CLAUDIUS JACQUAND
intitulé VAi^eu, qui avait inspiré à un poète italien, M. Regaldi ^, un éloge enthousiaste. Emile Deschamps traduit cet éloge en vers français.
Ces vers mettent sous nos yeux la scène représentée par Jacquand et qu'on croirait empruntée à quelque mauvais mélodrame. Elle n'est d'ailleurs que l'expression* naïve d'un aspect vieilli de l'imagination romantique.
Le poète s'adresse au peintre :
Claudius, ton pinceau, trempé des saints mystères,
Emporte mon esprit dans les vieux monastères.
Et lui montre Infamie, Amour et Piété. — -
Fulgence est assis là sur une informe pierre :
La Bible, le ciliée offrent à sa prière
La paix du ciel, trésor loin du monde abrité.
Le moine ermite reçoit la confession d'un moine dévoré de remords :
Un frère du couvent s'approche plein de crainte : La colère de Dieu sur ses traits est empreinte.
Pâle et sans pouvoir dire un mot, il se prosterne ; Il attache au pavé son œil sanglant et terne. Ses ongles convulsifs mordent ses bras croisés...
Il confesse que prêtre il a aimé une de ses pénitentes : « Confesseur, j'entendis les aveux de la femme.
Il raconte leurs amours, comment il devint père et... meurtrier, comment il est poursuivi maintenant par les ombres de ses deux victimes.
« Mon secret orageux déborde de mon cœur !
« La cellule, l'autel, ma parole confuse,
« La voix du ciel, la voix des morts, ah ! tout m'accuse !
« Pitié !... je me repens devant le Dieu vainqueur...
« Grâce !... »
1. A propos de Regaldi, voir dans les Recueillements poétiques (édit. Hachette, 1888, p. 335), ce quatrain que lui a dédié Lamartine :
Tes vers jaillissent, les miens coulent : Dieu leur fit un lit différent.
Les miens dorment, et les tiens roulent. Je suis le lac, toi le torrent.
Joseph Regaldi (1809-1883) fut surtout un improvisateur. Poète très considéré à son époque, nous dit-on, il est encore cher aux Italiens à cause de son amour enthousiaste pour sa patrie. Il avait dédié à Lamartine un poème intitulé la Solitude.
Mais Claudius, à quoi servent ces rimes ? Tu fais dire au pinceau des histoires sublimes, Des histoires de pleurs que tous répéteront. De son trône descend la blanche Poésie : Elle admire longtemps ta palette choisie, Et du laurier delphique elle entoure ton front ^ !
« Ces histoires de pleurs » sont tombées justement dans l'oubli, et l'on regrette que les éloges que leur décerne E. Deschamps ne s'adressent pas au talent supérieur d'un de ses compatriotes, Champmartin, qui fit son portrait.
Callande de Champmartin, né à Bourges, le 2 mars 1797, entra à l'Ecole des Beaux-Arts en 1815 et fut l'élève de Guérin, mais il y avait en lui l'étoffe d'un maître. L'Orient, où il fit un voyage, l'attacha de bonne heure : il était allé, comme Deschamps, y chercher du pittoresque et de la couleur. On admira au Salon de 1827 son tableau : U Affaire des Casernes, et le graveur Henriquel- Dupont exposait, d'après lui, en 1831, un remarquable portrait de Hussein Pacha. Sa réputation était considérable sous la monarchie de juillet. « Appelez-vous Delacroix ou Champmartin ! » lisons-nous dans VArtiste (1831, t. II, p. 28). Eugène Devéria, en 1853, écrivait : * « Géricault était mort, laissant deux héritiers de ses traditions : Eug. Delacroix et Champmartin (cité par Alone : Dei^éria, p. 16); et G. Planche, dès 1833, ne craint pas de'mettre Champmartin, comme portraitiste, au même rang que Ingres. S'il admirait non sans réserves le portrait de M. Bertin qui fut envoyé par Ingres au Salon de 1833. il ne jugeait pas indigne d'une critique aussi attentive le portrait du baron Portai, exposé la même année par Champmartin. Ce peintre, à qui l'on doit d'excellents portraits de Louis- Philippe, du duc d'Aumale, exposa au Salon de 1840, avec les portraits de Henriquel-Dupont, d'Eug. Delacroix, de Jules Janin, celui d'Emile Deschamps. Nous ne pouvons évidemment pas discuter l'assertion de Planche qui a connu le poète et qui prétend que le portrait n'est pas assez ressemblant : « M. Emile Deschamps, écrit-il dans son Salon de 1840, offre un mélange de politesse et d'ironie que nous ne rétrouvons pas dans son portrait ^w. Peut-être la douceur exquise d'Emile Deschamps, sa bienveillance sont-elles empreintes sur ce visage plus encore que l'ironie. Mais un peintre a le droit d'interpréter son modèle : il le représente comme il le voit, et ce qu'il a vu, c'est la physionomie d'un homme