LE GÉNIE DU PEUPLE. — L'AME ÉT0ILÉE
Pour des Amis, c'est d'abord ce remarquable sonnet mademoiselle Camille B... :
Ainsi nous te perdons, tu pars. Ah ! tu voudrais Ne ie jamais quitter, ce doux pays de France, Patrie où parmi nous te berça l'espérance, Où trop souvent, dis-tu, reviendront tes regrets.
Reçois tous nos baisers ! Bientôt, sous les agrès Que la houle des mers dans le ciel nu balance, Au loin, vers l'avenir obscur, avec vaillance, S'en iront ton cœur tendre et tes chastes attraits.
Tristes sont les adieux ; mais tu pars jeune et belle. Vois-tu. cousine, aux longs chagrins on est rebelle Lorsqu on a tes yeux clairs et l'âge des amours.
Oublie, aime, sois femme et mère ! 0 charmeresse, Nous garderons en nous la fleur de ta jeunesse ; Et ton regard d'enfant nous sourira toujours.
iennent ensuite les Souvenirs du Pays messin, Pour ndré GUI, Jules Tellier, que nous connaissons. Des aysages tourangeaux, de Joseph de Nittis, incitent le aète à faire revivre les jours de sa jeunesse. Voici un •oupe douloureux d'Alfred Lanson.un radieux paysage .tival de J. van Driesten, un dessin japoniste de Félix égamey.Nous connaissons Ali, sonnets pour mon chat. a station amicale s'achève par des vers à Louis Labat, ar une rêverie rustique d'après Robert Burns, enfin ïr une excellente, une généreuse page à propos de la îasse, jeu lâche et féroce.
La troisième partie du recueil, En Mémoire d'un *fant, est la reproduction du livre que Blémont fit liter pour ses amis en 1899.
300 EMILE BLÉUONT
Jusqu'ici, nous avons eu des rappels de la poésie sentiment qui anime plusieurs ouvrages de Blémoi depuis la grâce printanière dont il est passionné, ju qu'aux lamentations paternelles. Le ton va s'élev Devant l'Infini :
Ces vers sont faits d'amour, De douleur et d'extase ; Dans l'ombre où meurt le jour, Tout l'infini s'embrase.
Et d'abord s'oftre cette Adoration :
Mes yeux, mes sombres yeux sont pleins d'astres, ce soir^] Je respire un parfum de fleurs qui me pénètre ; Sous les calmes rayons où je me sens renaître, Un invisible ami vient près de moi s'asseoir.
Que la nature est belle à qui sait la bien voir ! Comme l'air frais qui souffle est doux sous le grand hêtrer Et comme, du ciel même, à travers tout mon être Court le frisson léger du caressant espoir !
De ce monde, pourtant, que dois-je attendre encore ? Quel avril désormais peut dans mon âme éclore Et fondre sur mon front les neiges de l'hiver?
Mais j'ai l'extase au cœur, je contemple, j'adore ; Et dans l'ombre où déjà fuit tout ce qui m'est cher, Il semble que je vais chanter comme à l'aurore.
Le poète évoque ses joies d'artiste, ses heures d'amoui ses rêves ; il lui reste, de ce passé, le noble souci de Bonnes Œuvres :
Il faut loujours donner sans espoir de retour,
Et dans le fond du cœur n'aimer que pour l'amour.
Nous retrouvons les mélancolies delà Saison cïIJoal