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CHAPITRE XXX

Voyage en Bretagne. — Apaisement.

Derniers travaux.

Arrivé à cette extrémité de souffrance morale, Emile ne voyait plus pour lui qu'une chose possible, se raidir contre la douleur et accepter la vie avec cette dureté et ce stoïcisme qui sont parfois les seuls refuges que puis* sent trouver une âme très vibrante. Sur cette volonté ainsi tendue, quelle influence aurait pu avoir la guerre? 11 est difficile d'en juger; il est probable pourtant que répreuve eut été plus lourde encore à porter. Heureusement la détente se produisit avant cet instant redoutable. Le journal d'Emile a seul révélé le secret de cette transformation d'âme accomplie à Roscoff en 1914-

Mais avant de citer la page destinée à en conserver le souvenir, suivons d'abord un peu Emile dans ce dernier voyage qu'il fit en Bretagne seul et si tristement.

A Tréguier, la statue de Renan l'arrête. 11 en fait une longue description et discute à loisir les trois phrases gravées sur le socle : « P^ien de grand ne se fait que par la science et la vertu. — La foi qu'on a eue ne doit pas

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être une chaîne. — L'homme fait la beauté de ce qu'il aime et la sainteté de ce qu'il croit. »

(( Oui donc, s'écrie Emile après avoir copié ces phrases, qui donc a choisi ces pensées pour les inscrire là? Trois idées de primaire, bredouillag-e et gâchis...

(( Phrases prises bien à tort, continue-t-il, pour l'évangile d'une démocratie primaire et têtue, comme la solide base d'une culture où rien n'entre de divin; beauté, amour, sainteté, foi, tout cela comme un tas confus de choses élevées qui se muent l'une en l'autre comme on veut. C'est vraiment l'esprit d'erreur, à moins de le prendre sous son autre aspect qui est celui de l'ironie dédaigneuse, qui n'accorde même pas un examen sérieux et un esprit d'analyse et de discernement. Bien pauvres d'un côté, bien méprisantes de l'autre.

(( Mais lui, le malicieux, comme il se serait moqué de ceux qui mettaient ces pauvretés en lettres d'or et de ceux, combien nombreux, qui ont adopté avec une conviction naïve, pour penser d'une manière élevée, ces procédés arbitraires et lâches... Cette manière de penser a fait école; il y a eu un style révolutionnaire pour nous très perceptible ; il y a eu le ton de la philosophie du xvni^ siècle, il y a eu le ton de la pleurnicherie morale, les affirmations

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yag'ues et sonores où se mêlent en tas les mots de solidarité, charité, sainteté^ amour, beauté, devoir; on pique au hasard... sans songer que cette g'randiloquence pompeuse est une injure à toute vérité et qu'il n'y a pas d'élévation sans vérité. »

De Tréguier Emile se rendit à Trégastel, puis à Roscoff. Parmi les descriptions semées dans son journal, en voici une qui montrera une fois encore combien son âme s'harmonisait facilement avec les paysag-es doux et brumeux :

(( Brume sur la mer; la brume s'éclaire et devient bleue; le soleil la rend bleue en la traversant, et légère, tamisée, imprégnée de soleil, amollie, 'arrondie; l'ile de Batz apparaît noyée dans cette douce brume, son église et ses maisons touchées par le soleil, comme si les vapeurs bleuâtres s'entr'ouvraient justement pour la laisser voir. Douceur et rêve.

(( La brume continue à s'élever, la mer semxble polie comme si une surface unie de lumière argentée s'étalait au-dessus, jusqu'aux lointains de l'horizon. où elle se confond avec la brume ; des rochers noirs trouent cà et là cette surface, et sur l'un d'eux une bande de mouettes blanches est posée.

« Doux éclairage lumineux et fondu.

(c Heures parfaites. :p

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Comme Emile ne se mêlait généralement que fort peu aux personnes qu'il rencontrait à l'hôtel, il vivait en voyage dans une solitude presque complète. Aussi pendant son séjour à Trégastel passa-t-il de longues heures au bord de la mer, contemplant, rêvant, moditant. Au retour d'une de ces promenades solitaires, il écrivit les pages suivantes :

(c U est midi, la mer est basse, hérissée de rochers rougeâtres, en forme de pihers. Les flots sont calmes, unis, miroitants; l'immobilité sous le ciel, un silence immense... Tout est délicieux, aspect heureux, brillant, limpide. Penché sur une nappe d'eau laissée dans l'excavation d'un rocher par la mer en se retirant. Là merveilles; peut-être 70 centimètres de long, 10 centimètres de profondeur avec un endroit plus creux. Une eau limpide, transparente, claire, jolie, immobile, et là un entassement de vie extraordinaire, un g-rouillement, c'est un petit univers au milieu de ces rochers desséchés. Des algues brunes, d'autres jaunes; des g-oémons, rubans unis, polis, vernis, rougeâtres, des mousses d'une délicate et fine chevelure vert clair lumineuse, peignée et brillante, tout cela entremêlé, nuancé par l'eau même, fouillis de formes et de couleurs, flottant, tapissant une partie du bassin. Et combien d'animaux! peu à peu on les voit apparaître; plusieurs poissons noirâtres de la grosseur des goujons, mais avec

une tête plus forte, plus trapue, plus bestiale et des yeux noirs presque saillants ; d'autres beaucoup plus petits, avec pourtant une belle collerette roug-e et le dos doré. Craintifs, à mon approche, d'un mouvement brusque qui bat l'eau bruyamment, ils vont se réfugier dans les mousses. Des crevettes en grand nombre, si transparentes, si légères, si fines, qu'on les voit à peine ; un vif coup de queue, comme un ressort qui se détend, et les voilà au loin ; elles tournent, virent, flottent^ font des rondes au soleil.

(( Combien de coquillages de formes multiples, combien d'animalcules rouges, noirâtres qu'on voit nager ou grimper le long des rochers ; à mesure qu'on regarde, on en voit, et une loupe dans chaque goutte d'eau en montrerait d'autre^ à l'infini. Ces êtres de petite taille ne font aucune attention à moi; ma grosseur doit dépasser leur capacité visuelle; seuls les crabes et les poissons un peu gros m'avaient aperçu quand j'arrivai; les poissons se sont blottis dans les algues ou dans les rochers ; ils ne font plus un mouvement, et je vois leurs yeux noirs qui ne cessent de m'épier. Mais pour le reste, comme je n'ai pas troublé l'eau et comme je n'ai pas commis d'acte de sauvagerie, tout prend sa vie normale et coutumière.

(( Et alors, très vite, l'aspect de lumière, de

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jeu, de beauté, d'émerveillement disparaît; on voit toute la vie se manifester exclusivement dans des formes élémentaires et terribles. Tous ces êtres ne sont occupés qu'à une chose, à se pourchasser et à se détruire les uns les autres; ils cherchent leur nourriture, et tous, tant qu'ils sont, ne se nourrissent que de chair vive. Sous les apparences de la beauté il ne règ-ne que la faim et l'épouvante. La première remarque que j'en fis fut occasionnée par une poulpe...

c( Qu'on songe que toutes ces bêtes, même les plus gracieuses, sont des monstres énormes, difformes et épouvantables par rapport à de plus petites. Aussi la peur est souveraine, chacun se garde et tremble ; dès qu'un incident se produit, tout se cache, fuit, la poulpe rentre ses bras, et change de couleur, les coquillages ferment leurs portes ou se collent aux rochers; les poissons frémissent ; tout le monde fait le mort, et cependant on voit partout la vie qui palpite et tremble.

« Voilà un autre aspect de ce monde enchanté : quand on est resté une heure ou deux à plonger son regard dans ces abîmes merveilleux de la vie, on sent d'un côté qu'on pourrait les regarder sans fin, et toujours voir et apprendre, mais aussi une tristesse, une répugnance, quelque chose de douloureux, d'étouffant, de limité. Oh !

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songe surprenant ! une pensée se détache de toutes ces bêtes; je regarde ces mousses brillantes, ces grottes dans le rocher rose ; oh ! quelle merveille que parmi tous ces êtres un être apparaisse dégagé de l'animalité, doué de contemplation et de savoir et d'autres sentiments que ces sentiments de bestialité; une âme sonore, vive, créant dans le monde un rang de réalité supérieur. Tel fut l'univers avant Tapparition de Thomme, un tel déchaînement de formes primitives et brutales^ rien que cela, pas d'autre réalité, et pourtant il y avait autre chose dans l'univers, il y avait bien autre chose... »

Ce dernier mot marque le nœud de toute cette contemplation de la vie d'êtres inférieurs et il aboutit à reconnaître la nécessité d'un être supérieur, préexistant au monde visible, à l'âme humaine elle-même.

Cette âme humaine, dont Emile saluait dans l'univers l'apparition lointaineavecun tel tressaillement d'enthousiasme, posait toujours devant lui le même problème troublant. Était-elle l'étrangère céleste dont le vol doit monter jusqu'aux espaces éternels ? ou bien, produit le plus merveilleux de la nature, devait-elle être confinée uniquement aux régions accessibles à la seule raison? Il se le demandait encore ; et, sans doute, dans l'état de souffrance aig-uë où il se trouvait alors, incliné vers le pessimisme et le désespoir, comme il devait penser à ces héros grecs qu'il admirait tant ! comme il devait rêver se faire une âme haute et dure comme la leur, bornant volontairement son horizon et se^ désirs ! Mais une pro-

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fonde émotion, une émqtion religieuse vint soudain l'arracher à ce découragement sans issue. Il est à Roscoff :

« Ce matin, Fête-Dieu. Je suis allé à la messe. Emotion. J'ai vu la procession ; deux fois la foule agenouillée ; une fois en face de l'église, au reposoir ; le Saint-Sacrement porté par un prêtre sous un dais, tous les hommes à genoux ; bannières, le drapeau français et sonneries, chants, trompettes.. Puis, une autre fois, encore près d'une chapelle ; la chapelle était ouverte, des cierges au fond ; partout, draps étendus, fleurs, buis. Fleurs et dessins par terre ; un coup de vent les dispersa. Belle émotion; je pensais à Œdipe, à cette sphère de justice et de raison, et je me disais qu'il y a d'autres effusions ; or sontelles interdites, ou bien pourront-elles s'accorder aussi, prendre rang? Je pensais à quelque grand chagrin possible^, et je me disais : il y a deux rangs dans l'acceptation ; ou bien, c'est ainsi, il faut supporter, être digne, fort, distant, savoir souffrir; oh! puis ceci : un pardon, un consentement, quelque chose de l'âme qui s'incline, qui veut bien ; qui chérit encore, mais d'une autre façon où il n'y a plus ni désir, ni amertume, ni regret, une bienveillance, un accord, un > œu, un adieu, quelque chose d'extrême et d'adouci, où l'âme se fond dans un autre ordre de l'amour et de la douleur ; non plus avec cette

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résistance, cette âpreté, mais déliée, donnée, transfig-urée, ayant cherché une place et un rang hors du monde. »

De nouveau soulevée au-dessus du monde visible, son âme aspirait de toutes ses forces à ces hautes sphères où la raison seule ne pouvait l'introduire et dont il avait voulu douter. En présence de cette foule agenouillée et priante, lui-même, venu là poussé par quelque force secrète et certainement avec un sentiment de profond respect, avait subi l'influence douce et mystérieuse de la blanche hostie qui faisait courber tous les fronts. En face d'elle, il avait compris, ou plutôt senti l'abîme qui sépare le stoïcisme de la sainteté ; l'un est le triomphe de la volonté et de la raison humaines livrées à leurs propres ressources et se développant librement selon l'ordre de leur nature ; mais l'autre, la sainteté, c'est l'essor de l'âme au-dessus de toutes les passions purement humaines, au-dessus de l'orgueil et de la raideur comme au-dessus de la sensualité ! c'est le vol joyeux et libre d'un esprit qui, au delà des apparences sensibles, séduisantes ou pénibles, voit toujours de divines et merveilleuses réalités. Dans la sainteté, il n'y a plus de pessimisme, plus de dureté, plus d'amertume, il n'y a plus qu'amour et pureté et cette joie paisible que donne la ferme espérance.

Emile, en cet instant, passa de l'ordre humain à l'ordre divin, et son esprit, rompant avec ses habitudes passées, plaça définitivement le saint au-dessus du héros. Là dut commencer la dernière étape qu'indique son plan de roman : « A la fin, un attrait fort et prédominant pour la sainteté ».

Ce fut sa dernière préparation avant la g-uerre. Quand il revint de Montaigu, il paraissait très paisible ; il annonça à sa tante qu'il allait remanier tout le plan de son ouvrage de philosophie, qui ne correspondait plus à

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ses] idées actuelles ; il se mit aussitôt à l'œuvre avec grande énerg-ie. Mais il ne put donner que trois semaines à ce travail, que la mobilisation vint brusquement interrompre. A son départ, il laissa sur sa table de travail, avec des notes de philosophie, l'ébauche d'une nouvelle dont quelques pages seulement sont écrites et dont le plan n'est pas indiqué. Sur la couverture se lit ce singulier fragment de conversation : « Peux-tu reconnaître les églises de loin ? — Pourquoi cette question ? — J'ai un ami qui « sent » les églises de loin. C'est un abbé mystique. » Cette phrase, si étrange sous la plume d'Emile, n'a pas été jetée là sans réflexion, car en passant devant une église il avait un jour réellement posé cette question sous la forme suivante : « Peux-tu me dire immédiatement si le Saint-Sacrement est dans cette église ou non ? » Sa sœur, grandement surprise d'une telle demande, l'interrogea à son tour sur ce qui l'avait motivée. Il lui répondit avoir lu de certains mystiques qu'ils sentaient, même de très loin, la présence du Saint- Sacrement; le cas était-il exceptionnel? ou bien ce sens était-il répandu parmi les fidèles ?

Sur la même page, on lit encore : « N'as-tu jamais songé à te faire religieuse? — Eh bien, et toi? — Oh ! moi, c'est différent, je n'ai pas la foi, mais quand on l'a, pense donc, c'est logique... »

Parmi ses papiers se trouvait aussi le plan à peine ébauché d'une pièce dramatique ; le théâtre l'avait à plusieurs reprises vivement tenté. C'est une comédie qu'il se proposait d'écrire, mais le fond en eût été grave, par instants tragique, la tournure de son esprit ne lui permettant pas de s'arrêter longuement au côté superficiel et léger de la vie et des événements.

Enfin, quelques phrases éparses, écrites dans un style très poétique et réunies sous le nom de Julia, semblent les premiers matériaux du conte que, au début du printemps, il avait projeté d'écrire.

Si nous consultons maintenant les premières pages du carnet sur lequel il écrivit ses notes de guerre, nous y trouvons l'indication suivante :

c( Contes à LilL J'avais voulu réunir beaucoup d'histoires et événements autour d'un groupe de personnes à la campagne; vie de province, réflexions, contes, conversations. Ceux-ci pouvaient être lâchés, repris, suivis, pendant des années, servir de trame et de noyau, former le centre de nouveaux événements. Ce projet a été abandonné comme tant d'autres après avoir amusé et excité l'imagination pendant quelque temps... Ceci pour expliquer ce titre de Contes à Lili : Lili était une fillette de 6 à 7 ans qui jouait un certain rôle, occupait une certaine place dans ce milieu. — Petit profil net, caractère assez entier, personnel, petit pas ferme, malicieuse. — Elle était mise en extase par des contes. Elle avait une vieille bonne qui en avait appris*par cœur, les disait de mauvais gré et à force d'être priée. De là, une série de quelques contes qui venaient prendre leur place çà et là dans cette trame si v aste. »

Etait-il destiné à prendre place dans cette trame le conte symbolique dont le plau^ suit immédiatement et s'ouvre par ces mots : ce II y a là-dedans une foule de choses que tu ne comprendras pas, personne ne le peut », et par cette réplique, sortant sans doute de la bouche de Lili : « Commence, cependant » ; de toutes

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façons, je puis, ce me semble, le transcrire ici ; mais ce n'est évidemment qu'une ébauche.

(( Tous les héros du Graal sont morts ; seule, la fille d'Arthur est endormie. Les héros sont morts... il n'y a plus de héros depuis bien longtemps; c'est-à-dire cfu'il n'y a pas eu de pureté — pour un héros il faut toutes les qualités humaines : bravoure, générosité, détachement, mais sous l'angle des questions éternelles et d'une pensée plus qu'humaine ; il faut, en même temps, quelque g-rande œuvre à accomplir... Donc, plus de héros purs, tous morts; elle endormie, fille des héros.

c( Elle représentait l'amour, essence des choses, appel suprême des âmes que l'héroïsme semble exiler, récompeiTse divine.

« Donc sur un rocher, robe de pourpre, mer brumeuse de Bretagne, mer infinie ; des nains y fabriquent des chaînes, petits hommes qui s'ennuient, dansent entre eux, font un tour^; puis soufflent leurs flambeaux.

« Les nuages pendent aux parois comme un dais, magnifique décor, armure, robe d'or. — Mais il y a un trésor plus merveilleux, le plat de Joseph d'Arimathie (ici ton de profonde confidence).

(( Un jour arriva un fils de la Germanie qui faillit emporter dans ses bras nos légendes ; il

était accompagné des oiseaux des forêts ; il s'était forgé lui-même une énorme épée; il avait écouté certaines voix profondes de la nature ; il avait été instruit aussi de certaines choses mystérieuses et surprenantes... mais il ignorait la nouvelle valeur du sang. — Alors comment aurait-il mérité la fille d'Arthur, d'Arthur dont toute la chevalerie avait été fondée précisément sur la valeur nouvelle du sang, tout à coup devenu précieux, le sang mystérieusement apporté d'Orient. Lui n'avait rien su, rien connu ; il avait traîné son char dans le sang; il n'avait pas su cet immense* changement opéré dans le monde et à cause duquel s'était élancée la légion des compagnons d'Arthur, à savoir le prix nouveau du sang. Avec cela il jeta un regard de convoitise sur les trésors ; c'est pourquoi les nains l'arrêtèrent; ils l'auraient même enchaîné, le Germain épais, s'il ne s'était débattu. Depuis, morne silence... immobilité... »

Cette dernière phrase est inachevée. Est-ce la mobilisation qui l'interrompit ? Aucune date ne permet de répondre à cette question.

Il semble plus probable que ce plan fut écrit sur le front, alors qu'Emile avait pu voir le Germain épais, ig-norant la valeur nouvelle que le christianisme avait donnéç à la vie humaine, se précipiter sur nos trésors avec des yeux pleins de convoitise. Hélas ! pour que le barbare pût être enchaîné et rendu incapable de nuire,

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pour que nos pures traditions chevaleresques fussent sauvées, les doux rêveurs de France durent courir à la frontière et donner leur vie.

Mais ces rêveurs avaient conservé intact en leur âme l'amour de la patrie. Au premier appel, ils se trouvèrent prêts à partir et purent même saluer avec enthousiasme l'occasion qui leur était offerte d'accomplir une œuvre virile. Emile lui-même, si peu incliné qu'il se sentît vers l'action, n'avait-il pas écrit cette phrase ardente au sujet de Diane chasseresse :

« Retraites profondes où il faut relancer les cerfs, roug'eurs du matin, fanfares dans Taube, ardents départs pour la chasse de Latone, aurores vaillantes où toute volupté paraît misérable, élan g-énéreux de l'action qui brise les liens du plaisir. »

SEPTIÈME PARTIE Le Soldat.

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