pour faire porter ce mausolée • oii il le jugerait convenable. (Dom Martenne.) Thibaut venait de se croiser.

M. Albert Way , directeur de la Société des Antiquaires de Londres , en m' entretenant , dans sa lettre du 30 mai 1843 , de la tombe de Gauthier de Merton , évéque de Rochester, indiquait aussi une statue tombale d'un membre de la famille royale d'Angleterre fiaite par le même émailleur limousin , auteur de celle de G. Merton , vers le dernier tiers du xiii® siècle.

M, A. Way a publié h Londres et en France les détails des comptes rendus aux parents de Tévêque de

(1) Thibaut dit le Posthume, comte de Champagne, et père de Blanche, duchesse de Bretagne. •

Rochester par ses exécuteurs testamentaires. Voici un extrait de ce document traduit du latin : c Us compï tent (les exécuteurs) 40 liv. st. 6 d. délivrés k » maître Jean de Limoges pour la tombe dudit évêque » de Rochester; savoir : pour construction et charroi

> de Limoges ii Rochester, et 40 st. 8 d. k un cer-

> tain homme de confiance de Limoges chargé d*ar- 1 rêler le plan et de surveiller Texécution de ladite 9 tombe , et 10 st. 8 d. k un certain garçon allant k

> Limoges pour ïy ch^cher après qu'elle fut confec-

> tionnée, et la conduire, ainsi que maître Jean»

> jusqu'k Rochester» > (Mss. de la Bibliothèque , d^Oxford.)

Dans une seconde lettre du 5 juin même année , il fait mention d*une belle statue dont est décorée la tombe d'un chevalier de la famille des Arden, c sur » laquelle, pour rehausser l'effet des couleurs brillantes

> qui recouvraient anciennementtoutle travail, on avait

> même employé le verre d'une nuance bleue éclatante,

> et posé sur des feuilles d'argent, pour imiter lesomet ments émaillés de la ceinture et du casque. >

On voit encore k Tabbaye de Westminster la tombe émaillée de Guillaume de Valence (1), mort en lâ96, et exécutée probablement par le même Jean de Limoges.

(l) Comte de PcQibrockc.

J'ai quelques raisous de croire que le noin de famille de ce Jean était Bartholus; son fils , du même nom et prénom , aurait été en Sicile décorer ta châsse de sainte Agathe de Catane, dans le siècle suivant. Les vers latins qui constatent ce fait parlent avec un grand éloge de rhabileté du fils et de la célébrité du père , alors défunt. Je donnerai plus loin ces vers , k Fépoque qu'ils précisent eux-mêmes.

Blanche de Navarre, duchesse de Bretagne» épouse de Jean le Roux, et grand' mère d'Ârtur, vicomte de Limoges , morte le 3 août 1283 , fut inhumée k l'abbaye de la Joie {Gaudii), fondée par elle près d'Hennebon , au diocèse de Vannes. M. de Wismes a trouvé dans les archives du château de Nantes une quittance de 450 liv. de Guillaume le Borgne, pour le tombeau en cuivre émaillé de ladite duchesse, exécuté k Limo* ges par l'ordre du duc de Bretagne Jean I«'. Quoique la. quittance soit datée de 1506, cet œuvre d'émaillerie peut appartenir encore k la fin du xiii« siècle , époque oii il a dû être commandé.

Artur de Bretagne était vicomte de Limoges dès 1275, par son mariage avec la fille unique du vicomte Guy IV. Il perdit , vers 1300 , sa fille Blanche , morte très jeune. Serait-ce k cette princesse qu'on aurait fait faire une tombe émaillée ?

M. de Wismes n'est pas bien sûr que ce soit Blanche de Navarre. Artur, étant devenu duc de Bretagne

en 1305, laissa la vicomte de Limoges k son fils Jean, frère de la jeune Blanche , et ce Jean III, dit le Bon , a bien pu rendre cet honneur à la mémoire de sa sœur; les dates ne s'opposent point k cette hypothèse.

Jehan Bartholm avait-il un frère dont le prénom commençait par un P ? Si on trouve plus tard quelque document qui rétablisse, cela pourra édaircir les doutes que laissent les initiales /. et P. Lemovid frères, des artistes qui ornèrent, en 1313, de sculptures et de bas-reliefs en émail le magnifique mausolée du cardinal de La Ghapelle-Taillefer. On ignore également encore le nom des émailleurs qui décorèrent celui du cardinal Hugues Roger, et ce tombeau ne le cédait point en splendeur k l'autre.

Philippe le Long commanda, en 1317 , k nos plus habiles ouvriers en émail des chefs-d'œuvre de prix « destinés en présent au roi d'Arménie. On lit dans un vieux titre delà Chambre des Comptes de Paris ce passage : € Item, l'an 1317, en H« jour de juillet,

> envoya M. Hugues d'Augeron au roi , par Guiart de

> Pontoise, un chanfrain doré, k testes de liopars, de

> l'œuvre de Limoges , k deux crestes, du commande-

> ment le roy, pour enuoïer au roi d'Arménie. > Ainsi les produits de l'émaillerie limousine allèrent en Asie, non loin de Constantinople , rivaliser avec ceux des ouvriers byzantins.

Dans un ouvrage consacré k la description de Catane

(Sicile), par le duc de Carcari , que notre concitoyen ; M. Drapeyron , ancien fabricant de porcelaine k Barcelone , a eu l'obligeance de me communiquer, j'ai lu les vers suivants inscrits sur le reliquaire émaillé de sainte Agathe k Catane :

Martialis fuerat quo tempore praesul in urbc Gataniae, cui pastor successit Helias, Ambos Lemovicum clare produxerat ardor.

Ârtificis manus hsc fabricavit arte Joannis Bartbolus et genitor celebris , cui patria levé. Mille ter et centum post partum Virginis almse , Et decies septem sexto que fluentibus annis (t).

Dans ce mauvais latin , altéré peut-être par le copiste, on voit la date de l'an 1376 exprimée par les deux derniers vers ; les deux évêques Martial etHélie, qui furent pris d'admiration pour les ouvrages de Limoges , et le dernier fit fabriquer cette châsse par la main de Jean Bartholus , dont le père célèbre aussi était mort 5 et , k qui il souhaite que la terre de sa patrie soit légère.

D'après cette inscription , en supposant une carrière

(1) « Au temps où Martial avait été évèque dans la ville de Cataiie, w lequel eut pour successeur le prélat Hélie, l'un et l'autre s'éprirent » d'une vive afifectioif pour les Limousins. Cette châsse fut faite par » la main et l'art de l'ouvrier Jean, avec son célèbre père Bartholus , » k qui la terre de la patrie soit légère, treize cent soixante-seize > ans après l'enfantement de l'auguste Marie. «

de soixante-dix k soixante-quinze ans au père^ et au fils Jean Bartholus, ils n'est pas impossible qu'ils aient pu fleurir, l'un dès 1276 , et l'autre encore en 1576; l'un a pu aller en Angleterre, et l'autre en Sicile.

Le pape limousin (Pierre Rogier ou mieux Rosier de Maulmont) , qui occupa la chaire de saint Pierre de 1370 k 1578 , fit don k l'église de Saint-Martial d'une châsse d'argent doré en forme de buste qui pesait sept cents marcs , pour renfermer deux coupes d'or dans lesquelles était placé le chef de l'apôtre d'Aquitaine. La bullededonation, datée de la dernière année de son pontificat, s'exprime ainsi : t ...Pro reverentiâ quoqiie et exultatione nominis ejusdem beati Martialis, quamdam imuginem argenteam, deauratam et emaillatam , ac multis margaritis et pretiosis lapidibus adomatam, septingentas marcas argenti et amplius ponderantem , quam in honorem et sub vocabulo , a^ pro conservatione capitis ejusdem sancti , in perpetuum donatione purâ et irrevocabili, qu(Z dicitur inter vivos auctoritate apostolicâ concedimus et donamus. >

Le mot emaillatam, séparé à* adomatam m^rgaritis, ne peut se prendre ici au style figuré qui permet de dire émaillé de diamants, ém^illéie fleurs, exprès-^ sions modernes; c'était bien une châsse émaillée; elle aurait é é, disent les chroniques, envoyée d'Avignon ,

avec le reliquaire d*or de forme sphérique ; d'un autre côté » l'iûscription en langue limousine témoigne que le dernier fut fabriqué par B. Yidal , argentier de Limoges, f P.PA GREGORI. XL DONET. AQVES- TAS. GOPPAS. LAN. MCCCLXXX. B. VIDAL.

ME. ¥cy. L'écusson k bande chargée de six roses rangées en orle, armes des Bosier, était gravé sur ces coupes d*or. Il est k croire que ce pape, qui montra toujours la plus grande affection pour son pays et ses compatriotes , fit veDir k sa résidence d'Avignon Barthélémy Yidal y pour lui donner ses instructions sur le plan de cette magnifique châsse , et le métal néces* saire. Il semble même que le reliquaire d'or n'ait été fini qu'après sa mort , puisque l'inscription patoise est datée de 1580. Grégoii'e, qui attira a sa cour des troubadours limousins , put bien y attirer des argentiers et des émailleurs ; au reste l'envoi d'Avignon peut être contesté, puisque le pape était k Rome depuis le 17 janvier 1577. Comme il fallut un certain temps pour confectionner un si grand ouvrage, le modèle une fois arrêté, et les sept cents marcs d'argent remis k l'artiste , la donation a pu être rédigée , comme si elle partait du séjour du pape. Dans un acte latin de 1562, cet argentier Vidal porte le nom de Vitalis.

On trouve dans un inventaire de l'argenterie du dernier dauphin de Viennois Humbert II, fiait après sa mort, arrivée en 1555, qu'il y est question de quelques vases de Limoges.

Le retable de l'autel de l'église collégiale de Saint- Martial était orné de plaques de cuivre émaillé relevé en bosses , dont on ignore l'auteur, mais|;qui remontaient, d'après leur travail, k une haute antiquité.

La prise et la ruine de Limoges par le Prince Noir Edouard de Galles, en 1570, dut porter une perturbation dans les travaux de cette boutique de diligence, prison d'oisiveté, officina diligentiœ, desidiœ ergastulum, comme rappelle le Gallia Christiana; c'est ce qui peut nous expliquer le silence des écrivains sur nos émaux jusqu'à la renaissance.

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