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LE PARNASSE

de commerce. L'avocat-poète était libre d'aller et venir. L'homme de lettres luttait en lui contre l'homme de loi ; mais le père guettait, usant les forces vives du fils en tiraillements fiévreux et stériles, pourchassant la poésie, cette oisiveté ! Jamais on ne pourra persuader aux gens que les poètes sont les plus ardents, les plus acharnés des travailleurs, et non les moins utiles ni les moins respectables.

Le jeune homme était beaucoup plus occupé que ses camarades poètes-employés ; tandis qu'ils se donnaient presque entiers à leur art, notre avocat compulsait laborieusement ses dossiers ; c'est en de courts loisirs qu'il écrivait ses vers, parus plus tard dans la Renaissance et dans Portraits sans modèles. Il publia toutefois, en 1866-1867, quelques petits poèmes dans les Coulisses parisiennes, ainsi qu'un article sur les Idées de Madame Aubray qui lui valut quatre pages de Dumas fils. Il écrivit aussi au Nain Jaune, où ses Pitiés de la nature (n° 29, septembre 1866) offrent, nous semble-til, une frappante analogie avec le dénouement d'un des plus célèbres poèmes de la deuxième Légende des Siècles, poème que Hugo, sur le brouillon, a daté du 20 août 1876 : le rouge-gorge qui, dans les Pitiés, crève les yeux du spectre, joue exactement le même rôle que l'Aigle du Casque.

Quant à la Sous- Maîtresse (8 août 1866), nous constatons qu'elle a précédé le Crépuscule des Poèmes modernes de François Coppée.Unsoir d'été, Blémont reçut à dîner, rue La Bruyère, quatre ou cinq poètes amis, dont Coppce. On dit, on lut des vers. Pour sa part, l'amphitryon récita la Sous-Maîtresse, et aussi un

poème alors inédit, intitulé Confession, sorte de monologue où, après quelques vers de mise en scène, un jeune homme, dans sa prison, raconte comment il assassina le mari de sa maîtresse. Le dernier alexandrin était :

Je ne sais plus comment j'ai fait, je l'ai tué!

Lorsque Coppée donna ensuite la Grève des Forgerons, les amis des deux poètes pensèrent que la forme en pouvait bien avoir été suggérée par celle du récit que Blémont avait lu rue La Bruyère. Coppée avait compris l'avantage que présentait cette forme du monologue dramatique ; il supprima toute explication non parlée, donnant immédiatement la parole à son personnage.

Dans la nuit du 14 janvier 1869, après la première représentation du Passant, un souper rassembla chez Nina de Callias, rue Chaptal, presque tous les parnassiens. En revenant au logis, Blémont songeait au théâtre, qui le tentait de plus en plus. Il avait ébauché des pièces : le Premier mai, petite comédie lyrique ; Berthe d'Aiguebrnne, tragédie ardente en une prose concise, nerveuse ; Carmen, grand drame romantique en vers. Il lut cela à ceux qui lui témoignaient de la sympathie. Il voyait souvent Paul Arène, allait Place Royale visiter Alphonse Daudet. Chez Léon Valade, il rencontrait les deux frères Cambon, les futurs ambassadeurs, qui, ainsi que Mallarmé, raffolaient d'Edgar Poe, et qu'il retrouvait au Palais. Parfois, avec Villiers de l'Isle-Adam et quelques noctambules, il passait la nuit chez Brébant ; on parlait esthétique et

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