‹ Émile AugierChapitre 4 sur 7 · ACTE IV, scène x · texte numérisé non relu

ACTE IV, scène x

Aurélie. — Le poulet qui doit me tuer n'est pas encore pondu.

22 CELEBRITES CONTEMPORAINES.

Navarette. — Oui, il était quelque chose au vertueux Malesherbes ou peut-être au vertueux Bailly! Cantenac. — Ce n'est pas de peur, c'est de froid!

D.'Estrigaud. — Suivez mon panache blanc! Lucien. — Il connaît le chemin de toutes les capitales.

Ainsi Augier ne pouvait railler à son aise ces éternels plaisantins qui, de l'histoire, de toutes nos gloires, du passé de la patrie, ne connaissent que les banalités qu^ils gouaillent et répondent à tout par quelque citation, mot héroïque d'autrefois traîné par eux dans les bouffonneries du présent, comme dans de la boue!

La Contagion n'eut point, d'ailleurs, le succès éclatant que méritait un telle œuvre. Mais à quoi tiennent au théâtre les succès décisifs? Le premier soir, le Gendre de M. Poirier, au Gymnase, avait été, dans les premiers actes, écouté presque froidement. Aujourd'hui, le fait semble improbable. L'œuvre est classée et classique. Eh bien, la salle ne fut emportée et la pièce acclamée qu'au dénouement même, au « Va te battre! » d'Antoinette. Ah! mais, du moins, cet admirable cri de femme, ce revirement de scène, cet élan de cœur et ce coup de théâtre enlevèrent tout. La pièce s'acheva dans les bravos.

Ce ne fut pas seulement dans Poirier que, pliant son génie à l'influence douce, au charme profond de Jules Sandeau, Fauteur du Fils de Giboyer collabora avec Fauteur de Mademoiselle de la Seiglière et du Docteur Herbeau. Ils s'étaient connus et aimés à la suite d'une visite faite par Augier à Sandeau pour le remercier d'un feuilleton exquis écrit sur la Ciguë. Emile Augier a donné avec M. Jules Sandeau la Pierre de Touche et le Gendre de M. Poirier, deux œuvres hors de pair. Ces deux rares talents, Tun d'une inspiration si mâle et l'autre d'un grain si fin, étaient d'ailleurs absolument faits pour se comprendre et se compléter. L'auteur de Sacs et Parchemins, écrivain délicat, analyste touchant, moraliste pénétrant et ému, apportait à M. Augier des tendresses de sentiment qui s'alliaient admirablement aux qualités robustes et hardies de l'homme qui a signé le Mariage d'Olympe et les Effrontés. Il résultait donc de l'association de ces deux individualités une sorte de personnalité à la fois attendrissante et ironique, pleine de vitalité et de force, et c'est ainsi que le Gendre de M. Poirier plaît en même temps par la puissance de l'émotion, une émotion tendre,

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