‹ Emile Deschamps, dilletanteChapitre 26 sur 62 · Œu\^res complètes, tome III, p · texte numérisé non relu

Œu\^res complètes, tome III, p

Deschamps eut l'cccasion, en 1835, de rendre compte de la saison musicale, et ces pages ^ nous informent de l'éclectisme de son goût.

Une nouvelle preuve que la musique le passionnait presque autant que la poésie, c'est qu'il constatait pour s'en plaindre que « la musique en France est une exception aristocratique » et que « le peuple est resté antimusical ^ ». Contre le tempérament de la race, il souhaitait que réagît l'éducation.

« Encore une fois, disait-il en homme du xviii^ siècle, tout dépend de l'éducation. Prenez cent personnes dans notre haute société, qui n*a pas en généi«al l'éducation artistique ; il y en aura dix qui aiment la peinture, quatre qui aiment la musique, une qui aime la poésie et quatre-vingt-cinq qui aiment les courses de chevaux. Qu'on les élève dès l'enfance dans une atmosphère d'art et de littérature, et toutes ces disproportions s'effaceront et l'habitude deviendra une seconde nature. »

Aussi, suivait-il attentivement le mouvement musical de son temps et signalait-il avec joie le progrès général du goût pour la musique. Il évoquait l'exemple de Choron « qui prenait ses petits virtuoses dans son quartier, et qui, au bout de quelques mois, en faisait une seule âme harmonique, une divine symphonie de voix ! Qu'on la rouvre cette école qui a ruiné et tué son maître, l'homme d'art et de conscience ! Qu'on en ouvre dans toute la France ! » Et ce qu'il demandait qu'on fît pour le chant, il le réclamait aussi pour la musique instrumentale : il louait « les progrès rapides et les conquêtes du chant au grand Opéra depuis dix ans », et célébrait les mérites de l'orchestre du Conservatoire. Mais il n'y a qu'un Conservatoire en France, cela le désolait, et c'est ainsi qu'il s'expliquait en partie l'infériorité de la France au point de vue musical, comparée à rAllemagne et à

Page 1