‹ Émile Clermont, sa vie--son uvreChapitre 6 sur 52 · PREFACE VU · texte numérisé non relu

PREFACE VU

accomplissait, Emile Clermont écrivait dans ses notes : « Rester ferme au milieu de tout cela demande une force d'àme qui touche à la sainteté. » // sentait que son âme se purifiait, grandissait^ s'ennoblissait. « Plus cette anxiété douloureuse au fond de tout; mais un progrès, du moins un bienfait. Cela aussi je l'attribue au fait d'avoir été le spectateur des choses les plus tragiques : don, offrande sublime de la tragédie ! » // exprimait sa gratitude aux mineurs de Saint-É tienne, qui composait en grande partie son régiment, pour la part qu'ils avaient dans son perfectionnement intérieur : « On éprouve plus de respect, à mesure qu'on a davantage de contact les uns avec les autres. Hommes du peuple, mineurs, on se souviendra qu'à chaque instant, on en voyait sortir un héros. » Perpétuellement cette pensée du perfectionnement moral au milieu des horreurs l'absorbe. Il se compare à ce qu'il était : « Une génération qui aura vécu des tragédies, quelle autre trempe ! Avoir passé par les suprêmes dangers, et plus encore avoir vu le courage fleurir autour de soi ! » // s'interpelle, lui et ceux de sa race : « Analystes, chercheurs de sentiments ! Sans doute quelque chose de simplifié, d'élargi après la guerre. Avoir rencontré quelque chose de plus grave que l'amour, la sensualité et toutes les délicatesses du cœur ou de l'âme; s'être senti perdu dans une généralité, je ne parle pas d'une âme collective, mais se sentir avec la petite chose perdue dans la nuit immense,

vin EMILE CLERMONT

sentir que la mort plane, qu'on n'est rien devant elle... »

On voudrait s'attarder à méditer ces noies elliptiques et si pleines. Lui-même, après la guerre, nous en eût donné dans un chef-d'œuvre le commentaire. Il voulait écrire un roman : Ce qui est le plus haut. (Serait-ce son titre? Pourquoi pas? Nous avons de Barbey : Ce qui ne meurt pas.) Et d'un trait il en indique la pensée : u Quelqu'un qui soit plus haut que moi et qui s'achève en une sorte de sainteté. »

Ailleurs il dit encore : (( Arrivé à l'âg-e d'action et de vie pleine, il faut plus que jusque-là; il faut réaliser et puis alors mourir. » C'est de cette manière qu'il comprenait la mort de Péguy, dont il écrit dans son journal : « Transformé au jour de sa mort. Un point final à son œuvre, tout à coup complétée, détachée des choses terrestres, accomplie, signée : un ensemble clos, vivant, achevé. »

Ainsi songeait et se perfectionnait Emile Clermont au milieu des devoirs d'un officier, dans un régiment d'attaque. La solitude d'âme lui était insupportable, aussi demandait-il aux siens des lettres et encore des lettres, et il était heureux de se savoir accompagné par de constantes prières : n iMême si l'on n'avait pas la foi, disait-il, on aimerait à penser que d'autres prient pour vous. »

// se plaignait de n'avoir pas le commerce d'amitié et les livres nécessaires pour mener une vie vraiment spirituelle; mais, dans le fond de son

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