‹ Emailleurs et émaillerie de LimogesChapitre 8 sur 15 · DESCRIPTION DE CE QUI EN RESTE A LIMOGES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE CE QUI EN RESTE A LIMOGES

Le reliquaire de l'église de la Mission, k l'hospiqe de Limoges, est autant une œuvre de ciselu re que d'émaillerie. II est de la forme d'un porte-montre, de 32 centimètres de haut sur 18 de large. Les reliques sont enfermées dans un globe de cristal entouré de cuivre doré et ciselé, soutenu par deux colonnettes émaillées en couleurs bleue et rouge ; deux statuettes du même

(l) M. de Théts e» avait une à peu près semblable où saint Michel terrassait Satan.

, métal , de la sainte Vierge et de saint Jean révangéliste, servent de chapiteaux a ces petites colonnes : le piédestal qui supporte le globe est plat, large et carré , semé de roses h six feuilles gravées au trait dans le métal. (Ce sont les armes de la famille Rosier ou Roger de Maulmont , qui a donné deux papes et plusieurs cardinaux k l'Eglise romaine.) Aux quatre coins, quatre salamandres s'étendent de la tige du support aux angles extrênies de son pied. Quatre petits médaillons en émail rouge et bleu alternent avec les salamandres ; ce sont des têtes d'empereurs ou de rois encadrées par des lozanges. Les salamandres de son ornementation ont pu faire penser que ce reliquaire était l'ouvrage de Léonard Limousin, protégé de François !«', dont la salamandre était l'emblème ; mais il est évidemment, par sa fabrication , antérieur a cet émailleur.

C'est là tout ce qui reste aux églises de Limoges des richesses artistiques dont ses habiles ouvriers avaient dû les orner , puisque le bahut de saint Aurélien a passé de la chapelle des bouchers dans la collection de M. Germeau, notre ancien préfet. Ce reliquaire ou coffret a vingt centimètres de hauteur comme de largeur; son toit k deux pentes est couronné par une petite galerie percée d'ouvertures ressemblant k des trous de serrure. Les intervalles sont ornés de trèfles ciselés dans le cuivre. Sur le devant, deux saints

évéques donnent la bénédiction de leur main droite ; tous les deux sont mitres; l'un tient sa crosse sur Fépaule, l'autre la présente de la main gauche. Sous révéque de droite on lit : S. SESATORIS , pour Cessatoris; squs l'autre : S. MARTIN, en caractères dit gothiques. Dans le fond bleu de Témail , des fleurs k calices rouges , verts» jaunes et blancs forment de gracieuses arabesques. Ce petit tableau est encadré par une légère bordure dorée et ciselée.

Saint Cessateur,21d^ évéquedeLimoges» mourut vers 742, le 18 novembre; il fut inhumé dans l'église de son nom, oii les pénitents rouges établirent leur chapelle. Son corps fut porté ensuite kMalemort, dans l'église de Saint-<}uentin ouXantin, en Bas-Limousin, tout près de Brives. M. Goudin, curé de Saint-Aurélien de Limoges, eu rapporta dans sa paroisse, il y a environ^deux cents ans, un os entier. Saint Martin, peut-être abbé, souffiritle martyre k Brives; Rorice, évëque de Limoges, lui consacra un temple, k qui Yalentinien, empereur romain , donna un calice d'argent d'un poids et d'un travail remarquables, en action de grâces d'une victoire obtenue par l'intercession de ce saint Martin.

Ce reliquaire a pu être fait pour une église de Brives par quelque émailleur limousin, pour y renfermer les ossements des deux saints vénérés plus particulièrement dans cette ville.

Les faces latérales représentent, dans une niche ornce

d*uD fleuron , saint Pierre tenant ses clefs k la main; c'est de ce côté que sont les deux ouvertures de la serrure du bahut; et sainte Catherine , la tête ceinte d'une couronne h trois pointes. Au-dessous on lit : S.C.A. KATERINA. Des fleurons h tiges élégamment découpées et ciselées en or sur un fond d'azur serpentent autour des deux saints ; les calices de ces fleurs sont seuls émaillés des mêmes couleurs que la face antérieure.

Le panneau de derrière forme un tableau composé de quatre personnageis : à gauche est assis un roi couronné comme la sainte Catherine, tenant une épée, et ordonnant le supplice d'un saint; saint Sébastien est attaché k un poteau placé k l'extrémité de droite; au centre, un homme debout et un autre agenouillé décochent des flèches contre son corps. Dans le haut de cette peinture, une main parait , descendant du ciel , lui remettre la palme du martyre. Le champ du tableau est orné , comme toutes les autres faees , d'enroulements et de guirlandes de fleurs d'émail incrusté ; une bordure dorée encadre le tout. La forme des lettres indique une œuvre du xiii* siècle. J'explique les noms des saints inscrits sur cette petite chasse par les reliques qui y étaient conservées.

Je termine cette description des produits émaillés de la période du moyen-âge par celle du coffret incrusté et ciselé du Musée de Limoges , qui mérite

cette meDlioD particulière par son travail si remarquable et sa conservation si parfaite , qu'on le croirait sorti ^ peine des mains de l'ouvrier. Je Tacquisdu sieur Bardonnaud, marchand balancier, qui s'en servait comme d'une cassette pour sa monnaie, et je cédai plus tard cet excellent marché k notre Société d'agriculture, laquelle l'a donné k la Société archéologique.

Ce coffret ou bahut, qui doit être une des dernières oeuvres du système d'incrustation, tant il y a déjk plus de régularité et de goût dans le dessin ciselé , est large de âO centimètres et haut de 10 , jusqu'à la naissance du couvercle formé par quatre plans inclinés et angulaires , k la réunjou desquels est un anneau oh l'on peut passer le pouce ; de ce point le plus âevé, le reliquaire présente 14 centimètres de hauteur; il en a 13 de largeur sur chacun de ses côtés ; une plaque de cuivre le ferme exactement » même lorsque le couvercle est levé ; elle est recouverte d'une épaisse dorure, ainsi que l'intérieur et l'extérieur du coffret , ce qui lui donne un poids hors de proportion avec son volume , quinze hectogrammes (trois livres marc).

Le couvercle est retenu par deux charnières terminées en fleurs de lis très aiguës ; quatre petits pieds arriondis, d'un centimètre de haut, sont les supports de ce reliquaire. Le fond de toutes ses faces est incrusté d'émail bleu et d'azur foncé, parsemé de fleurs k tige

serpentante dont le calice d'un blanc azuré ressemble à celui des lis.

Quatre anges dorés, agenouillés. sur des nuages d'un émail bleu, jaune et vert, ornent les pans inclina du couvercle ; Fange de devant, placé au-dessus de la serrure , a deux anges plus petits k sa droite et k sa gauche.

Sur la face antérieure du coffret est ciselé en relief plat le Christ couronné ; sa barbe et ses cheveux sont longs ; sa tête est entourée d'une auréole jaune coupée par une croix rouge; il est assis sur un coussin placé au-dessus d'un arc-en-ciel dans le centre d'un ovale; deux autres ovales de même grandeur sont séparés de celui-ci par des rosaces d'or ; un livre dans sa main gauche, la droite élevée et les doigts plies pour bénir» tout rend bien les symboles du Christ éyaogélisant; sa tunique est brodée sur la poitrine; ses pieds repo^ sent sur un marchepied d'émail bleu clair. L'ovale de droite nous offre l'image de la sainte Vierge assise sur un siège orné d'un coussin ; une auréole jaune ceint sa tète; elle tient un sceptre d'or terminé par une fleur de lis très pointue; une de ses mains s'avance dans l'attitude de la prière.

Saint Pierre, avec ses attributs , occupe l'ovale de gauche ; il est assis comme le Christ, et sept autres apôtres jeunes et vieux, sur des arcs ornés de coussins ; les pieds nus sont placés sur des marchepieds. Ces

saints n'ont d'antre attribul qu'un livre; its sont ciselés dans des ovales sur chacune des trois autres faces, deux sur les petites et trois sur la grande.

Une bande d'un bleu verdàtre, senaée de clous d'or et entrecoupée de rosaces , fait le tour du coffiret , k la hauteur des sièges de chaque personnage ; vingt-huit petits anges k ailes d'or remplissent les angles fermés par les dix ovales; leurs têtes seules sont saillantes; ils reposent sur des nuages blancs et bleus, jaunes et TCfts. Le fond bleu des ovales est chargé d'ornements ronds , étoiles ou rosaces d'émail de ces mêmes couleurs.

Les quatorze grandes têtes et les trente petites sont en demi-relief, et rapportées avec tant d'art que le doigt ne peut sentir ni l'œil reconnaître les marques de la soudure ; une épaisse dorure recouvre d'ailleurs en dedans toutes les traces de cette opération.

Les corps , les plis et les broderies des vêtements sont gravés sur le cuivre avec une coriPectk>n de des>* siii qui annonce l'époque de la plus grande perfection des procédés d'émaillerie par incrustatiou. Il estdifB'' cile d'assigner des dates aux émaux incrustés ; on ne peut les classer que d'après les progrès de leur fabri' cation, on par les rares inscriptions qu'on y rencontre. Ainsi, par exemple, lesémaux sur lesquels sontpeinls^ en couleurs d'un ton criard, jaunes, bleues et rouges, des sujets bibliques^ et ceux oii l'on remarque des lettres-

placées verticalement , de même qoe sur les monnaies vénitiennes, doivent être regardés comme plus anciens que ceux dont les lettres sont régulières et les nuances plus savamment assorties. Mon petit médaillon rongé de vert-de-gris, sur le fond doré duquel est incrusté l'agneau de saint Jean , moucheté de blanc et de bleu , avec une auréole rouge et verte, un bâton de croix rouge et une petite bannière verte semée de trois points rouges, dont le dessin est si mauvais qu'on a de la peine k distinguer si c'est un agneau ou un cheval; ce petit médaillon, dis-je, porte cette inscrip^ tion:f AGNS.DELQVLTOLLIT.P. Ces caractères, évidemment du xii® siècle , font renaonter sa fabrication au moins k sa première moitié. Le prenant pour terme de comparaison avec le saint Pierre ciselé sur un médaillon ogival du cabinet de M. Muret de Pagnac, cedessin bien plus correct, et les couleurs agréablement assorties des inscrustations d'émail de ce dernier, établissent plus d'un siècle d'intervalle entre ces deux ouvrages. 11 est vrai qu'il yak faire la part du plus ou moins d'habileté des deux artistes qui les oui faits.

COUP-DŒIL RÉTROSPECTIF

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