‹ Émile AugierChapitre 2 sur 7 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

. . . Les larmes vont mal sur un jeune visage! Croyez-moi : pour pleurer, attendez le vieil âge! C'est le temps que les dieux réservent aux douleurs. Les rides sont les lits qu'ils creusent à nos pleurs !

Ponsard me paraît d'ailleurs aimer le « style noble ». Dans la scène entre Hippolyte et Paris, la jeune fille s'écriait :

Quoi ! lui, dieux immortels ! mon bienfaiteur se tue!

L'annotateur écrit en face de ces vers :

« C'est un peu cru. Cela ne doit peut-être pas

se dire comme : Mon bienfaiteur va changer de chemise. J'aimerais mieux : Mon bienfaiteur mourir ! Ou autre chose ! »

Je ne retrouve plus dans l'édition présente de la Ciguë ce vers visé par Ponsard.Mais je neveux point, d'ailleurs, étudier plus longtemps ce manuscrit, où l'écriture d'Emile Augier a déjà sa virilité actuelle comme son sytle a sa fermeté de toujours. Je craindrais que l'auteur de la Ciguë ne m'accusât d'indiscrétion, si j'analysais plus longtemps un document bien important cependant pour l'histoire de notre théâtre. Le manuscrit d'une œuvre qui datera dans la vie de son auteur, dans les lettres françaises, on aurait plaisir à le reproduire tout entier!

L'œuvre achevée, Augier met au bas du dernier feuillet ce chiffre : 382 vers. Il y ajoutera bientôt des variantes. La pièce primitive se terminait sur ces deux vers de Clinias à Cléon et Paris.

Ah! vous venez savoir qui de vous deux hérite? C'est moi, mes chers amis, car j'épouse Hippolyte !

Emile Augier a, plus comiquement, après une dizaine de vers qu Qinias parle du bon-

i+ CÉLÉBRITÉS CONTEMPORAINES.

heur qui l'attend avec la hien-aimée, terminé la Ciguë par un vers fort amusant, devenu à lui seul toute une scène :

Les deux parasites se regardent d'un air accablé, se rapprochent comme pour se parler, et tout à coup :

Page 1