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LE DILETTANTISME D EMILE DESCHAMPS IX

poésie. Niedermeyer, Meyerbeer même (et celui-ci, nonobstant l'alliance heureuse qu'il avait contractée avec Scribe) ont apprécié sa collaboration. Enfin, l'on ne doit pas oublier que, tandis que presque tous les Français de son temps ne juraient que par les Italiens, il applaudissait au Conservatoire, « dans cette citadelle du torysme musical », suivant l'amusante expression d'un musicographe anglais \ avec un petit nombre de connaisseurs, Beethoven et les maîtres allemands de la symphonie ^. Il considérait même cette musique comme celle de l'avenir, et la science orchestrale de Berlioz, si nouvelle, vraiment inouïe à cette date, ne le déconcertait pas. Nous avons voulu mettre en lumière la valeur intuitive du goût d'Emile Deschamps en musique. Qu'admirait-il déjà chez Meyerbeer, sinon l'habile adaptation à la mise en scène théâtrale et au goût romantique des procédés des maîtres de la symphonie ?

Emile Deschamps n'ignorait pas que l'esprit de la musique venait alors d'Allemagne, et qu'il n'y avait en France à son époque qu'un génial musicien, Berlioz. Il écrivit pour lui le livret de la symphonie de Roméo et Juliette. Qu'est-ce que Rossini lui-même et Meyerbeer auprès de Berlioz ? je crois que le fin connaisseur le sentait bien. Seulement il était la conciliation faite homme ; il connaissait l'esprit de son temps et n'était pas de ceux qui nient les obstacles. Il a doucement contribué à les aplanir ; il a délicatement insinué, dans les salons où il fréquentait, le culte des dieux nouveaux : on verra qu'il y fit chanter notamment les lieder de Schubert. Ses adaptations de librettiste, avec ce qu'elles permettaient au musicien d'oser et ce qu'elles l'obligeaient de ménager, sont de bien curieux témoignages du sens des transitions et des accommodements qu'il possédait au degré suprême, en mondain accompli qu'il était.

Il nous semble d'autre part que le dilettantisme musical d'Emile Deschamps a déjà le caractère essentiel de tout dilettantisme entendu en un sens plus général. La définition que M. Paul Bourget ^ a donnée de cette élégante attitude s'applique parfaitement à lui. « C'est, dit-il, une disposition d'esprit, très intelligente à la fois et très voluptueuse, qui nous incline tour à tour vers les formes les plus diverses de la vie et nous conduit à nous prêter à toutes ces formes sans nous donner à aucune. »

1. Grove, Diciionary of music and musicians, tome IV, p. 320.

2. Stendhal (Vie de Haydn, lettre II) : « Quand Beethoven... a accumulé les notes et les idées, quand il a cherché la quantité et la bizarrerie des modulations, ses symphonies savantes et pleines de recherche n'ont produit aucun efîet. »

3. Œui^res complètes de Paul Bourget. Critique. — I. Essais de psychologie contemporaine. Paris, Plon-Nourrit, 1899, in-S*^. Étude sur Renan, p. 42.

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