A ALFRED ROUSSEAU
Tout à l'heure, par la prairie, Du côté du bois de Bettant, Apparaîtra, toute fleurie, Celle que mon cœur aime tant.
Elle apparaîtra, plus charmante Que le matin à son réveil, Et dans un des plis de sa mante Elle apportera le soleil.
■i'j TOUT A l'h EURE.
S'il voyait ses yeux d'émeraiide, L'empereur serait son galant.
Moi, je suis l'abeille qui rôde, Craintive, autour du rosier blanc.
Elle marche comme une reine Au milieu d'un peuple empressé ; Moi, je suis l'humble marjolaine Qui fleurit quand elle a passé.
Sa bouche a le goût de la fraise, La bonne odeur de l'aubépin ; Moi, je brûle comme la braise Dans le four à cuire le pain.
Et mon cœur, si longtemps rebelle, Mon cœur chante comme un oiseau, A. voir au loin ma toute belle Qui se regarde et rit dans l'eau.
TOUT A l'heure. 47
0 verts ])uissons, profondes haies Où raniour aime à se cacher, Marronniers, chênes et saulaies.
Vous qui la sentez s'approcher,
Forêts dont l'ombre me dérobe Méchamment l'enfant du bon Dieu, Pour que j'aperçoive sa robe, De grâce, écartez-vous un peu !
La voici, ma petite Annette, La rose du pays Bressan.
Le merle et la bergeronnette Lui font la conduite en dansant.
La voici, fraîche, gaie, alerte Ainsi que le furet des bois.
A ses pieds la mousse est plus verte.
Le buisson fleurit à sa voix.
48 TOUT A î/heurk.
Douce extase, heure fortunée,
Joie ineffable du printemps!
Tout le 1)1 ou de la matinée
Est dans mon cœur quand je l'entends.