‹ Émery le négociantChapitre 48 sur 55 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BIDAUT, ÉMERT.

àjIKRT.

Seul?

BIDAUT

Madame est restée au jardin avec Justine.

iuRRY, arec intérêt.

Et, comment l'as-tu laissée ?

MAGASIN THÉÂTRAL

BIDAUT

Oh 1 calme... comme elle est toujours, depuis que par votre présence vous avez apporté quelque adoucissement à sa folie.

émery, penst/.

La folie 1... voilà donc où l’ont conduite l’oubli de ses devoirs et le remords.

BIDAUT

Quelle amélioration du moins dans son état, depuis que vous étesde retour!... Et quand je pense qu'un instant le médecin eut l'espoir... Vous vous souvenez de l'épouvantable crise causée il y a un an par votre subite apparition... de ce cri déchirant que votre vue arracha à la pauvre insensée?... on eût dit que, frappée des traits de son mari, elle allait retrouver la raison... Mon Dieul vous ne l'avez pas permis!

ÉMEUT

Dieu est juste, Bidaut; après trois jours passés entre la vie et la mort, elle n'avait pas cessé d'être folle en revenant à elle, et je pouvais encore céder à tes prières, mon vieil ami, rester près de toi, près d'elle, à qui je venais de te retrouver si généreusement dévoué.

Quoi! si son cœur vous avait alors reconnu?...

ÉMERY

3e serais reparti sur-le-champ .. Mais grâce au ciel, non, je n'ai point été réduit à l’alternative ou d’une cruelle ingratitude en t’abandonnant une seconde fois, ou d’une faiblesse indigne de moi, en prolongeant, sous les yeux de la coupable, une présence qu elle eût comprise alors.

BIDAUT

Ainsi, point de pardon?

ÉMERY

Que me demandes-tu, Bidaut?.. . il est des fautes impardonnables; tout ce que je puis te confier à toi, et cela bien bas, c’est que je me sens presque heureux de n’avoir plus à me venger...

La vengeance!... oh ! ce fut ma seule pensée jusqu'au jour où j'ai pu rejoindre à Paris Alfred Ménard, lui rendre ses cinquante raille francs, et le tuer!... Mais aujourd'hui...

BIDAUT

Eh bien ?

ÉMEUT

C’est peut-être une lâcheté de mon cœur, Bidaut... aujourd'hui, je redoute, oui, je redoute une guérison qui me forcerait de reprendre ma j haine et de m'arracher à ces lieux, à ton amitié!... | que le dirai-je enfin ?... à des soins que la pau» 1 vrc folle peut recevoir de moi comme d’un étranger... Ici ma douleur, quoique plus poignante, est aussi plus légère à supporter... A Paris, du- j rantees trois années que j’ai passées loin de la cou- j pable, rien n’a pu me distraire de mes sombres pensées, ni les grands intérêts qui m’étaient | confiés, ni la perspective d'une prompte fortune... j Ah! ces trois années me semblèrent un siècle!... |

A Paris, je mourais lentement ; ici, près d'elle, du moins, je me sens vivre... je sens que je souffre! Ici, une musique douce et en situation annonce l’entrée de M œ « Emery, qui parait au fond.

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