‹ Émaux BressansChapitre 11 sur 61 · A ALFRED ROUSSEAU · texte numérisé non relu

A ALFRED ROUSSEAU

Tout à l'heure, par la prairie, Du côté du bois de Bettant, Apparaîtra, toute fleurie, Celle que mon cœur aime tant.

Elle apparaîtra, plus charmante Que le matin à son réveil, Et dans un des plis de sa mante Elle apportera le soleil.

■i'j TOUT A l'h EURE.

S'il voyait ses yeux d'émeraiide, L'empereur serait son galant.

Moi, je suis l'abeille qui rôde, Craintive, autour du rosier blanc.

Elle marche comme une reine Au milieu d'un peuple empressé ; Moi, je suis l'humble marjolaine Qui fleurit quand elle a passé.

Sa bouche a le goût de la fraise, La bonne odeur de l'aubépin ; Moi, je brûle comme la braise Dans le four à cuire le pain.

Et mon cœur, si longtemps rebelle, Mon cœur chante comme un oiseau, A. voir au loin ma toute belle Qui se regarde et rit dans l'eau.

TOUT A l'heure. 47

0 verts ])uissons, profondes haies Où raniour aime à se cacher, Marronniers, chênes et saulaies.

Vous qui la sentez s'approcher,

Forêts dont l'ombre me dérobe Méchamment l'enfant du bon Dieu, Pour que j'aperçoive sa robe, De grâce, écartez-vous un peu !

La voici, ma petite Annette, La rose du pays Bressan.

Le merle et la bergeronnette Lui font la conduite en dansant.

La voici, fraîche, gaie, alerte Ainsi que le furet des bois.

A ses pieds la mousse est plus verte.

Le buisson fleurit à sa voix.

48 TOUT A î/heurk.

Douce extase, heure fortunée,

Joie ineffable du printemps!

Tout le 1)1 ou de la matinée

Est dans mon cœur quand je l'entends.

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