IV EMILE CLERMONT
ailleurs pour le moment et tant que la guerre durera... Je vois passer les jours sans souci, avec des occupations constantes qui ne me plaisent pas, mais dont je sens tout à la fois la nécessité et en somme la valeur... Je ne pense pas à grand chose, mais je suis bien moins nerveux; j'ai bien moins de sensations d'art, mais plus de paix... C'est une autre réalité, une autre dureté, bien plus authentique. J'ai en plus cette impression suffisante d'assister sans cesse à une grande tragédie qui élève la signification des paysages et des jours... »
// demanda à faire partie d'un peloton destiné à former des officiers, tout en écrivant : « Ce poste sera plus pénible, plus dangereux que ce que je fais en ce moment. » Quand il fut nommé souslieutenant, il quitta le régiment de réserve dont il faisait partie pour rejoindre le régiment d'activé déjà reformé deux fois, où il savait devoir être bien plus exposé, et en exprima sa satisfaction : « Je suis si impressionnable que j'aurais pu avoir peur devant le danger; maintenant, comme j'aurai à donner l'exemple du courage à mes hommes, je sais que je resterai ferme jusqu'au bout, et c'est tout ce que je demande. »
Quels efforts il lui avait fallu pour dominer son extrême sensibilité, que la seule perspective d'une douleur physique faisait frémir, et sa délicatesse nerveuse qui reproduisait en quelque sorte en luimême les souffrances des autres. Les spectacles auxquels il devait assister lui causaient un sup-