‹ Émile BlémontChapitre 14 sur 21 · LE GÉNIE DU PEUPLE. — L'AME ÉT01LÉE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DU PEUPLE. — L'AME ÉT01LÉE

e. Parmi d'autres pièces dans le même ton grave et :ueilli, cette désespérante et si vraie page, le Péril :

Et nos meilleurs côtés sont les plus vulnérables !

Refuge est un retour de l'âme à la résignation :

Puisque tu peux mourir, puisque la délivrance, Quand tu souffres le plus, est toujours dans ta main, 0 faible chair humaine, ô pauvre cœur humain, Frère, ne te plains pas de ta longue souffrance.

Même si nul ami ne vient te secourir, Même si tu n'as plus ta femme ni ta mère, O vaine ombre qu'anime une flamme éphémère, Attends sans blasphémer, puisque tu dois mourir. Le morne et froid vieillard, qui de tout se défie, Dans sa jeunesse ardente eut au moins un beau jour. Soumets ton âme au sort : il t'a donné l'amour 1 Puisque tu vas mourir, ne maudis pas la vie.

.'ascension du poète Vers le Vrai, le seul vrai mortel, est achevée :

L'invincible Espérance Ne saurait nous mentir, quand ses divins accords Nous disent l'union des Ames et des corps Dans un rayonnement d'apothéose immense • Et l'univers n'est pas un acte de démence,

douleur?

C'est la révélatrice austère de la vie.

Le monde entier l'explique et tout la justifie.

Sans la nuit, saurait-on le pur éclat du jour ?

Saurait-on, sans la mort, tout ce que peut l'amour l

Et celui qui jamais sur une fleur flétrie

N'a pleuré dans l'exil, connaît-il la patrie ?

La vérité suprême ?

Tout pâlit auprès d'elle ; et les firmaments d'or, Remplissant 1'infiui de leurs soleils sans nombre, Ne sont qu'aveuglement, stérilité, nuit sombre, Dès que rayonne en nous le tout-puissant flambeau. . j

Après cette belle et vigoureuse page, flottent des rêvt

ries sur la grève, au bord du lac...

Je vous respire et vous devine, 0 vous que l'on ne comprend pas, Ame universelle et divine !

Lisez cette belle et pure Communion :

Le jour décroît dans les limpides profondeurs.

L'air moins lourd, imprégné de plus fraîches senteurs,

Mêle au bruit clair de l'eau sous les branches mouillées

La musique berceuse et vague des feuillées.

Par les murs du village et les champs d'alentour,

Les rumeurs du travail s'apaisent tour à tour.

L'angélique frisson des cloches, sur l'église,

Tinte dans la douceur du soir qu'il divinise ;

Et déjà l'on peut voir, à ce fervent appel,

Une étoile argentine éclore au sein du ciel.

Le soleil s'est couché. La dernière hirondelle,

Pour revenir au nid, donne un dernier coup d'aile.

Du rideau d'or qui tombe, un monde enchanté sort ;

La nuit calme s'emplit d'astres, comme la mort.

Le Rêve, ange flottant sur le souffle qui passe,

Nous apporte le lys qui lleurit dans l'espace :

L'infini tout entier s'ouvre et scintille, pur.

Tout est mystérieux, mais rien ne semble obscur ;

Tout se tait, mais au fond du silence ruisselle

Une exquise harmonie, intime, universelle,

Qu'on ne peut percevoir qu'avec l'âme et le cœur.

Ce n'est pas une voix unique, c'est le chœur

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