Kératry, Annuaire
5. Lettres à Daind, dix-neuvième lettre, p. 132. G. Ibid., p. 133.
prestiges adorables de sa fantaisie, ils font aussitôt l'éloge des qualités sérieuses du maître : « Après avoir rendu justice aux créations idéales de Prud'hon, on pourrait croire qu'il voit tout à travers le prisme de son imagination ; s'il s'élevait quelque doute sur son respect pour l'imitation de la nature, l'examen de ses portraits convaincra que la poésie de l'art, qui est un mensonge, peut se concilier avec la vérité qui est le but de la peinture ^. »
Ce respect de la nature et de la vérité, c'est précisément ce que les jeunes critiques admirent chez Ingres, cet autre artiste tant discuté, et ce n'est pas leur moindre mérite d'avoir su reconnaître chez lui le. créateur d'un style. Ils ont remarqué la malveillance du public envers son Odalisque et la combattent. « Cette figure dont la pose rappelle la maîtresse de Philippe II par Titien est dessinée d'un grand style, disent-ils, et la tête offre des beautés frappantes ^. » Si la couleur, chez Ingres, ne les séduit pas, ils lui accordent une singularité digne d'éloges ; pendant toute sa carrière, cet original artiste, soucieux comme David d'idéalité, mais avec moins d'esprit systématique, cherchera, sans toujours l'atteindre, l'union de la beauté et de la vérité dans l'art. Bien qu'il fût le moins romantique des hommes et des peintres, la violence continue de ses adversaires, les classiques intransigeants, lui vaudra la sympathie des poètes. Vigny, dans Stello, fera un éloge enthousiaste de V Apothéose d'Homère, et les deux frères Deschamps lui resteront toujours fidèles.
Tel est, dans ses parties vraiment saillantes, ce compte rendu du Salon de 1819 auquel collabora Emile Deschamps. Nous ne disons rien des pages excellentes qu'on y trouve consacrées aux œuvres des peintres alors en grand renom : le Retour de la duchesse d' Angoulême à Bordeaux, de Gros ; le Gustave Wasa, d' Hersent ; les Capucins, de