‹ Émile AugierChapitre 16 sur 24 · SPIEGEL · texte numérisé non relu

SPIEGEL

Parbleu ! parce que tu es plus leste que moi, et que ton ascension est plus sûre que la mienne. Et puis, moi, j'ai une vertu que tu n'as pas, celle du bœuf, la patience. Que m'importent un an, deux ans de retard ?Mon but est à deux pas, j'yarriverai toujours ; toi, au contraire, tu voyais devant toi une roule iulinie, et il te tardait de partir... C'est tout simple, la vie est courte (ij. »

Vertueux sopliismes, touchants mensonges, dévoûment humble et pudique jusque dans le sacrifice, tout y est ; et ce sentiment si insaisissable prend sa forme,

(1) La Pierre de Tanche, 1, 1. Édition Calmann-Lévy.

et Spiegel est un caractère. Tout cela est d'autant plus difficile à peindre au théâtre, que ramilio muette et réservée est seule une verlu, et qu'il faut plus de finesse el de mesure que de vigueur et d'éclat pour en dévoiler les mystérieux replis. Spiegel a fait bon marché de son avenir, comme il fera tout à fheure litière de son cœur; et à peine peut-il confier son secret à lui-même sans courir le risque de forcer son mérite. Il fallait le talent sobre et la sensibilité attendrie d't^miie Augier pour renouveler et animer de semblables caractères. Il y a réussi, dans cette pièce, etailleurs ; car la fin d'un Beau Mariage est un hymne pathétique en présence de la mort, en l'honneur de l'amitié.

Il y a réussi parce que là est sa propre nature, et la marque de son talent. Il était naturellement porté par son goût pour la morale domestique, par son penchant à la psychologie délicate et modeste, par ce talent d'observation précise et d'expression mesurée, et enfin par cette sensibilité saine et discrète, vers ces caractères d'honnêtes gens, qui vivent au sein de la famille, naturellementbons et plus étonnés qu'atteints par les moeurs nouvelles. Mais ces mômes mœurs lui imposaient d'autres personnages, plus.vigourejjsement dessinés, et qui témoignent d'urte égale sobriété et de la même harmonie : deux qualités, qui sont décidément les caractéristiques de sa pensée.

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