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le centenaire d'Edgar Quinet, des chœurs et un orchestre exécutèrent Y Hymne à la mémoire d'un Penseur, lomposé spécialement par Julien Tiersot sur un poème d'Emile Blémont et Charles Jarrin, aux strophes pleines et fortes, de nohle allure.
Par arrêté du Préfet de la Seine, du 13 mars Î903, Blémont fut désigné pour faire partie du Comité consultatif de la Maison de Victor Hugo » ; ce musée de la Place des Vosges, qui lui doit en bonne partie d'exister, fut inauguré le 30 juin 1903
i^e Comité du Monument à Gavarni avait demandé un Prologue à Blémont, pour la représentation au bénéfice de la souscription. Le peintre Gérome, président du Comité, lui écrivit : « ... Les vers sont tout à fait agréables, bien faits, spirituels ; ils peignent d'après le vit lépoque et surtout l'esprit de l'époque où vivait Gavarni .. » Le poème fut dit à la représentation du 23 mars 1903, à l'Opéra-Comique, par MUe Marie Leconte, du Théâtre-Français, et l'actrice y eut une ovation. Gavarni !
Nom sonore et crâne, élu par l'artiste Qui sut effeuiller d'un coup de crayon, Sur un siècle noir au costume triste, La Heur d'allégresse où danse un rayon !..
D'un sage et d'un fou combinant l'étofle, Poète à son heure, un peu carabin, Comme Figaro s'il est philosophe, Il est amoureux comme Chérubin...
Gavarni parut chez Lemerre. « Vous nous l'avez rendu d'une plume aussi précise que fut son crayon, écrivit
Franc-Nohain, avec la même inspiration délicate, la même légèreté de touche...» — et Gaston Deschamps : « Gavarni est entré chez moi, ce soir, spirituellement annoncé et commenté par vos rimes pimpantes... » Emile Hinzelin, dans la Lorraine, publia : « Voilà Gavarni illustré par un poète ; et quels traits, d'une justesse exquise !... » — Le monument fut inauguré, place Saint-Georges, le 3 décembre de l'année suivante. En mai 1903, parut A quoi tient l'Amour, recueil de petits romans que suivent des Contes de France et d'Amérique (chez Lemerre). — Lucile Fraisier nous reporte au temps de la guerre ; elle aime André Jorre et refuse François Rouillon, quoique celui-ci tienne les parents de la jeune fille par une créance. André rejoint son régiment. Les Prussiens arrivent au pays, repoussent les francs-tireurs et s'emparent de Roi illon, qui, pour sauver sa vie, dénonce trois hommes. Ils sont fusillés, en une scène poignante. Après la guerre, Rouillon, las d'attendre, commence les poursuites contre le père de Lucile ; mais André revient, peut rembourser ; et cela au moment où Rouillon, dont le crime vient d'être révêlé, est arrêté, condamné et fusillé. Récit absolument dramatique. L'émotion jaillit des faits, de certaines phrases, et ne vous quitte pas ; et c'est simple, comme on raconte : une grande nouvelle parfaite. — Le Mariage d'Octave est l'amusante historiette d'un gauche cousin que n'aimait pas sa rieuse cousine, mais qui fut soudain aimé d'elle pour avoir été rencontré en compagnie d'une grisette. — La Demoiselle du moulin, aimée, lors du siège de Paris, par un lieutenant allemand, le refuse, parce qu'aile
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mand ; et comme elle l'aimait aussi, elle en meurt. — Par une nuit de neige est un souvenir de douloureuse fin d'amour. — La Strellina, la dernière maîtresse avant le mariage, est d'une gaîté italienne pittoresque. — La Vieille an chien noir : aventure amoureuse du Quartier-Latin, avec un brin de frisson superstitieux — La Désespérée : histoire londonienne d'une sentimentalité tragiquement excentrique. — Une vraie Française : c'est une jeune fille qui rompt ses fiançailles avec un riche commerçant pour épouser un officier, cependant que le richard fait un mariage de raison ; le tout, orné d'incidents vivement contés, va bien avec les tempéraments divers ; et cela devrait toujours se passer ainsi ; on verrait moins de désaccords au foyer. — On retrouve dans ces récits la sève de la bonne prose française.
Les Contes de France sont surtout des descriptions de mœurs, d'aspects. Le Jeune Alexis est une histoire légère, captivante et fine, des dernières années de Louis XIV. — Nouvelle manière de coller les timbresposle : elle fut innovée par une dame, utilisant, pour cette opération, la langue de sa femme de chambre. — La Veillée est un bon tableau, complet, d'intimité, avec fables et légendes : l'écriture est savoureuse ; et écoutez ce bon cri de la fin : « O sainte simplicité, veillées du soir, refrains naïfs, calme des villages, bonne odeur des fagots, contes toujours les mêmes et toujours amusants, rires francs et honnêtes médisances ! Peutêtre valez-vous mieux encore que les propos des valseurs bien gantés et que toutes les représentations du grand Opéra. » — Ernest, coiffeur, que nous avons
signalé lors de sa publication dans Paris à l'Eai forle. — Le Péché, spirituel discours sur la psychologie comparée des pécheurs et pécheresses suivant les :*tges.! — Un Fantaisiste : iantaisie quelque peu macabre. — I Sœur Sainte-Ursule, où l'on voit le malheur dune femme et de sa fdle causé par la paresse et l'ivrcl gnerie du père. — La Foire de Ménilmontant, esquisse pittoresque de lutteurs et de saltimbanques. — Là Messe des anges, celle qui se dit sur le cercueil desi petils enfants, touchante et douloureuse étude donnée d'abord dans la Renaissance, que semble avoir inspirée à Blémont la mort de son fils, mais que, par une sorte de mystérieux pressentiment, il avait écrite quelques années plus tôt, devant le deuil d'un autre père. — Les Derniers jours de Pécuchet terminent! la série. C'est le Pécuchet de Flaubert, retrouvé sur la montagne Sainte-Geneviève ; il y est écrivain public, ce qui permet un amusant et fin chapelet dej réflexions sur les avatars des idées et des opinions.
Le volume s'achève par les Esquisses américaines^ d'après Mark Twain, que nous a déjà fait connaître une première édition spéciale.
Toutes ces nouvelles ou esquisses de mœurs parurent d'abord en des journaux et revues ; l'auteur y date celles que des confrères peu scrupuleux démarJ quèrent fructueusement. Voici plusieurs appréciations. E. Ledrain (Illustration) : «... Il y a là quelques petitschefs-d'œuvre, parfaits sans effort, et d'une grâce' attendrie, qui ne peuvent manquer de délecter les) lettrés et les âmes délicates... » — Paul Maison (la Picardie) : « Ali ! le beau livre, qui charme de la pie-
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tnière à la dernière ligne ! De la fantaisie, du trait, de la vivacité, parfois une simplicité émouvante, telles îont les moindres qualités de l'œuvre ; elle représente le façon unique, dans toute sa légèreté et sa finesse, la sédition de l'esprit français... Et surtout je voudrais jue personne n'ignorât ces pages de la Messe des inges, où un poète, où un philosophe, où un père a nis toutes les délicatesses, toutes les émotions, toutes es mélancolies d'un cœur, hélas ! cruellement blessé. » — Eugène Hoffmann (Publicateuv des Côtes du Nord) : :... On trouve là des descriptions délicieuses de nature, les paysages brossés avec une maestria rare, en un lyle d'une gracieuse précision, d'une jolie netteté. >ous la fraîcheur pittoresque des décors, pris sur le if, on sent un poète à la vision délicate, que frappe 'harmonie des choses, et qui sait souligner les traits ;aillants d'un caractère ou d'une figure .. » — Daniel le Venancourt (le Penseur) : «... Quels qu'ils soient, Baisants ou tragiques, faisant sourire ou faisant ieurer, les personnages possèdent une existence probnde ; ils sont humains, ils sont vrais. Dans l'atmos- Itère et le décor appropriés à chacun d'eux, leur mage est dessinée par des lignes définitives et peinte ivcc d'ineffaçables couleurs. Plus d'un mériterait l'être pris pour un des caractères de ce temps. Tous insemble, ils constituent une puissante expression de a vie même ; ils évoquent l'humanité sous ses jours lifférents, dans la multiplicité merveilleuse et poi- [nante des sentiments et des passions. » — Comtesse ..œtitia (Simple Revue) «... Il serait superflu de louer e mérite littéraire d'une prose à travers laquelle on
retrouve toutes les qualités poétiques d'un nuieu désormais classique. »
Blémont écrivit la préface des Histoires échevelées d Florian Parmentier (Théry, Valenciennes). C'est Fi m pression ressentie à la lecture du livre, qui lui rappell « les jours printaniers où son excellent ami Tancrèd Martel lui dédiait une des pages les plus hautes en cri nière de ses Poèmes à tous crins, à savoir la Ballade su un thème cher à Villon et à Banville ».
Bastia, voulant placer un souvenir sur la maison 01 Victor Hugo, six semaines après sa naissance, amené par sa famille, s'adressa à Blémont, dont li réponse explicative fut insérée au Petit Bastiais d\ 8 juillet 1903. Cette maison est située dans la citadelle Les Bastiais demandèrent avec insistance à Blémon une inscription en vers, et il leur adressa les rime suivantes :
Ici Victor Hugo vécut ses jeunes ans ; Le grand maître du verbe en ce vieil édifice Vit le ciel bleu sourire à ses premiers accents ; Fils de la France, il eut la Corse pour nourrice. Ici fut son berceau : découvrez- vous, passants!
Antoine Gallet consacra une de ses chroniques de U France à Emile Blémont (1er octobre 1903) ; il y disait «... Sur toute son œuvre, descriptive, combattante oi héroïque, il court de la beauté, de la tendresse et d\ l'amour.. » Le 29, Léon Riotor, au Rappel, écrivait, « Figure amie, et douce, et tendre, que celle de cei écrivain... M. Antoine Gallet le classe dans ses Chas-, seurs de chimères (la France). Il pourrait le rangei aussi parmi les probes et les honnêtes. De cetlc vit
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anquille rien ne s'élève qui soit discordant... Et touurs je l'ai retrouvé avec la jeunesse, apportant les uits de l'expérience, les enseignements d'une sagesse nguement conquise... Il a des qualités qui lui iignent les cœurs sensibles, parce qu'on y découvre dédain des glorioles vaines et le sincère espoir du 3ète qui ne cultive que la beauté... » Je consacrai, vers le même temps, un chapitre de es Ecrivains d'hier et d'aujourd'hui à Emile Blémont. éjà je l'y indiquais entrant de plain-pied dans la )ésic du xxe siècle, au moins par ces deux recueils : n mémoire d'un enfant, les Gueux d'Afrique. Et je conuais : « Que les poètes célèbrent, ainsi que lui, ces -itres peuples faibles ou désarmés que des puissances iminelles égorgent par le monde depuis quelques inées ; et le rouge de la honte montera peut-être enfin visage, la coupable indifférence iera place à de méreuses croisades, les nations meurtrières tremble- >nt, la guerre humaine s'apaisera comme s'apaisaient s fauves au son de la lyre d'Orphée ; — et l'ère de la aix divine, si longtemps annoncée, peut-être enfin ouvrira. »
La Presse du 27 décembre publia : «... Le poète mile Blémont a souillé aux Girondins que Léon alade méritait bien un buste à Bordeaux, sa ville alale. » Et Jules Truffier, dans les Annales du 14 férier 1904, évoqua certaine collaboration de Blémont : Valade, le long de la côte normande : «... Chemin lisant, ils sentaient se mêler à leurs vers l'âme de ce on terroir. Quelque ami les accompagnait parfois, ierre Elzéar ou Camille Pelletan ; si bien qu'un jour
ils purent voir, dans l'aurore, le futur ministre de marine sortir lout ruisselant de l'écume des flots. Sous l'inspiration de Blémont, l'Association girondiij de Paris ouvrit, en mars, une souscription pour éi ig< dans le Jardin public de Bordeaux une elfigie connu morative de Valade. Le Grand- Théâtre de Bordeai donna, le 3 juin, une représentation au bénéfice c monument, et la Comédie-Française y vint jouer Raison du moins fort. Le monument, confié au si; tuaire bordelais L. Mairie, comporte un buste bronze sur haut piédestal, devant lequel se détaché! en plein relie! deux figures de femmes : Paris, Venis les deux patries adoptives du poète. Et Bordeaux donné à une rue le nom de Yaïade. — On voit, encore, si l'action de Blémont lut souvent et sériel sèment fructueuse.
Cette même année, et la suivante, Blémont collaboi à la Jeune Champagne, devenue Revue littéraire i Paris et de Champagne. 11 répondit, à l'Enquête sur Décentralisation artistique et littéraire de Jean-Bcr Aubert, éditée en lévrier 1904 : «... Pour lutter conti les nations rivales, la France doit faire appel à tout» ses forces vives et développer soigneusement toutes si cultures, si variées, dans le milieu le plus propice chacune d'elles Ainsi seront créés bientôt un nouv art et une littérature nouvelle, où l'âme françaij s'incarnera en des formes vives et jeunes, aus diverses que les terroirs de France... »
En juin, le Penseur publia de lui une série c poésies : Saison à Houlgate. Par les herbages, s'en > le poète, qui stationne dans une ferme d'aspe<
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■tique, finement décrite. 11 monte sur la falaise, R, paresseusement, on croit voyager sur cette grêle irque glissant au ras des flots. Des mélancolies ■eurent...
*'Le sourire amical de la nature est cher Au vieux songeur vaincu, plein de sombres fumées...
>rès une Chanson romantique, lisez cette Attente : Tandis qu'interrogeant la science et les rêves Des âges primitifs et des siècles nouveaux, Le front lourd, je poursuis de captieux travaux Qui me font oublier la fraîche odeur des sèves ;
Tandis que, dans ma chambre étroite ou par les grèves, Par les vergers normands, par les monts, par les vaux, Je cherche le secret qu'aux sophistes rivaux L'humanité demande en ses trop courtes trêves ;
De l'ombre où mon appel se perd, nul mot ne sort
Qui justifie enfin la Souflrance et la Mort.
Rien ! Mon cœur bat ; j'attends, j'écoute, je regarde.
Il passe un vent plaintif; et sous le ciel changeant Tremble, aux rameaux épars du peuplier d'argent, La feuille verte et blanche en fer de hallebarde.
en ! On se dit cela, juste à la veille de découvrir ut. Déjà, voyez cette pensée tàter le panthéisme :
Quand l'aveugle Foi nous égare,
Quand vient de l'abîme un frisson,
En vain, plus froide et plus avare,
S'offre à nous l'aveugle Raison.
Mais à la fin, âme ou substance,
L'être chétif et tourmenté
Qui n'est rien dans cette existence,
Sera tout dans l'éternité.
Cependant le poète, qui est parvenu au commenci ment du beau triomphe de l'idéal, écrit cette déses pérée Fin d'une âme !..
J'ai rêvé la vertu, !e bonheur et la gloire ; Puis j'ai lutté sans vaincre et j'ai perdu mon fils. Laissez là les lauriers, n'apportez point les lys, Ne dressez aucun marbre à ma sombre mémoire !
Si j'ai mérité mieux, je n'en veux rien savoir. Disparais pour toujours, ô songeur sans malice, De ce globe où la vie inflige un tel supplice Au cœur trop ingénu pour trahir son devoir !
Qu'importe ? Epris du beau, j'ai connu la tendresse . Et parfois, pénétré d'une mystique ivresse, J'ai plane comme un dieu hors du monde réel.
J'accepte les destins, justes ou non. Qu'importe ? Pour l'âme abandonnée où l'espérance est morte. Rien vaut-il le repos du sommeil éternel ?
Or. la nature bientôt le soustrait à cette douloureus résignation : l'extase d'une apothéose, devant deu chênes aîtiers. Et la nature reconquise le remet au pieds de la muse ; il écrit, fièrement, noblement l'Inutile Poésie :
Les marchands, les tribuns, les sots et les docteurs Ont un mépris profond pour la céleste Muse. « Comprend-on qu'à chercher des rimes l'on s'arruso? » Dit monsieur Josse, avec ses grands airs protecteurs.
Aiais que font les dédains et les propos menteurs Des gens qu'a dépravés leur puissance ou leur ruse ? Le poète, ce fou qu'on raille, qu'on accuse, Est et sera toujours le roi des séducteurs.
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i)ans la pensée, il met le rythme et l'harmonie ; 11 aime, il fait aimer, l'amour est son génie; Il nous donne, en chantant sur le fleuve lacté,
La pleine conscience et la vertu féconde
De toute la Bonté, de toute la Beauté
Dont palpite à jamais l'orbe immense du monde.
Le 18 juin, au théâtre d'Arras, dans la soirée de da donnée à l'ouverture de lExposition du Nord, fut (présentée la Fête des Roses, d'Emile Blémont et des Truffier (Lemerre, éditeur). C'est la même Hiiédie que Roses rouges, publiée dans l'album de la rande Fête septentrionale. — Au banquet des Rosati, I Blangy près d'Arras, en 1784, Anaïs s'introduit îguisée en servante : aimée par Lazare Carnot, Obespierre et Raymond de Gorre, elle veut voir ses upirants tels qu'ils sont. Après cette entrée souanie, sans à-côtés qui traînent, arrivent les Rosati, jrîeurs de roses roses et rouges. Raymond seul a des iscs blanches : celles que préfère Anaïs, laquelle îette, voit, entend, fait ses petites remarques. Dbes pierre chante sa chanson ; Carnot vante les ses et leur poète, 1 illustre Sadi. Puis, un médecin lit ins les mains de Robespierre et de Carnot des choses îi l'inquiètent. Joies et refrains s'épanouissent ; c'est rt gai, agréable, sans digressions, très réussi. Cepenmt le docteur, ayant endormi la servante, veut lui ire confirmer l'expérience de chiromancie ; et tout un coup elle se dresse devant une hallucination rrifn.nte, elle tombe sans connaissance. Ce voile levé r l'avenir donne une sensation de terreur, vite acée par une scène finale où Anaïs, laissant son
déguisement, choisit pour fiancé Raymond, qui boi aux glorieuses destinées de Robespierre et de Caïuol — Cette comédie était jouée à deux pas de la 1 natale de Robespierre, qui subsiste telle quelle dansl rue des Rapporteurs, presque en tace du théâtre.
«... Les auteurs ont mis en scène Robespierre sen timental et tendre, et Carnot enivré par le parfum de roses, écrivit Georges Montorgueil dans Ylntermédiair) des chercheurs et des curieux ; la fable qui permet cett< évocation est adroite et gracieuse ... » The New- Von Herald du 6 octobre signala le succès de cette pièce qu'étaient venus interpréter dans Arras les artistes di la Comédie-Française, de TOdéon et ('e l'O Comique. A cette représentation, on avait donné aus une reprise du Jeu de Robinet de Marion.
Beautés étrangères. — Chez Phidias
lilémont publia Beautés étrangères vers la fin de îillet 1904, chez Lemerre. La première partie : olmes d'outre-mer et d'outre-monts, débute par noch Arden, dont j'ai parlé en son temps. Suivent es Strophes et Fragments, d'après P.-B. Shelley, rendus es harmonieusement. Les Chansons en Espagne, don la tradition populaire, offrent l'arête vive des mliments de ce pays. Huit petits poèmes lyriques, après Henri Heine, vivent, avec Blémont, de toute ur sève originale. Viennent enfin deux Hommages à .clor Hugo, l'un d'après Tennyson, l'autre d'après arducci.
L'auteur consacre la plus importante partie du vome à ce qu'il nomme trop modestement des Notes
R QUELQUES POÈTES ANGLAIS OU AMÉRICAINS DU Xe SIÈCLE.
Wall Whitman est essentiellement américain. Bléont conte ses divers métiers, la lutte âpre, les yages, le combat pour l'abolition de l'esclavage, et closion des livres : Brins d'herbe, étrange glorificam de l'Amérique, de la démocratie, de la nature, écédée d'une préface aussi célèbre là-bas que celle Cromwell en France ; Chants démocratiques, sur le
Monde, la Révolution française ; Roulements de tambour, sur la guerre de Sécession ; Walt Whitman, série de pièces intimes, les plus personnelles; Chants d'adieu, expression suprême de son amour pour l'humanité. Les Revues anglaises le ridiculisèrent ; tics poètes le défendirent. Il possédait une inspiration prodigieuse, la vérité, la largeur, la puissance, avec des défauts monstres. Ses dernières années furent tristes ; il était pauvre ; les poètes d'Europe allaient visiter ce vieux patriarche, qui s'éteignit, laissant « ses généreux poèmes qui, longtemps, rouleront leur torrent d'images sonores, ou berceront dans leurs larges flots le ciel et la terre, en chantant la bonne chanson naturelle. »
Ce portrait est fait avec vigueur et sagacité. On y connaît ce poète haletant, d'impression universelle, de style irrégulier, abrupt, fort. Dans un post-scriptum, Blémont indique que "Walt Whitman « pratiqua d'emblée, sans effort, toutes les prétendues innovations en l'honneur desquelles, après lui, nos écoles de particularisme littéraire entreprirent péniblcmentjd'abolir les formules classiques, romantiques, réalistes et parnassiennes... Il réalisa d'avance, et avec une souveraine ampleur, le programme de ces écoles dites nouvelles * J il affirma, à la bonne franquette, tout ce que plus tard promulguèrent, avec des transports hystériques, nos symbolistes et nos décadents, tout sauf la décadence qui rend la vie indigne d'être vécue, tout sauf le symbolisme qui tue le corps et l'âme à coups d'abstractions... Avec ces prétentieux suiveurs, le sens de l'identité universelle se perdit en minutieuses analyses et en excentricités morbides... L'audace active, la libre
tiardiesse, le goût du nouveau, la recherche de l'inconnu, tournèrent en obliques tendances au bizarre ît au pervers. La poésie, union souveraine du rythme 2t de l'idée, on la démembra en musique et prose. Dans l'art, comme dans la vie, on se déshabitua peu à peu des hautes idées et des actes magnanimes. L'élévation et l'héroïsme, devenant de plus en plus incompréhensibles aux âmes de plus en plus déprimées, furent alors des sujets d'étonnement, de défiance et l'ironie. On finit par laisser s'atrophier et se perdre, faute d'exercice de la fonction, le sens du sublime et le goût du beau. » — Ceux qui partagent cet avis de Blémont ne me reprocheront pas de l'avoir publié ; quant aux fervents des décadences, je leur souhaite de
omprendre ce blâme.
Un chapitre est consacré à des Poètes spirites d'Amé-
ique : Thomas Lake et miss Lizzie Doten. Le critique présente ensuite Longfellow, rappelle ses voyages, sa connaissance de dix ou douze langues, sa vie iamiliale et laborieuse. ïl commente ses ouvrages : Voix de la nuit, où se révèlent des affinités avec les iakistes anglais : « C'est un rêveur chrétien qui pour église prend la nature » ; Poèmes sur l'esclavage, aux accents prophétiques ; Chansons, Sonnets, où « règne une douce et noble mélancolie, que fait valoir un art très pur » ; au bord de la mer, série de « poèmes imprégnés des acres et généreuses senteurs de l'océan » ; Au coin du Jeu, pièces intimes ; la Légende dorée, scènes dramatiques « à travers lesquelles la fantaisie vagabonde du poète nous emporte par villes, fleuves, champs et forêts, dans les régions rhénanes rajeunies
de sept siècles » ; la Chanson d'Hiawatha, sorte d'Edda 5 des Peaux-Kouges ; les Fiançailles de Miles Slandish, « tendre badinage poétique » ; Oiseaux de passage, ( poèmes de grâce légère et vive ; Miscellanées, avec ce beau et mystique poème Excelsior ; Judas Macchabée, drame au souffle biblique ; Contes; Evangéline, chefd'œuvre de Longfelîow, dont le sujet s'adapte pariai, tement à sa nature, « On trouve chez Longlellow, observe le critique, un charme infini de grâce affectueuse, de beauté morale et d'élévation intellectuelle... Son âme est un beau pays verdoyant, où partout, sous les feuiilées fleurie:; et même entre les ruines antiques, luisent et chantent ''es sources vives. »
Puis c'est un Anglais, Robert Browning, que nous apprenons à connaître. « Il n'y a réellement pas, ou presque pas, de théâtre anglais au xixe siècle, écrit Biémont. Les scènes exhibent des opéras d'Allemagne, d'Italie et de France, des compositions burlesques, des drames noirs, beaucoup de pièces françaises démarquées... » Longue déchéance qui tient peut-être au canl, plaie singerie du vieux puritanisme. Browning voulut réagir contre cette décadence ; il échoua. Dans Paracelse, il ienta de faire revivre un homme et une époque ; Strafjord, drame, fut joué sans succès. Dès lors, il écrivit seulement pour être lu. II publia Sordello, poème psychologique ; Dramalic Lyrics, diverses compositions scéniques ; un recueil de monologues : Dramatis personse, etc.. La qualité essentielle de Browning est la savante et profonde subtilité qu'il apporte dans l'analyse des passions humaines. C'est un esprit original, artisle. Tel il se montre dans YEpître de
Rarshish, où un Lazare le ressuscité, très curieux, est évoqué fortement, par un récit étrange. Il est habile, non pas naïf, ni populaire. C'est un analyste, a dont l'esprit brille comme un scalpel, dont le vers mord comme un acide. »
Blémont nous expose d'autre part l'Ecole préraphaélite. Vers 1850, quelques peintres et poètes fondèrent un recueil périodique : le Germe ; ils voulaient rajeunir l'art, reproduire les manifestations de la vie dans leur naïve origine. Dante-Gabriel Rossetti, peintre et poète, d'origine italienne, traduisit des poètes antérieurs à Dante, et publia des poèmes, des sonnets : la Maison de la Vie, qui unissent « la délicatesse et la moi bidesse italiennes à la rêverie septentrionale » II a le triple don de l'émotion, de la pensée, de l'harmonie. — Sa femme, Christina Fiossetti, affectionne la musique, le clair de lune, le sentiment. Coventry Patmore a une délicatesse, une iraîcheur exquises, avec une ingénuité parfois excessive. Thomas Woolner est un passionné chaste sévère sans iroirîeur. William Beîl Scott, peintre, aquafortiste et poète, révèle des idées originales, une imagination riche. — < Poètes comme Théophile Gautier, peintres comme Puvis de Chavannes, ils ont reconnu que la condition première de la vie était la simplicité, la passion ; et toute leur science, tout leur art, ils les ont employés à devenir simples, vrais, louchants. »
Swinburne débuta par deux drames de talent, i.nprimés sans avoir été représentés. 11 fut plus heureux avec Atalantc, tragédie grecque d'une pure beau lé. Il donna des Poèmes et Ballades: • Dans leurs strophes
merveilleusement ciselées, l'inspiration et l'art se dégagent, se subtilisent, se distillent en perles étincelantes. » Son drame : Chastelard, est « coloré, ardent gonflé des tumultueux élans et des fièvres mortelles d'un amour effréné. » Il publia un Chant sur la Révo-i lution, un Salut à Hugo exilé, et après 1870, une Ode républicaine, où il acclame la République universelle Ses Chants avant le lever du soleil sont d'une pensée large, pleine d'espérance. Il apparaît avec de violente passions et de hautes idées, ai dent et sincère. Critique, on lui doit un Essai sur Shakespeare, où il caractérise magistralement chaque pièce. « A l'âpre modernité d< Baudelaire, il unit le don de comprendre et d'évoquei le beau selon le goût des classiques primitifs. »
Les Parnassiens angluis voulurent « oublier le vu gaire, travailler pour une élite. » William Morris a l'imagination, la vision, tous les dons du conteur ; i procède par larges masses d'harmonie. Ses principau ouvrages : La vie et la mort de Jason, le Paradis terrestre, forment un vaste recueil poétique. « Les poèmes de Morris semblent une suite de beaux songes purs et pleins d'harmonie... Comme v.n climat doux ei salubre, règne en ses vers une résignation antique une sérénité noblement familière, qui n'exclut ni 1 libre arbitre ni le constant effort de l'homme vers la grandeur et la beauté. » — Mathew Arnold, critique fut poète par instants. Richard Henri Horne donns plusieurs drames bien écrits et mouvementés. Hcnrj Taylor écrivit aussi des drames, d'un vrai sentimenl historique, d'observation sûre de l'âme humaine William W. Story fut un sculpteur poète.
Ces études s'achèvent avec John Payne. En une page éloquemmcnt gracieuse, Blémont définit le clair de lune poétique de John Payne, dont la muse est « vêtue de blanc et couronnée d'étoiles, » Son recueil : Intaglios, Respire une vive admiration et une grande expérience de l'art italien Le Palais des rêves forme deux livres : la Transfiguration des ombies,où l'on trouve la Légende de Rédemption, poème le plus saisissant de Payne ; et les Chants de la Vie et de la Mort, d'imagination septentrionale unie à l'art latin. Blémont explique en une belle et bonne page la douceur, pour un poète mystique, de se créer un monde imaginaire de vaporeuses légendes.
Voilà ce que l'auteur nomme des Notes. C'est de la critique protonde et véritable. Au lieu de s'étendre en d'innombrables et menues analyses qui ne prouvent rien et sont du temps perdu, il se borne — et c'est le seul rôle nécessaire du critique — à nous faire bien comprendre la nature, la pensée, les aspects et le but de ces écrivains. Si, de plus, je rappelle que ces Etudes furent écrites après la guerre, et publiées en 1872-187 i dans la Renaissance, on conviendra que leur auteur est le principal et souvent le premier initiateur à qui nous devons de connaître ces poètes anglais et américains ; bien des pages écrites à leur propos, et qui firent du bruit, ne vinrent qu'après les siennes. Là encoie, à côté du littérateur, je vois l'homme d'action, réalisant cet excellent résultat de joindre au courant littéraire français l'apport d'une bonne poésie étrangère. Ces travaux, sur des écrivains qui furent parfois des précurseurs de nos lettres, forment une autre con-
tribution de Blémont à la littérature nouvelle, qui lia en devait déjà quelques-unes.
Ce livre suscita le sonnet suivant, de Jules dei i Marthold :
« Poète ami, merci du souvenir charmeur Où l'art sacré revit comme au pays hellène, S'évoquant à nos yeux sur l'idéale plaine, Galère capitane où vous êtes rameur.
Romantique vaillant, impeccable rimeur, Qui nous donnez Shelley, lennyson, Henri Heine, Vous savez tout montrer avec grâce et sans peine, Vaste esprit parcourant le monde en bon semeur.
Les lettrés aimeront ces Beautés étrangères, Leurs épiques grandeurs, leurs tendresses légères, Fleurs au puissant parfum sans rien d'artificiel.
Les pôles ont la neige et Paros a le marbre ; Quel que soit le terroir et <|iiel que soit le ciel, Partout lhoaime est un arbre aussi beau qu'un autre arbre. 5 août 1904.
Ihe New-York Herald (le« septembre 1904) remarqua : «... Le poète est comme possédé du génie qu'il interprète... Ses éludes historiques et critiques, très curieusement documentées, mettent en lumière des hommes et des œuvres mal connus chez nous... » Edouard Petit écrivit au Journal du Dimanche du 18 : «... Il a choisi le meilleur dans l'excellent et il a composé une manière de florilège, avec tant d'originalité dans la transposition qu'elle vaut autant qu'une création... » «... Comme critique, dit Edmond Thiaudière dans la Bévue diplomatique (30 octobre), Emile Blémont se montre égal à ce qu'il est comme poète. Sa prose
remarquablement euphonique et cadencée est tout à ait digne de ses vers. C'est une autre sorte de musique "aite pour être goûtée par une oreille délicate, autant jue le fond môme de ses études le doit être par un ïsprit éclairé... »
Dans la Revue des Poètes du 10 octobre, B.-H. Gausieron disait : « Voilà un poète original, de talent gracieux et robuste, dont maints ouvrages, et notamment e volume En mémoire d'un enjant, atteignent cette réalisation du beau devant laquelle l'esprit secoue la chair d'un frisson, — qui se fait l'interprète enthousiaste de beautés littéraires anglaises, espagnoles, Remandes et italiennes, et qui, les revêtant du verbe tançais dont il est le maître, les propose à l'admira- :ion de tous... » Edmond Rocher, dans l'Atlantide : «... Où M. Blémont nous atteint au plus profond de nos nlimes sensations, c'est lorsqu'il fait revivre la grande fet démocratique figure de Walt Whltman. Le grand poète américain est érigé en larges touches, comme sous le pouce d'un Rodin... » Henri Duvcrnois dans a Pairie du 18 août : « Quel régal de retrouver dans aotre langue claire et harmonieuse la marque caracéristique, l'empreinte de ces génies divers ! Les Beautés étrangères forment un de ces recueils complets t définitifs qui prennent place dans une bibliothèque. » Saint-Yves dans les Nouvelles de Lyon : « Le volume entier est une mine où l'on découvre à chaque instant de nouveaux trésors... » Charles Le Goffic dans la Revue universelle du 15 avrii 1905 : "... Quand une traduction, une adaptation atteignent ce degré de perfec. tion extraordinaire, il n'est que juste d'y voir un eftor
original... Ce recueil est infiniment précieux poui l'entente des grands poètes étrangers. »
Blémont garde en portefeuille un volume inédit sui E'igav Poe.
Le 15 octobre 1904, Henry Roujon publia dans /< Temps une chronique : Revues littéraires, où je lis « Après la Guerre et la Commune, Paris fut pris d'uni fièvre de lecture... Mais la Poésie pure manquait dur « chez elle ». Tous les hommes dont la copie è t ai< d'une utilisation difficile constituaient une faction presque un parti, qui s'appela les Jeunes... L'organe par excellence du parti des Jeunes fut la Renaissanci d'Emile Blémont. Joli papier, d'aspect souriant, où la prose était rythmée, où la polémique avait des ailes, où les vers mettaient de l'espace. Tous les genrei de bonne littérature y furent gracieusement hospi-J talisés. La Renaissance vécut vaillamment et dura trop peu. On y vit passer, comme des météores, les personnalités les plus diverses. Des vétérans y combattirent avec des conscrits ; les enfances de Richepin et m Bouchor y fraternisèrent avec la sagesse nestorieune de Louis Ménard. Ce fut dans la marée montante de la presse un îlot de verdure, où les liserons se mêlaiefl aux chênes. »
Au Pays de John Bull, de Paul Maison (Lib. de m Picardie), parut avec une préface de Blémont, quant le souvenir de ses séjours en Angleterre, et conseillant d'emprunter à nos voisins d'oulre-MancJ ce qui nous manque, mais sans illusions, en noui tenant sur nos gardes. Un almanach-album pour 1905 : la Comédie-Française, les Sociétaires par les Auteurs
Edmond Depas), contient une notice sur Marie Kalb, a Claudine du Barbier de Pézenas, par Emile Blémont. 1 écrivit aussi la préface de la Maison des Souvenirs, le Fernand Hauser (Messein, 1905); il y disait : «... Plus m rimeur voudra être libre, plus il devra se montrer ucide et prudent, plus il aura besoin d'un tact sûr et i'un jugement supérieur. Certes, la force du terapéranent et l'audace de la pensée arrivent parfois à transbrmer en qualités tous les défauts... Mais heureux le poète assez ferme et assez ouvert à la fois pour maintenir intactes ses facultés natives en s assimilant celles des autres ! Heureux le poète qui, nourri du fruit de a science, conserve cependant l'ingénuité du Paradis perdu, les yeux et le cœur de l'enfant ; qui mêle en son âme toute la conscience à toute l'inconscience de 'humanité ; qui reste intarissable, pur et primesautier, omme un jaillissement de source !.. »
La Bégum Jeanne (Alph. Lemerre), poème improvisé en quelques heures, fut dit par Mlle Dudlay à la matinée donnée par le Comité Dupleix au grand amphithéâtre de la Sorbonne (19 février 1905). Des journaux la Presse, le Rabelais) le reproduisirent intégralement. M'ne Adam écrivit à son auteur : « Vous savez honorer les grandes Françaises, et chaque femme de France vous en est reconnaissante. » L'idée que Blémont dégage du poème au sujet de l'Asie :
Ah I mêler nos espoirs et nos fièvres sublimes Aux souvenirs géants de l'idéal décor !..
sera certainement un des grands actes de l'avenir. Aujourd'hui, l'Europe ne mêle encore que son sang à celui de l'Asie ; mais le poète est prophète, et son
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geste ample indique le rôle grandiose qui s'offre nous :
Semer le grain gaulois, pour une autre genèse, Sur ce vaste et fécond tombeau.
Le premier Congrès international ci 'Archéologie tenu à Athènes le 9 avril, rassembla une élite d savants. Devant eux lut dit, par Silvain, M»™ SilvaiE et J. Truffier, de la Comédie- Française, un poème dra matique d'Emile Blémont : Chez Phidias, qui parut che Lemerre. La scène représente l'Acropole, devant le ruines du Parthénon. Un visiteur moderne évoqu I Phidias ; il s'agit de sauver ce que le temps et le^ " hommes ont laissé debout du temple souverain. Après ! cette partie clairement descriptive et finement didac-i tique, Phidias fait revivre l'époque superbe où. aved l'aide de ses disciples, il éleva cette merveille d'art i et il conclut :
Ni l'or, ni la victoire, Ni rien d'humain ne peut recommencer l'histoire. A quoi bon restaurer le temple et les autels. Quand, la foi s'éteignant, sont morts les immortels? 11 faudrait relever, avec le sanctuaire, Tout un siècle étendu dans l'ombre mortuaire ; Il faudrait réveiller les héros chez Pluton, Retrouver le Paaan, refaire Marathon, Rendre à Phœbus son char, rendre à l'aigle son aire, Et dans la main de Zeus remettre le tonnerre.
Alors apparaît Athèna-Parthénos. Ne portez pas lesi mains sur mon temple en ruines ! dit-elle :
Le destin, ia nature, à sa splendeur pâlie Ont mêlé leur mystère et leur mélancolie ;
BEAUTÉS ÉTRANGÈRES. — CHEZ PHIDIAS 28î
Et sons la majesté des siècles de douleur
Il semble plus sacré qu'il n'était dans sa Heur.
Le Parthénon survit : vénérez sa vieillesse !
Avec des soins pieux protégez-le sans cesse,
Ainsi que vous soignez l'aïeul fragile et cher
Qui doit aller, hélas ! où s'en va toute chah,
Mais qui longtemps chez vous demeure, cime auguste,
Modèle aux cheveux blancs du héros et du juste,
Et qui, dans les hardis émules qu'il aura,
Par la race ou l'exemple à jamais revivra.
tte deuxième partie vibre entière du noble respect s œuvres anliques. On ne restaure pas les monu- 2nts de l"art et de la foi : on les soutient, on les imite ur en propager l'image, ou l'on fait d'autres œuvres. 1 est le sens de ce poème d'Emile Blémont, qui a su ntourer d'une pure atmosphère hellénique, et l'anir d'une émotion d'artiste moderne.
Le Néon Asti (La Cité nouvelle), principal journal otidien d'Athènes, ofïrit à ses lecteurs, dans les lonnes de sa première page, élargies pour les alexanins de Blémont, les principaux fragments du poème amatique si applaudi, qui portait là ce titre grec : alogos Pheidiou kai sugchronoa (Dialogue de Phidias de l'étranger). Le Figaro du 19 mai reproduisit in- {ralemcnt le poème. Camille Le Senne en donna des traits dans le Siècle (19 juin). Pierre Vanneur (le nseur, juillet) y reconnaissait « ... la prière du poète, prière ailée, qui, déployant la superbe envergure de ; rimes sonores, prend l'essor en chantant et plane ciel de l'Attique. . » Emile Faguct fit des citations
au Journal des Débats (10 juillet), ajoutant : c ... Ce divertissement littéraire n'est pas sans faire honneur art bon poète Emile Blémont. Et puis, par qui faire saluer le Parthénon, si ce n'est par le Parnasse? »
Paul Meurice écrivit à l'auteur : « Je viens, cher ami, de lire ce beau poème, et je vous écris tout ému. Vous avez fait parler divinement Phidias et la déesse. Il y a de ces vers qui font tressaillir... » Henri d'Almeras avait dit dans la Presse du 8 août : « L'auteur de ce poème sait faire le vers, ce qui devient de plus eni plus rare. Il prend la peine de resserrer entre des I rimes sonores et bien venues des pensées réellement ï poétiques. L'ouvrage qu'il dédie à Phidias a la lumière et l'éclat d'un bloc de marbre du Laurium qui se pro-ifi file dans l'azur. »
Quelques jours après la représentation de Chez Phidias, Emile Blémont fut élu à l'unanimité président P de la Société des Poètes français.
Le Génie du Peuple. — L'Ame étoilée
De 1901 à 1905, Emile Blémont. a publié dans le Penur des nouvelles, des poésies, des études. La preière de celles-ci fut : la Jeunesse de Victor Hugo îars 1901). Vinrent ensuite : l'Esprit el l'Ame selon ictor Hugo (décembre 1901); Victor Hugo et les bêtes îars 1902) ; Alfred de Vigny intime (avril 1902) ; Petits mvenirs sur Alphonse Daudet (juin 1902), etc.. Dans >n Edgar Quinet, Blémont rappelait cette idée du phisophe, qu'une religion nouvelle, républicaine, est la :ule solution du grand problème actuel. Quinet reconiit dans la Révolution française la force destinée à :nouveler le principe religieux : réforme ni romaine i judaïque, ni anglo-saxonne, mais franchement franlise et largement humaine, conciliant la foi et la lison. « C'est dans son œuvre, conclut Blémont qui le miprend si bien, qu'il laut chercher son âme; on y •trouvera, avec lui, les grands principes et les nobles :nthnenls trop oubliés ou trop dédaignés aujourhui. » — Je rappelle encore les essais concernant jeuvre d'André Chénier (février 1904), le Texte primi- 1 des Chants populaires français (mars), le Folklore France (août), la Métaphore chez Victor Hugo lovembre), Henri Heine (septembre, octobre) : toutes
remarquables pages. Citons enfin les souvenirs propos iVAngelo et de Notre-Dame-de-Paris (mars 1905
Les études de Blémont offrent un aspect large précis, une texture d'érudition, une finesse analytiqu et une vivante synthèse, qui en font de précieux tr vaux à consulter. Le jour où celles-ci seront éditées, avec d'autres publiées ailleurs, nous aurons un o vrage de critique indépendante, élevée, solide, vra ment belle, et bonne plus encore.
Le Génie du Peuple, paru en juin 1905 (A. Le merre), comprend d'abord Y Esthétique de la Traditio populaire, dont j'ai dit l'excellence au temps de la pr mière édition. Blémont passe de cette vive théorie son expérimentation, en restituant des contes, de fables d'autrefois. C'est la légende de la Mégère appi voisée, que Shakespeare a empruntée à nos chronique des xie et xne siècles; Blémont en rapproche un autr conte, naïl, moral et touchant: Y Histoire du roi Bec-de> Grive. Il y a là une ingénuité fraîche et pénétrante, qu Shakespeare n'a pas toujours gardée : *< Souvent, ceu qui courent après la muse populaire ne l'attrapent aul vol qu'en lui arrachant ou en lui froissant ses ailes» de papillon, ses ailes divinement irisées, si célestes et si frêles ! »
Mais voilà saint Martin, et cette délicieuse invention: ] l'été de la Saint-Martin accordé au saint homme par le ciel pour le garantir du troid, quand il a donné aux ■< pauvres tout ce qui 1 en défendait. Il faut voir la grâce souriante, la fine bonhomie de l'auteur apercevant et démêlant, non sans une sagacité prudente, les gestes et paroles de l'histoire et de la légende, si souvent entre- \