‹ Émile Clermont, sa vie--son uvreChapitre 22 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Voyages en Italie et en Allemagne.

Eu dépit des égoïstes et dures théories qu'Emile semblait avoir acceptées, il était, pendant toute cette crise, demeuré très affectueu^x pour toute sa famille et ses amis. A cette époque s'était resserrée encore Tamitié qui Tunissait à son plus jeune frère, Didier, venu le rejoindre à Paris, âme très sensible, mais un peu faible et qui subissait aveuglément son influence.

Chaque dimanche après-midi, il y avait une petite réunion de famille, soit chez Tun^ soit chez l'autre — et, tout en prenant le thé, les frères et sœurs se mettaient mutuellement au courant de ce qui avait marqué le plus dans la semaine. Emile notait ensuite les menus faits qui l'avaient intéressé, et c'est ainsi que sur une feuille volante se trouve cet écho de patronage :

« Au catéchisme, les petites filles se précipitent pour répondre ; les garçons, plus lourds, attendent les questions. « Quelle différence faites-vous entre Dieu faisant le monde et un

LE DILETTANTE JOO

ouvrier? » demande le prêtre. Un gros petit garçon épais répond ; « Ça ne l'a pas fatigué ! n

Au milieu même de ces réunions de famille, que de fois Emile se montra nerveux et troublé, eu proie à cette sorte d'excitation qui rappelait la cri^e violente traversée au début de son séjour à Paris. Pour qui le connaissait intimement, la manière dont il prenait et serrait la main étajt à elle seule un sûr indice de l'état plus ou moins ag-ité ou il se trouvait, Et ce n'était pas sans une réelle inquiétude et même un sentiment de pitié qu'on le voyait, lui, dont l'esprit était si ferme et si sérieux, s'abandonner ains^ à des impressions perpétuellement changeantes.

Ces impressions de toutes sortes produites sur lui par les événements ou par les objets extérieurs, il les notait rapidement, d'une fine écriture serrée, et à dessein presque illisible, avec l'intention de revgir et d'utiliser plus tard ces brefs mémentos, A titre d'exemple, citoDs cette description :

(( Chevet de Notre-Dame un soir de printemps. — En avant une ceinture de marronniers lourds de. feuilles, vert sombre, profonds et frais; la cathédrale ramassée sur elle-même, haute, robuste, élégante, avec ses arcs-boutants qui lui font une parure légère, grand style du vaisseau de la nef.

« Au-dessus le ciel, ciel d'après la pluie^ vif, frais, étincelant; une bande de nuage cachant le soleil, mais d'autres au-dessus plus petits, nageant dans l'azur, roses, orange — dorant les quais; rapide fête du ciel. Impossible de ne

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