‹ Emile Deschamps, dilletanteChapitre 29 sur 62 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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de la représentation, est l'air d'Eléazar... Il est impossible d'imaginer une mélodie plus tendre et plus douloureuse et de la dire avec une expression plus déchirante que ne le fait Nourrit ^. »

Cette page de critique peut être considérée comme un témoin de toute une époque dans l'histoire de la musique en France. Deschamps s'y montre, comme la masse du public de son temps, fidèle au sensualisme italien. Il apparaît sensible avant tout à la mélodie ; et, par mélodie, il entendait l'air que retient facilement l'oreille, et qui permet à la voix du chanteur de se produire dans toute son étendue et sa beauté. « En musique, écrivait Stendhal, dès 1824, dans sa Vie de Rossini, on ne se '•appelle bien que les choses qu'on peut répéter ; or, un homme seul, se retirant chez lui le soir, ne peut pas répéter de l'harmonie avec sa voix seule. Voilà sur quoi est basée l'extrême différence de la musique allemande et de la musique italienne ^. » Or, l'italianisme, grâce à la séduction du génie de Rossini, régnait en maître à l'Opéra. Deschamps, comme tous ceux que le prestige de Rossini enchantait, était en effet si loin d'admettre, comme on l'a fait depuis, l'éminente dignité de l'orchestre au théâtre, que pour bien exprimer sa théorie, il va jusqu'à dire, devant les progrès de la science orchestrale, que manifestait la Juive :

ff Je me suis convaincu de nouveau que le récitatif continuellement instrumenté alourdit un opéra ; il ne se détache pas assez de l'instrumentation du chant. J'en reviens toujours à mon récitatif au piano pour les scènes posées et le dialogue familier. Il faut en croire les Italiens là-dessus comme sur beaucoup d'autres choses. Cette mélopée, simple et soutenue seulement de quelques accords, vous maintient dans la région musicale, sans vous saturer d'harmonie. D'ailleurs c'est un contraste de plus : grand bénéfice en musique. Quand la situation s'agrandit, ou se passionne, le récitatif orchestré reprend, et on le retrouve avec plaisir, au lieu de l'écouter tout le temps d'une manière distraite. D'ailleurs, avec le récitatif au piano, le dialogue, étant tout démasqué devant le ])ublic, les poètes s'accoutumeraient à y mettre du soin, de resj)rit, du style, de la poésie... Pourquoi pas ? et les spectateurs s'accoutumeraient à y faire attention et à s'amuser et à s'intéresser entre les morceaux de musique. — Le beau malheur ^ ! »

Cette dernière phrase nous fait })crcevoir le caractère du gi'and opéra tel qu'on le concevait à cette époque.

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