‹ Emaux bressansChapitre 4 sur 59 · LES YEUX DE NANON · texte numérisé non relu

LES YEUX DE NANON

A André Lemoyne.

Dès que le marguillier a sonné la prière, Assis au cabaret de Claude Juvanon, J'aime à chanter gaiment les veux de ma Nanon, En buvant la rincette avec mon ami Pierre.

Les yeux de ma Nanon sont bleus comme le ciel, Bleus comme le manteau de la Vierge Marie. Ils ont plus de tendresse et de folâtrerie Que deux jeunes époux dans leur lune de miel.

Ils flambent au matin comme une gavolée, Par un beau jour d'hiver couronné de grésil : Ils sont plus innocents que le soleil d'avril. Ils sont plus amoureux que la nuit étoilée!

S'ils n'étaient pas si bons, ils auraient tant d'esprit! La plus folle brindille, en passant, les enchante. Ils voient dans le buisson un oiselet qui chante Et dans le vaste monde un maître qui sourit.

Page 1