Lettres à David, deuxième lettre, p
à Dai^id, 8^ lettre, p. 52). Emile Deschamps et ses amis, en écrivant cette page, tinrent le langage de la postérité ^.
On peut en dire autant de leurs éloges de Prud'hon et d'Ingres.
Pour apprécier la valeur de leur jugement, il faut savoir, par la lecture des critiques contemporains, à quelles aberrations pouvaient conduire les préjugés des hommes, dont le goût s'était formé, sous la Révolution et l'Empire, aux leçons de David. Ainsi déjà, lors du Salon de 1818, Jal s'emportait contre un chef-d'œuvre de Prud'hon : La Justice et la Vengeance. Il en déclarait le spectacle « dangereux w aux peintres, et « capable d'étouffer les principes du goût et de ramener à l'enfance de l'art ^. » — En 1819, il ne peut souffrir V Assomption de la Vierge que le peintre expose au Salon, et s'il essaie assez maladroitement de comparer Prud'hon à Chateaubriand, c'est pour conclure qu'ils préparent l'un et l'autre une décadence artistique et littéraire. — Quant à Ingres, il est accusé depuis 1806 de faire rétrograder l'art. Son Odalisque^ en 1819, déchaîne un véritable orage. E;meric Duval fulmine contre lui dans le Moniteur ^ ; et Kératry, dans V Annuaire^, discute même sa science du dessin, la seule supériorité qu'on lui reconnaisse.
Ouvrons maintenant Les Lettres à Da<^id.
On y respire une autre atmosphère ; l'intelligence qui juge reste sensible à l'admiration et ne résiste pas au charme du génie. Il nous semble en effet qu'on ne puisse approcher de Prud'hon sans reconnaître l'enchanteur, et c'est l'aveu que font Deschamps et ses amis, quand ils parlent de ce rare artiste. « Il vient, disent-ils, d'exposer un tableau de V Assomption de la Vierge. Il a développé dans ce sujet osé tous les attraits de la jeunesse et de la nouveauté ^. » Puis, ils décrivent avec grâce le rêve de beauté féminine et céleste que représente le délicieux tableau, et s'écrient : « Nous croyons que cette composition n'est pas exempte de défauts, mais nous l'avouons, séduits par son eiïct, nous ne nous sentons pas le courage de les rechercher ^. » Il fallait beaucoup de finesse et d'ironie i)our oser en 1819 ce joli trait de critique impressionniste^ et, comme s'ils craignaient de nuire à Prud'hon en paraissant céder uniquement devant ses œuvres aux
1. Cf. Revue bleue, 25 ocl. 1910. Géricault novateur au Salon de 1819, par Raymond Bouyer.
2. Jal, Mes i^isites au Luxembourii. En 1818, il attaque en particulier Prudhon. En 1819, il écrit : L'Ombre de Diderot, voir contre Prudhon, p. 209.