DELACROIX
des échelles, acheter des baquets de couleurs et de kilos de colle, et appelant à lui Eug. Delacroix, Paul Huet, Decamps, Louis Boulanger, Riesener, Jadin, Nanteuil, les deux Johannot, Devéria et Grandville, etc., il les lâcha dans les salons avec mission de les décorer en 24 heures. (( Pendant que Grandville, tout autour des chambranles, faisait grimper des insectes et des fleurs, David d'Angers, Antonin Moine et Barye pétrissaient de la terre pour improviser des lustres, Decamps, sur un grand panneau en largeur, faisait passer un Don Quichotte suivi d'un Sancho Pança chevauchant dans un champ de blés mûrs, et Eugène Delacroix, commentant les vers du poète, peignait un Boahdil (sic) vaincu fuyant Grenade :
Le Roi sans royaume allait Froissant l'or d'un chapelet ^.
« Autant en emporta le vent ; un homme de moins de génie et de plus de prévoyance eût soigneusement découpé sur les murs ces improvisations brillantes signées des graiids noms de son temps, il les eût soigneusement encadrées en attendant l'heure de la justice, et bientôt après les eût converties en rentes pour sa vieillesse. Tout cela a fini par tomber en loques ; sauf le Boahdil (sic) racheté à la vente du père par le fils et qui figure ici à la jDlace d'honneur. »
n est fâcheux qu'en rapportant cette intéressante anecdote, Ch. Yriarte ait confondu avec le dernier roi Maure de Grenade Boahdil qui n'a que faire ici, le roi chrétien Rodrigue, vaincu à la bataille du Guadalète par les Maures, qui commençaient alors à envahir l'Espagne. Il cite même tout de travers les vers du Romancero qui inspirèrent Delacroix. Mais enfin les vers d'Emile Deschamps ^ étaient si populaires au siècle dernier, qu'un critique d'art comme Yriarte les citait de mémoire, et c'est un des^ inconvénients de la renommée d'être ainsi estropié, si c'est un de ses beaux avantages d'inspirer un artiste comme Delacroix.
Dumas père, dans ses Mémoires ^, a tracé un saisissant portrait du