‹ Émile BlémontChapitre 10 sur 21 · LE GÉNIE DU PEUPLE. — LAME ÊTOILÉE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DU PEUPLE. — LAME ÊTOILÉE

mêlées au Moyen-Age. Et voici, sur Adam de la Halle, a conférence faite au théâtre d'Arras le 21 juin 1896; 3lle met en lumière la hardiesse d'esprit du trouvère, «a grande chaleur de cœur, son sentiment ingénument pieux qui fait songer à Verlaine, lequel, par sa mère, était originaire du même pays d'Artois. Le Bossu l'Arras naquit dans cette cité vers le commencement iu xme siècle. Avec le comte Robert d'Artois, il visita 'Egypte, la Palestine, le royaume de Naples, où il nourut, après y avoir fait représenter le Jeu de Robin ;t de Marion. On lui doit quelques autres pièces ; et ;'est lui qui, pour la première fois, mit en scène des sujets pris ailleurs que dans l'histoire religieuse. Shakespeare a emprunté l'idée du Songe d'une nuit d'été au Feu de la Feuillée.

Un Miracle réaliste, c'est celui de Notre-Dame délivrant une abbesse qui était grosse de son clerc. La Farce d'un Gentilhomme est du théâtre d'une franchise illègre et claire, où un manant, trompé par son seigneur, lui rend la pareille, ce qui assagit le beau sire. Puis nous apparaît l'Arioste, aux féeries ondoyantes et diverses, à l'imagination brillante, à la forme aisée, au style limpide et transparent; mais il n'a guère inventé: a plupart de ses personnages viennent des Chroniques et Fabliaux de France. Le Paradoxe de Judas est curieux ; on a parfois essayé d'expliquer ce traître. « Quoi ! disait-on, pour trente deniers, à peine soixante francs !.. » Mais oui ; cela valait plus qu'en nos temps, et un être abject n'établit pas de proportion entre le crime et sa solde. Jean, d'ailleurs, dit nettement que Judas était voleur; doit-on en croire Jean, ou d'obs-

curs commentateurs venus sur le tard, tels qu'il s'en rencontre pour nier l'existence d'Homère, et même la mort, sur le bûcher, de Jeanne Darc ? J'aurais voulu voir Blémont redresser, en passant, ces erreurs, parce qu'elles donnent un appui aux négateurs contemporains ; mais il préfère raconter, ne s'attarde guère à juger, et déjà le voici qui nous décrit les diverses formes du Diable sur la scène, du Moyen-Age à nos jours.

Après l'étude sur Andrew Lang et la mythologie primitive, dont j'ai parlé en son temps, vient une relation du Congrès de Folklore à Londres. Ceci fut écrit le 4 octobre 1891. A ce deuxième Congrès, plus nombreux encore que le premier, Blémont vit porter tant de toasts, qu'il voulut boire au vrai ' créateur du folklore : le Peuple. Mais l'ordre des toasts avait été réglé d'avance ; il ne put placer le sien. — Suit le Programme pour une Revue traditionniste , que j'ai mentionné antérieurement. Une étude sur la Chanson populaire en France montre que l'élément celte y a persisté et prévalu. « Dans le chant, est-iî dit, c'est la poésie qui marque le sens ; et la musique y fausse tout si elle ne se consacre à renforcer et à développer la signification des paroles... La chanson populaire applique toujours ces principes avec un instinct sûr. »

Le dernier chapitre du volume est la Tradition poétique, cette étude lue au Congrès des Traditions populaires tenu à Paris pendant l'Exposition de Ï98Q Blémont y inscrit des remarques à précieusement recueillir. La poésie populaire a l'air de n'être l'œuvri <ie personne ou d'être l'œuvre de tout le monde : cela

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