A LA BRESSE
O mon petit pays de Bresse si modeste.
Je t'aime d'un cœur franc ; j'aime ce qui te reste
De l'esprit des dieux et des mœurs d'autrefois ;
J'aime les sons traînants de ton langage antique.
Et ton courage simple, et cette âme rustique
Qu'on sent frémir encore au fond de tes grands bois.
J'aime tes hommes forts et doux, tes belles filles. Tes dimanches en fête avec leurs jeux de quilles Et leurs ménétriers assis sur un tonneau ; Tes carrés de blé d'or qu'une haie environne. Tes vignes en hautains que jaunira l'automne. Tes villages qu'on voit se regarder dans l'eau.
Tu n'as pas, il est vrai, ces allures hautaines Qui frappent le vulgaire, et tes claires fontaines Ne disent rien au cœur des foules. Dieu merci ; Sur la harpe ou la lyre on t'a peu célébrée. Mais, telle que voilà, pauvre, simple, ignorée. Sans atour ni façons, tu me plais mieux ainsi.