Collection Paignard
Un autre jour, le mardi 1^^ décembre 1834, Deschamps recevait encore ce gracieux billet ^ :
« Mon aimable Emil. J'avais déjà le chapeau en main pour venir vous prendre afin d'aller ensemble chez l'aimable Mademoiselle Falcon, quand je me suis rappelé que le but principal de la visite serait manqué, parce que la seule épreuve de notre romance que j'avais, a été ofTerte hier à Madame [illisible]. Je vais donc en demander à notre éditeur, et comme demain, c'est jour de répétition à l'Gpéra, je pense que nous ferons bien de retarder notre visite à mercredi.
« Adieu, illustre Emil. Priez votre belle âme poétique pour qu'elle vous donne une inspiration digne de vous pour ce petit milieu de duo auquel je tiens...
« Meyerbeer. »
(Inédit. Collection Paignard.)
Emile Deschamps était aussi en relations avec le rival de Nourrit, le célèbre Mario, qui débuta à l'opéra le 5 décembre 1838 dans Robert le Diable. Il arrivait à la scène précédé par la renommée de ses aventures extraordinaires. Le jeune ténor, qui prenait pour patron le terrible consul de Rome, était le fils du marquis de Candia et appartenait à la meilleure noblesse de Sardaigne ^. Brouillé avec sa famille, exilé de son pays après une conspiration où sa vie maintes fois fut en danger, il fut, après mille prouesses héroïques et amoureuses, accueilli dans la société parisienne, grâce à la recommandation du marquis de Bienne et de quelques nobles italiens exilés. Le prince et la princesse Belgiojoso, qui admiraient sa belle voix de ténor, le présentèrent à Rubini, à Meyerbeer. Il reçut leurs conseils, et comme la perspective du théâtre lui souriait, le compositeur lui confia le rôle de Robert. Il avait même ajouté à sa partition un air^ fort difficile, et, en dépit du danger qu'il y avait pour le chanteur novice à décevoir le public après tous les contes fantastiques qui couraient sur lui, « Mario, écrit Théophile Gautier, fit honneur au comte de Candia. « A partir de ce jour, il fut célèbre, et s'il faut en croire le billet suivant, c'est Emile Deschamps qui composa les paroles de cet air nouveau introduit dans Robert, mais il fut jugé préférable de ne pas nommer le poète pour ne pas indisposer le pubHc à l'égard d'un chanteur déjà trop vanté.