‹ Emile Deschamps, dilletanteChapitre 32 sur 62 · Véron, Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Véron, Mémoires, t. III, p

pas de front l'idée de l'Opéra, tel que l'entend Véron, mais devant des excès qui s'étalaient, pour ainsi dire, il laisse échapper quelques plaintes. L'insuffisance des livrets de Scribe ne le choquait pas moins que la vanité splendide des décors.

« Un grand opéra français, écrit-il, est quelque chose de complexe et de multiple. La belle musique y a besoin d'un beau poème, qui a besoin de belles décorations et de beaux costumes, qui ont besoin de belles danses, et toutes ces beautés ont besoin d'une mise en scène où régnent à la fois l'imaginsition et la fidélité :

spectacle tout magique

Et qui de cent plaisirs font un plaisir unique.

« Mais la musique même dans un grand opéra français est la condition principale : les autres arts font cortège à cette reine ^.. » C'est du moins ce qui devrait être. Deschamps se plaint de ce qui est :

(( A l'Opéra, les danses, les décorations, toutes ces splendeurs sont de trop puissantes distractions. On regarde tant qu'on écoute moins. Enfin, le défaut de spécialité, l'absence d'homogénéité, qui existent dans le spectacle, se retrouvent dans les spectateurs, dont la plupart n'y vont pas précisément pour la musique. Il en résulte de l'indécision dans l'ensemble des représentations et dans la masse du public, tandis qu'à l'Opéra Italien, le théâtre et la salle, les acteurs et les spectateurs, tout est musical et n'est que musical. On ne peut y donner et on n'y va chercher que le charme de la musique : avantage inapi3réciable pour les compositeurs et les chanteurs d'un vrai talent. Et remarquons à quel point cette pauvre musique pourrait être opprimée sur notre grand théâtre, si l'on y flattait trop sensuellement l'organe de la vue ; car tout le monde voit et peu de gens savent entendre. C'est une observation que nous soumettons à l'administration si intelligente et si habile de l'Académie royale de musique. Nous ferons observer que si la musique seule n'a pu y soutenir la vogue d'aucun grand ouvrage, toutes les magnificences de la mise en scène n'y ont jamais fait vivre un opéra, sans la supériorité de la musique et l'intérêt du lihretto... C'est l'accord, la fusion de tous ces éléments dans de justes proportions, qui font le succès durable. La Muette et surtout Robert, en seront longtemps deux preuves irrécusables. Et alors, l'opéra français, dans son ensemble, est le premier spectacle de l'Europe ^ »

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