‹ Émery le négociantChapitre 50 sur 55 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

M œe EMERY, sur ravant-scêne; BIDAUT, au fond.

bidaut , après avoir prêté un instant V oreille, et refermant la porte.

Parti !

M me émert , traversant rapidement à droite , tombant à deux genoux, et s'écriant tout à coup, en élevant au ciel ses mains suppliantes.

Mon Dieu ! donnez-moi la force de continuer le rôle que je me suis imposé, pour conserver près de moi celui qui m’est si cher à présent! bidaut , redescendant vivement.

Courage! courage, pauvre femme !...

M m# émery , toujours agenouillée.

Pardonnez -moi, mon Dieu ! pardonnez-moi d’usurper une place qui ne m’appartient plus! bidaut, la relevant.

Cette place, vos regrets et votre repentir yous l’ont gagnée!...

H mc émery , tout en larmes.

O mon ami!... mon père!...

Ils sont aux bras l’un de l'autre. Moment de silence.

bidaut, vivement ému.

Espérez!... espérez !... déjà le regard de monsieur Emery s’arrête sur vous sans colère... déjà il vous plaint et pleure avec vous! .. il vous aime encore !...

M rae ÉMERT.

Lui!...

bidaut, confinuanf.

Il vous aime encore, vous dis-je!... Eh bien, nous tomberons tous deux à ses pieds ; nous le supplierons ensemble, et il vous pardonnera!

M m * émery, avec douleur.

Non, mon ami!... non... vous oubliez que se* larmes et sa pitié ne sont que pour la folle... oui, oui!... pour l’insensée seulement son pardon !... tout à l'heure encore, il les a répétées, ces terribles paroles, dont il m’a si souvent percé le cœur!... pour l'insensée, entendez-vous bien?... mais pour la femme coupable... pour la femme déshonorée! ., oh! pour celle-là, ni pitié, ni par donl

bidaut, avec espoir.

Peut-être!... peut-être!...

m“* émert , vivement.

Jamais!... oh! qu’il ne sache jamais qu’en le

MAGASIN THÉÂTRAL

revoyant j’ai retrouvé ma raison... ma raison, pour souffrir! .. Qu'il ne sache jamais le supptice auquel je me suis condamnée pour rester près de de lui: qu’il n’apprenne pas que depuis un an je retiens mes pleurs pour lui sourire, j'étouffe mes gantois pour lui parler... Qu’il me croie fotte toujours! toujours!... il me fuirait sans cela!... et s’il me fallait une seconde fois en être séparée, s’il me fallait ne plus le voir chaque jour... ah ! je le sens, je mourrais... et je mourrais désespérée !

Bt da ut , tristement.

Je vous obéirai.

kmkrit, vivement.

Neab-oe pas? oh! n’est-ce pas?... ce que j’ai de bonheur me suffit... je me sens tellement épuisée!-, il ne m’en faut pas pour longtemps, voyez -vous... et je tremble, rien qu’à l’idée de risquer le peu qui m’en reste!

B1DAUT.

Oh! ne parlez pas ainsi!... pour le repentir et la résignation, Dieu a aussi des récompenses !... Mais, voici la nuit... de si vives émotions... Ja scène qu’il vous a fallu subir... ne s on genou s pu au repos ?

M®« 1UEHY.

Dans un instant, je rentrerai chez moi... mais, vous-même, mon ami?...

BIDAUT

Moi, je me retire aussi de mon côté... Mais je ne suis tranquille que lorsque j’ai tout mon monde, et monsieur Emcry ne sera guère de re- , • tour avant une heure... Allons, en attendant, je vous laisse. ( Lui tendant affectueusement les deux mains.) Adieu, ma fille!

M mr émery, les lui serrant dans les siennes.

A demain !

Elle remonte avec Bidaut jusqu’à la porte du fond , par laqM elle il s’éloigne.

LUvnwwnMivv

Page 1