Ibid, lomc IV, p. 22 et sr
2. Ibid., lomc IV, p. 25 et sq. pour cette citation et les suivantes.
l'Italie « qui doivent, disait-il en 1835, leur prééminence en musique à ce qui fait leur faiblesse sous d'autres rapports, à la division de leur territoire en vingt ou trente principautés, dont chacune a sa capitale, son point d'excitation artiste, son école, sa chapelle, son théâtre. »
Deschamps, comme tous les dilettanti de son temps faisait trop bon marché de l'ancienne musique française : il oubliait Grétry, Rameau, pour sacrifier en vrai romantique aux dieux étrangers. « L'Italie et l'Allemagne, dit-il, ont le triple sceptre de la musique religieuse, de l'opéra et de la symphonie. Pour la musique d'église, Haendel et Palestrina, Pergolèse et Mozart ; pour la musique de théâtre, Gluck et Sacchini, Cimarosa et Mozart, encore Mozart ! pour la musique instrumentale, Haydn et Boccherini, Beethoven et toujours Mozart ! Et parmi les vivants, pour les trois genres, Chérubini Rossini ^, Meyerbeer, et j'allais dire Weber, tant la mort paraît cruellement absurde d'avoir tari cette source d'harmonie surnaturelle et de primitives mélodies. »
En cette année 1835, en dépit de la renommée de Liszt, de Chopin, de Ferdinand Hiller et de M"^® Pleyel, qui attirait Emile Deschamps aux concerts du Conservatoire, il s'étend plus complaisamment sur la musique de théâtre, et 23araît enchanté du succès de la Marquise d'Adam et de la Muette d'Auber à l'Opéra-comique, mais il donne la palme à Bellini et à Donizetti. Bellini en particulier, l'auteur des Capulets et des Montagus, de la Sonnanhula et de Norma, venait de
1. Voici, avec quelles restrictions Antoni, le frère d'Emile Deschamps, admettait Rossini pour la musique religieuse. Il confiait son jugement à Th. Gautier dans la lettre suivante :
Mon cher Théophile, « J'ai entendu le Slabat de Rossini, voici mon sentiment slncèl-e : c'est tout ce que le génie peut faire dans un siècle d'indifférence religieuse, ce sont des pleurs, mais des pleurs élégants, c'est la Madeleine..., mais la Madeleine de Canova. Cependant la beauté de la mélodie, la pureté du style, la netteté et la précision du dessin et le parfum méridional de cette composition en font un petit chef-d'œuvre que le maître seul pouvait écrire dans ce ton.
« Mozart avait fait Don Juan pour Haydn et pour lui. Rossini a fait le Slabat pour son siècle, pour les hommes, pour les femmes, pour les artistes du monde ; c'est la véritable expression de l'art de notre époque. Prenez ces lignes pour ce qu'elles valent, louez le grand maître, car il attend le résultat de cette matinée pour écrire un grand opéra. « A demain.
c Tout à vous,
Antoni Deschamps.
(S. d. — Collection Lovenjoul.)
remporter un triomphe avec les Puritains. Deschamps ne se plaint pas de la pauvreté de l'orchestration dans Bellini, mais il insiste sur la grâce mélancolique et douce de ses mélodies : « On remarque dans cette partition (des Puritains), dit-il, la même suavité, la même tendresse que dans les autres œuvres de M. Bellini, avec plus de caractère et de virilité... La vogue des Puritains s'est accrue jusqu'à la fin, ce sont les Puritains qui ont clos la session mélodique au Théâtre Favart ^... » Il ne manque pas d'ajouter que des chanteurs extraordinaires contribuèrent au succès de Bellini.
Quant à Donizetti, qui n'avait pas encore produit les deux œuvres dont on peut dire que le public raffola pendant cinquante ans, la Fille du Régiment (1840) et la Favorite (1840), il faisait applaudir son Marino Faliero à l'Opéra italien ; Deschamps reconnaît au maître de Bergame une science supérieure à celle de Bellini, mais une moindre capacité d'émouvoir. Musicien habile et fécond, fort léger de scrupules artistiques, il attire l'attention par sa virtuosité, son mouvement. « C'est toujours la même exécution foudroyante, » dit Deschamps à propos du dernier succès du célèbre auteur à' Anna Bolena ^, et il ajoute : « Cette dernière partition (Marino Faliero) est certainement l'œuvre d'un maître très habile et qui connaît et domine toutes les ressources et toutes les puissances de son art. Cependant vous devez comprendre les préférences du public pour l'ouvrage de M. Bellini, dont les mélodies ont une suavité, une tendresse, une jeunesse qu'on ne trouve point au même degré dans les ouvrages de M. Donizetti, qualités qui dans un opéra l'emportent nécessairement sur toutes les autres. Pour les chanteurs, il faut d'abord du chant et puis encore du chant. Nous ne rappellerions pas cet axiome très naïf, pour le moins, si quelques compositeurs actuels ne l'oubliaient pas trop dédaigneusement ^. »
Un tel jugement ne nous renseigne pas seulement sur la pensée de Deschamps,; il nous révêle le goût général de son temps : des mélodies soutenues à peine de quelques lignes d'orchestre, voilà ce que l'on demandait aux musiciens. Ce qu'on aimait dans la musique, c'était le chant.
Que va donc apprécier notre critique dans le grand succès musical de 1835, la JwiVe, le grand opéra d'IIalévy ? C'est d'abord et avant tout le chant. Il loue « cette grande œuvre ^ )>, où il trouve u de la