‹ Émile BlémontChapitre 12 sur 21 · LE GÉNIE DU PEUPLE. — L'AME ÉTOILÉE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DU PEUPLE. — L'AME ÉTOILÉE

comme il a plus d'esprit que Voltaire? » Et il confirme : « Le peuple est un poète, un très grand poète, le plus grand de tous les poètes ; donc l'histoire populaire est poétique... Elle a toutes les passions, tous les entraînements du monde ; et c'est justement pour ce motii qu'elle exprime admirablement l'âme des foules. > Et les périodes littéraires peuvent entier, l'une après l'autre, en décadence; lasource est intarissable :« Ainsi que les temps héroïques, les temps artistiques ne sont jamais clos pour le peuple. »

Ce titre : le Génie du Peuple, m'a plu d'abord par luimême. Ce lut comme une figure amie, subitement et Joyeusement retrouvée. Mais qu'y avait-il derrière? Notre temps pullule de titres remarquables qui recouvrent généralement du vide, ou pis encore : de l'erreur. Et celui-là était bien grand, grand comme le peuple même, qui ne le fut jamais davantage qu'au jourd'hui, où seul il peut sauver la France, et par la France, la race de Japhet, si l'une et l'autre peuvent encore être sauvées ! Eh bien ! le livre est digne de son titre : Blémont est allé droit à la fraternité, cette lumière du cœur ; à la poésie, cette étoile de l'âme ; éclairé par elles, il a vu profondément le peuple et en a montré la naïve grandeur, la force fidèle, l'enthousiasme et la bonhomie. Il vient à son temps, cet ouvrage, puisque le peuple commence enfin son œuvre personnelle et libre, selon sou génie spécial.

Oui, Emile Blémont est avec nous, disais-je récemment dans ma « Chronique du Livre » de la Revue lit téraire (juillet), et il a fait mieux que nous rejoindre.

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Toute son œuvre, pas à pas, en évolution lente et sûre, se dégagea du Romantisme, puis du Parnasse, puis de ces courtes étapes intermédiaires qui nous précédèrent ; elle y venait naturellement, vers cet avenir qui est enfin le présent, vers nous qui savons, comme Blémont, que seul le peuple, appuyé sur la foi reconquise et la raison maintenue, peut encore tout sauver,

— et qui attendions, sûrs de lui comme de nous, cette orientation hautement alfirmée de sa pensée, laquelle ne pouvait mentir à ses origines, à son passé de poésie idéale et de sage action.

Ph. -Emmanuel Glaser, au Figaro du 9, dit : « .,. Le livre forme un ensemble harmonieux, séduisant, hautement instructif, et qui mérite d'être apprécié par tous les amis des belles et bonnes lettres. » M.-C. Poinsot (Vox, juin) remarqua : « ... C'est de la bonne décentralisation, de la bonne critique littéraire et de la bonne démocratie... » Le Petit Bleu (15 juin) signala «... cette suite d'études pleines de substance et de saveur, ces observations très justes, ces aperçus ingénieux, ces curieuses exhumations, en une langue prudente, claire et précise... » Notons encore, de Fernand Rivet (Chronique mondaine) : «... M Blémont a montré avec excellence ce que gagne le génie du peuple à passer au laminoir d'un écrivain qui sait son métier...»

— De la Nouvelle Revue (15 juillet) : « ... Livre d'un démocrate éclairé et d'un généreux poète. » — De A. -M. Gossez (Echos mondains) : « ... Il y a là toute une mine de découvertes curieuses...» — De Fernand Hauser (la Pre::se, 16 juillet) : « ... Voici un livre magistral, nous rappelant qu'Emile Blémont est un des précurseurs di

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mouvement traditionnaliste actuel... » — De Florian Parmentier {l'Essor septentrional, juillet) : a ... Livre à méditer, d'une philosophie à la fois simple et profonde... » — D'Alcanter de Brahm (le Rappel, 28 septembre) : « Si le champ traditionnel, qui se peut cultiver déjà dans l'histoire démocratique contemporaine, ne possède pas des éléments suffisamment puissants pour satisfaire les foules et aider à leur conquête, ne saurions-nous trouver, comme le pense M. Blémont au cours de ses diverses études, sur l'esthétique de la tradition populaire, un moyen de renouer au présent le fil d'or du passé, en nous aidant, et de l'histoire du peuple et de son évolution à travers la Féodalité, la Renaissance et la Monarchie absolue, et en ajoutant à cet enchaînement logique des faits, envisagé selon la philosophie de l'histoire, le côté imaginatif des îormes lyriques du passé ? »

Dans un article d'Olivier de Gourcuff sur Emile Blémont {Nantes mondain, juillet 1905), je lis : « Peu d existences d'hommes de lettres ont été aussi bien remplies. Plus de soixante volumes ou plaquettes de poésie, de critique et d'histoire de la littérature, attes" tenl une activité qui ne se dément jamais, et la marche en avant d'un esprit toujours en éveil... Il a fait le tour des langues et des littératures du monde entier... Il s'est plu dans la compagnie de trois des grands éducateurs delà race française, Corneille, Molière, Hugo. . Je crois qu'entre tous les ouvrages d'Emile Blémont, dont il appréciait le talent, l'auteur des Misérables aurait distingué celui qui vient de paraître : le Génie du Peuple. Notre poète, fin lettré, interroge l'âme po-

pulaire, et, comme d'une harpe, il en tire de merveilleux accents... »

Le Figaro du 22 août a annoncé l'apparition prochaine de plusieurs ouvrages de Blémont. Plus récemment, le Rappel (28 août) publiait : « La Sociétt des poètes français, présidée par M. Emile Blémont, vient de prendre l'initiative d'un appel parfaitement digne d'intérêt : il s'agit de créer un prix de Rom< de poésie, alternant avec un prix de Rome poui les prosateurs, de façon que l'un ou l'autre soit décerné tous les ans. » En effet, si les prix de Rom« sont vraiment utiles, pourquoi les artistes en ont-ils, alors que les littérateurs en sont exclus ? Il faut savoir gré à Emile Blémont et à la Société des Poètes français d'avoir protesté contre une telle injustice.

Cette question du prix de Rome de poésie a étc posée à la Chambre des Députés, le 12 février 1906, par M. Charles Couyba(en littérature Maurice Boukay), lequel, dans son discours, a rappelé que « M. Emih Blémont, un des défenseurs les plus autorisés de* hommes de lettres, s'en fut, un beau jour, trouver M. le ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts, et lui tint à peu près ce langage : — Monsieur h ministre, vous savez que les voyages forment la jeunesse et vous en connaissez des exemples laineux. Lamartine à Naples, Musset à Venise, Victor Hugo Madrid, Chateaubriand en Amérique, Verlaine au payi de Shakespeare, sont allés autrefois, et nous ont rapporté de leurs voyages toute une rénovation littéraire et poétique... Pourquoi n'accorderiez-vous point des

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bourses de voyages aux jeunes littérateurs peu favorisés du côté de la fortune?.. »

Le ministre a répondu, avec l'approbation de toute la Chambre, qu'il se disposait à l'aire cette création très prochainement. On peut lire son discours, et celui de M. Couyba, dans le Journal officiel du 13 lévrier (pages 639-640).

Par une lettre du 9 avril 1906 adressée à Emile Blé mont, le nouveau ministre de l'Instruction Publique, M. Aristide Briand, a confirmé la fondation d'une Bourse nationale de Voyage littéraire, et a approuvé le choix des membres de la Commission qui doit désigner alternativement, comme titulaires de cette Bourse annuelle, un poète et un prosateur. La Commission a tenu sa première séance le 12 avril ; Blémont a été nommé président à l'unanimité.

Pour l'inauguration du Monument d'Alfred de Musset (23 février), Emile Blémont a prononcé un discours très applaudi : « ... Il mérite qu'on le nomme le poète de l'amour et de la jeunesse, car ses vers ont consacré ce qu'il y a de vraiment supérieur, de merveilleusement mystérieux, de presque surhumain et de presque surnaturel dans la jeunesse et dans l'amour. S'il fut souvent trop infidèle aux réalités d'iei-bas, c'est qu'il resta trop fidèle à son idéal, c'est que son idéal était trop beau pour lui permettre d'adorer paisiblement les imperfections de ce monde... »

Le 4 avril, au théâtre du Châtelet, dans un Grand Concert au bénéfice des veuves et orphelins de la catastrophe de Courrières, M"e Delvair, de la Comédie- Française, a dit une poésie de Blémont : Pour les Vie-

times de Courrières (Imprimerie Robert, à Paris, avec couverture illustrée par Steinlen), où il sait, comme en ses précédentes pièces de circonstance, allier la pure forme descriptive et les sentiments généreux :

Vers la silencieuse et plaintive maison Où ne reviendra plus, vivante providence, Le père, à tous les siens portant la subsistance. Que notre amitié vienne, ayant fait sa moisson'... Que l'homme, instruit enfin par tant de maux soufferts, Dompte mieux les fléaux dont ce inonde est la proie! Subjuguons l'élément aveugle qui nous broie ; En pacificateurs conquérons l'univers.

Un nouveau recueil de poésies : l'Ame étoile (Lemerre, avril 1906), vient d'être publié par Emile Blémont. Dans la première partie : Amour et NaturI il cueille de frais et tendres bouquets printaniers, note des harmonies douces, souriantes, une alerte Symphm nie buissonnière et cetle Blancheur célesle :

Les fleurs des hauts tilleuls, par le vent caressi

Dans l'ombre, au clair de lune, embaumaient nos pensées. |

Nous ne nous parlions pas, nous regardions les deux ;

Mais nous nous comprenions plus tendrement et mieux ;

Et nos finies, dans l'air tout imprégné de sève,

Ensemble se laissaient aller au même rêve,

Au beau rêve d'amour éternel, d'amour pur.

Qui semblait revêtir de b'anc la monde ol'

Puis il chante une jolie Chanson fidèle :

Sur les vallons arides En vain soufîle l'hiver ; Le cœur n'a pas de rides, L'amour est toujours vert.

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