‹ Émile Clermont, sa vie--son uvreChapitre 4 sur 52 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

plice. lien était parfois accablé. Son âme demeurait obsédée de souvenirs, d'images et de cris. Nous autres, loin des champs de bataille, quand nous voulons énumérer les horreurs des Allemands, nous nous en tenons à des expressions quasi abstraites, nous parlons des gaz asphyxiants, des liquides enflammés, des torpillages, et rien de tout cela ne fait image-, mais chaque combattant a vu des choses qui demeurent dans sa conscience et le noyent de tristesse. Ce serait d'ailleurs criminel de les mettre inutilement sous les yeux du public, quand chacun a bien assez de porter à cette heure le fardeau de ses expériences.

Emile Clermont s'était obligé à surmonter sa nature. Dans ses notes, on trouve des mots poignants : (( Étant seul et souffrant beaucoup sur un champ de bataille... ne pas avoir d'autre témoin que soi-même et se bien tenir. » Ailleurs, parlant de l'enterrement d'un officier : « Aider à supporter la douleur par sa présence, plus de courage qu'à s'éloigner. » Donner Vexemple de la fermeté, adoucir les épreuves de ceux qui F entouraient, aider les autres à supporter leurs souffrances, dont le seul spectacle le suppliciait, c'était maintenant sa règle, sa pensée directrice, et il s'en expliquait avec une chaleur profonde, avec le sentiment le plus fort et le plus vrai. Il n'avait pas perdu Veffroi de la mort et de la souffrance, mais il le dominait en le regardant en face.

Extérieurement même il avait changé. Moins de

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