‹ Émaux BressansChapitre 55 sur 61 · I. \ . UA.ISOS DES aEGBETS · texte numérisé non relu

I. \ . UA.ISOS DES aEGBETS

CV>i 1111 ijui iii'accom pagne.

(Juand jo \ai$ au jardin ; Sur la verte montagne Il resplendit soudain.

\jà nuit, il me réveille.

Sa blessure au cAté,

Pour mo dire à l'oreille :

«« Vois comme on m'a traité. »

Et j«» souffre de m^me Kt nous nous ressemblons.

J'«i perdu ce quo j'aime ; Adieu, rhers violons!

t< inps de vous taire, is-je encor danser?

la fleur est à terre, Il 1 i \ ul ramasser?

Les moutons sont en plaine, L'été vient à grands pas.

La pauvre marjolaine Ne refleurira pas.

Mais si mon cœur ne change, Comment me repentir?

Le loup est dans la grange Et n'en veut pas sortir.

Si je ne me marie, Il faudra m'enfermer.

Hélas ! vierge Marie, Empêchez-moi d'aimer !

PAUVRE LISE

A LEON UALADE

Avant-hier, la pauvre Lise, Sans crier gare, a trépassé.

Elle est au milieu de l'église.

Sur un tréteau qu'on a dressé.

Elle est en face de la Vierge, Elle qui pécha tant de fois.

PAUviti': LISE. 251

A ses pieds fume un petit cierge Dans un long chandelier de bois.

Les gens qui sortent de confesse Ont grand'hdte de s'en aller,

Et le curé bâcle sa messe, Son déjeuner pourrait brûler.

Aux malheureux courte prière, Ça ne rapporte quasi rien.

Pas une âme autour de la bière ; On dirait qu'on enterre un chien.

Seul, à genoux près de la porte, Je regarde et je n'ose entrer.

Je pense aux cheveux de la morte Que le soleil venait dorer,

PAUVRE LISE

A ses yeux bleus de violette, Si doux alors que je l'aimais,

A sa bouche aujourd'hui muette Et qui ne rira plus jamais.

Toute ma vie est en déroute.

A chaque coup du glas des morts,

Comme un peuplier sur la route Mon âme tremble dans mon corps.

Ah ! pauvre belle, au temps des fèves, Comme tu m'embrassais pourtant 1

Quelle misère! Où sont les rêves Qui nous rendaient le cœur content?

Toi qu'on disait la plus frisquette Des filles de Château-Gaillard,

PAUVKE LISE.

Ta dernière chemise est faite De quatre planches de fayard.

Adieu, branle-bas et bombances, Adieu la fleur de nos chansons !

Tu n'iras plus, aux folles danses.

Marcher sur le pied des garçons !

Ton bras, plus ferme que l'ivoire, Gomme un chardon s'est desséché.

Ta gorge ronde est aussi noire Que l'image de ton péché ;

Tes lèvres, fleurant comme roses, Où l'amour menait si grand bruit,

Tes lèvres sont à jamais closes,

Tes yeux moqueurs sont dans la nuit.

PAUVRE LISE

Ta jeunesse s'est consumée

Gomme un feu de pâtre en plein bois,

Tu t'en vas comme la fumée Qui s'éparpille autour des toits.

Dis-moi, pauvre àme abandonnée, As-tu déjà vu le bon Dieu?

Au puits d'enfer es-tu damnée?

As-tu mis la robe de feu?

As-tu mis le camail de soufre Et la mitre de plomb fumant?

Parle, parle. Est-ce vrai qu'on souffre Mille morts éternellement?

S'il ne te faut qu'une neu vaine Pour sortir du mauvais chemin.

PAUVRK LISE. 2of)

Pour vêtir la cape de laine, Je n'attendrai pas à demain.

Traversant forêts et rivières,

Les pieds saignants, le cœur navré,

A Notre-Dame de Fourvières, Pénitent noir, je m'en irai.

Bienheureux le pauvre qui touche Les grains d'or de son chapelet !

Elle peut d'un mot de sa bouche Nous rendre blancs comme le lait,

Elle peut d'un signe de tête Effacer notre iniquité.

Je lui donnerai pour sa fête Manteau d'hiver, manteau d'été;

Page 1